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C’est ainsi que la nommait Wagner, un artiste qui ne se recommandait pas de la Révolution. « L’apothéose de la danse », c’était la 7e Symphonie de Beethoven, écrite en 1812, alors que les 600 000 hommes de la Grande Armée défilaient vers Smolensk… La preuve : Hitler, qui aimait Wagner (pas l’inverse…tss!) l’avait bien entendue ainsi, cent trente ans plus tard, en 1943, à Berlin. Le chef d’alors, Furtwängler, la reprenait dans la fureur des temps. Selon les dires des auditeurs et des critiques, ce fut un « formidable sommet […] mettant en valeur, en dépit de très grandes vagues, des vertigineux phrasés qui, tel l’océan, semblent toujours déborder, et sont pourtant tenus d’une poigne de fer. »
En cette fin d’après-midi de dimanche, nous l’écoutâmes religieusement. Nous avions pour guide « Téléramucha » qui ne l’avait pas vraiment signalée par ses impératifs petits carrés rouges. C’était m’sieur Barenboim qui tenait la baguette et l’orchestre de l’Opéra allait bon train (la Staatskapelle de Berlin fêtait ses 450 ans). Bigre ! Rien à redire de la flopée de cordes, des deux cors et des deux trompettes, des deux timbales, des deux flûtes et deux hautbois, des deux clarinettes et des deux bassons… sinon la rigolade à voir un noeud pap’ battant la mesure sur la pomme d’Adam d’un souffleur d’instrument à vent. C’est plus drôle que le pied…
Le « terrifiant maelström » nous avait glacé le sang et nous étions un peu perdu, nous qui préférons à tout ce qui se fait entendre, le « divin Mozart ». Tiens, à propos de « Mozart », nous avons entre les mains un roman qui parle d’un « petit Mozart magyar » qui va répétant : Je suis le fils de Beethoven *. L’auteur, Stéphane Malandrin… se situe hors de toute vanité puisqu’il raconte la vie d’un bâtard du grand Rhénan. Ce rejeton têtu vit en Hongrie, à Martonvàsàr (excusez le mauvais sens des accents). Il a été adopté par Thérèse, soeur du maître du château, le comte Franz von Brunswick. Sa mère « biologique », Rozsa, est une servante, une « boniche », que le musicien a subornée et merveilleusement envoûtée en dépit des règles strictes qui régissent les rapports humains depuis le mouvement « mitou ». Et c’est décrit sans aucun scrupule, forcément puisqu’il s’agit de l’Histoire.
Quelqu’un qui est capable de résumer un « coup de foudre » ainsi : « Elle se tenait devant lui avec ce sourire qu’ont les femmes lorsque leurs yeux vous transforment en pâtisserie… » mérite qu’on s’y attache. Stéphane Malandrin est un sérieux écrivain. Et son livre « ne colporte pas des ragots du type « ho, savez-vous que Beethoven a laissé un petit bâtard à tête plate du côté de Martonvàsàr né dans les années 1800 ? » -non-, ce livre n’est pas anecdotique, il est essentiel, et essentiel veut dire ceci »… Et Malandrin de développer un essentiel « venu d’on ne sait où pour aller on ne sait où » sur les 270 pages qui lui restent, y compris la table des « matières » qui est bien utile à la perpétuation de la lecture. Tss…
Parce que Malandrin innove en matière d’écriture et, pour nous, de lecture. Ne vous laissez pas dérouter par la physionomie de l’ouvrage : on a l’impression de lire des fiches, comme Pivot autrefois. C’est très pratique en ces temps où on ne peut se concentrer qu’un petit quart d’heure. J’ai compté, sauf erreur, soixante-et-onze très petits chapitres groupés en trois parties… Ce qui fait que ce livre peut se lire en mille soixante-cinq minutes, soit un peu plus de dix-sept heures… Ach !
On se réjouira d’apprendre que les ancêtres du môme sont : bancal et russe (Herr Italo Zadouroff) pour la mâle attitude ( il a été amputé à la suite d’un combat contre les Ottomans, déjà ! ), tanneur hongrois de fort mauvaise humeur pour le grand-père maternel et « hurleur de listes » (des listes « jaillissant de sa bouche comme l’urine sous la vache »)… Son père, Ludwig, est habillé pour l’hiver… C’est un jeune homme « négligé au point de ne plus être présentable », vivant en robe de chambre et musicien « se permettant un ritardando au moment du crescendo, retenant le mouvement, donnant tantôt à la main gauche, tantôt à la main droite une expression qui lui paraissait inimitable »…
Le fils du génie tente d’imiter ce père biologique. Ainsi, il exècre Mozart (« Mozart aux latrines ! ») puisqu’autour de lui on dit que Beethoven « blâmait Mozart d’avoir prostitué son talent sur un sujet aussi scandaleux que Don Juan… » Avec ses mains d’enfant, il sait jouer « n’importe quel sonate de ce cher Ludwig »… ce qui lui vaut son qualificatif de « petit Mozart » qu’il essaiera vainement de faire disparaître.
Bref, je ne vais pas vous raconter l’ouvrage. Lisez-le, vous apprendrez beaucoup de choses, en retiendrez un peu. Même pour un vieux sacripant comme moi, c’est encore utile… Et pour vous rafraîchir, jetez un oeil (et même deux, c’est mieux), sur Le Figaro Magazine de la semaine dernière, où Alain Duault écrit à ce « cher Monsieur Beethoven » en se faisant passer pour « Elise » qui s’appelait en fait « Thérèse Malfatti von Rohrenbach »… D’où le souhait d’avoir dorénavant une « Lettre à Thérèse »… Serviteur ! comme on disait élégamment au temps de François-Joseph et de l’Empire.
MORASSE
Stéphane Malandrin, Je suis le fils de Beethoven, éditions du Seuil, 300 pages, 19,50 €
Crédit photo : Ludwig van Beethoven travaillant à la Missa solemnis (portrait de Joseph Karl Stieler de 1820)
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Une réponse à “« L’apothéose de la danse » à propos de Beethoven…”
Je sais que M Hervé Ryssen n’ apprécie pas particulièrement les membres de Terre et Peuple dont je fais partie !
Mais à l’ époque du » Droit au Blasphème » , je crois indispensable d’ intervenir en sa faveur et que le Garde des Sceaux , attaché
à défendre la Liberté d’ Expression exigera au plus tôt sa libération . ..