Dans la grande majorité des manifestation des Gilets jaunes organisées pour l’anniversaire du mouvement le 16 novembre dernier, tout s’est passé dans le calme. Dans les grandes villes, seule Nantes et Paris se sont démarquées avec des épisodes de casse, dont beaucoup de circonstances troublantes portent à croire qu’ils ont été prévus d’avance.

Ainsi à Nantes, un arrêté avait été pris par le préfet de Loire-Atlantique pour empêcher les blocages des péages d’Ancenis et du Bignon par les Gilets jaunes (pages 54 et 55 du RAA du 15 novembre), mais curieusement pas d’arrêté pour interdire un périmètre du centre-ville commerçant, comme il a été fait par le passé.

Résultat, ce qui devait arriver arriva – après un épisode de casse dans le parking Duchesse Anne, puis un autre au McDo du carré Feydeau, la manifestation a fini par déborder les effectifs de police et entrer en centre-ville, avec des épisodes de casse dans le Bouffay. « En gros, le préfet a travaillé pour Vinci, qui a pu empocher ses sous, mais pas pour les Nantais et les commerçants du centre-ville, qui se sont faits dégommer un samedi, encore », constate un proche du dossier.

Claude d’Harcourt préparerait-il son avenir  professionnel après la préfectorale, comme l’ancien préfet de Nantes Bernard Hagelsteen (2007-2009) qui avait pantouflé chez Vinci ? Il est certainement au courant de la « malédiction des préfets de Nantes », selon laquelle tous les titulaires récents – dont Nicole Klein, reprise ensuite comme directrice de cabinet de François de Rugy, puis brutalement débarquée par ce dernier – ont eu des ennuis majeurs.

A Paris, ce qui s’est passé samedi place d’Italie (13e) et à ses abords, est encore plus surprenant. La manifestation, d’abord déclarée et autorisée par la préfecture de Paris, a été interdite au dernier moment « au vu de la présence de blacks blocks ». Non seulement aucun filtrage n’a été effectué en amont, mais pis, les blacks blocs ont pu tranquillement s’y regrouper, voire se réfugier derrière les rangs de la police – même si selon la presse mainstream, il s’agirait de « policiers en civil » dont le déploiement est classique pour repérer les casseurs et les interpeller.

Quant aux manifestants « normaux » présents sur place, ils ont été nassés et chargés pendant plusieurs heures, ce qui ne pouvait que les énerver et provoquer de nouveaux cycles de violence, place d’Italie mais aussi dans tout le quartier jusqu’au pont d’Austerlitz.

Des manifestants ont aussi relevé, alors que les incendies faisaient rage place d’Italie, un  camion de la ville de Paris bien reconnaissable venu décharger des palettes sous le nez des CRS, ou encore « des hommes masqués de noir [qui] courent en tous sens en frappant des gens ».


L’assimilation de certains casseurs aux policiers en civil serait une « légende urbaine » selon la presse mainstream et certains policiers. Les manifestants de la Manif pour tous en mars et mai 2013, Besancenot en 2014 pendant les manifestations pour Rémi Fraisse, des manifestants à Nantes en 2014 et des Gilets Jaunes en 2018-2019 ont constaté et dénoncé le contraire. En tout état de cause, les préfets, chargés de maintenir l’ordre, ont failli au moins à Nantes et à Paris.

Ce qui ne peut qu’arranger un certain Emmanuel : pendant qu’on parle des casseurs et qu’on les assimile aux Gilets jaunes sur les chaînes d’information continue et la presse mainstream, les revendications sociales  passent à la trappe. Tout comme le fait qu’un an après le début du mouvement des Gilets jaunes, 69% des français le trouvent justifié, selon une enquête Odoxa toute fraîche, et 64% affirment qu’Emmanuel Macron n’en a pas assez tenu compte.

Louis Moulin

Photo d’illustration :GrandCelinien/wikimedia (cc)
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