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La Haute-Bretagne est-elle solide comme le roc ? Les deux départements les moins « fragiles » de France seraient l’Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique. Tel est le verdict de l’Insee « au regard du chômage, de la précarité de l’emploi ou encore de la part de familles monoparentales », d’après les chiffres du recensement de 2016. La situation de la Loire-Atlantique a été étudiée de plus près par l’Insee et le département.
La Loire-Atlantique se situait au 3e rang des départements les moins en difficulté en 2006. Dix ans plus tard, sa situation relative s’est donc encore améliorée. Le chômage de longue durée et les contrats courts ont diminué, tandis que le chômage a moins progressé qu’ailleurs.
Moins de chômeurs, moins de non-diplômés, moins de familles monoparentales, moins de logements surpeuplés, moins de logements vétustes, niveau de vie par personne supérieur de 15 % à la moyenne nationale… la situation du département est favorable. Et même cette considération que l’Insee manie avec des pincettes, comme pour s’excuser de la classer parmi les facteurs négatifs : « la population étrangère, exposée plus fréquemment à diverses difficultés liées à un défaut de maîtrise de la langue française ou au manque de reconnaissance de leurs compétences acquises à l’étranger, est moins présente ».
Vingt-six zones fragiles dans le département
Tout va bien, donc ? Non, de fortes disparités sont relevées dans le département. On distingue « des espaces de forte fragilité sociale […] en majorité concentrés dans les pôles urbains de Nantes et de Saint-Nazaire. Ces zones se fragilisent depuis 2006, contrairement aux couronnes alentours qui s’améliorent le plus fortement. » L’étude en distingue vingt-six. Dont dix-neuf dans le pôle urbain de Nantes, cinq dans celui de Saint-Nazaire, une à Châteaubriant et une au Petit-Auverné, dans le nord du département.
D’où viennent les difficultés ? Pas du logement, en tout cas : dans ces zones, où 66 % des logements sont de type HLM, « seuls 4 % des logements datent d’avant 1946 ». En revanche, la proportion de chômeurs est plus de deux fois supérieure à la moyenne départementale. Celle des non-diplômés presque deux fois supérieure. Et surtout, celle des étrangers presque six fois supérieure !
Depuis 2006, des indicateurs comme la part de non-diplômés, d’ouvriers non qualifiés ou le surpeuplement se sont améliorés dans ces zones. Pourtant le chômage y a progressé plus de deux fois plus vite. Et la part d’étrangers a augmenté plus de cinq fois plus vite que dans l’ensemble du département (+6,5 points). L’étude n’examine pas les corrélations éventuelles entre ses neuf critères de difficultés. Par exemple, il n’y a aucune raison que les taux de chômeurs ou de familles monoparentales aient un effet sur la proportion d’étrangers. L’inverse, en revanche, est envisageable.
Préférence étrangère ?
Cette considération n’est pas neutre. « Les aides apportées par le Département sont plus nombreuses dans les zones en difficulté », note l’étude, « notamment en ce qui concerne l’enfance, le logement et l’insertion ». En particulier, « la part de jeunes de 0 à 20 ans suivis par l’ASE [aide sociale à l’enfance] est six fois plus importante sur les territoires très fragiles que dans les zones les moins en difficulté ». La part de ménages bénéficiant de l’aide au logement est dix fois plus élevée que dans les territoires peu fragiles, et six fois plus concernant les allocations RSA.
Le Département ne peut pas être partout. Les zones rurales les plus délaissées sont classées par l’Insee en « fragilité intermédiaire ». Elles n’ont donc pas droit aux mêmes attentions. La proportion des logements HLM y est presque dix fois moindre que dans les zones les plus fragiles (7 % contre 66 %) et celle des logements anciens huit plus élevée (32 % contre 4 %). Il n’est donc pas impossible que la mécanique de l’indicateur de fragilité sociale applicable à des zones géographiques restreintes adopté par l’Insee conduise à une forme de préférence étrangère.
E.F.
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David Amonou, Philippe Bourieau (Insee), Sandrine Leray, Camille L’Hour (Département de Loire-Atlantique), « Loire-Atlantique : moins de fragilités sociales, mais quelques territoires ou quartiers cumulent les difficultés », Insee.
Crédit photo : Breizh-info
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