Plus que contre le gouvernement, le mouvement des sardines proteste en tout et pour tout contre l’opposition. C’est pourtant le principe même de toute démocratie d’avoir une majorité au pouvoir et une opposition.

Mais ils en ont après Salvini et entendent simplement le contester, tout en prétendant rester, ne l’oublions pas, apolitiques, sans rien proposer en retour. Comme le souligne Il Primato Nazionale, nous sommes donc devant la première manifestation de l’Histoire qui s’en prend à l’opposition, sans autres revendications.

Un mouvement anti-démocratique ?

Pis, ce mouvement est clairement anti-démocratique, relèvent ses opposants. En effet, en luttant contre l’opposition, ils nient aux Italiens le droit d’avoir d’autres idées que celles proposées par le gouvernement en place et d’avoir des gens qui représentent ce désaccord. Selon eux, le seul message qui puisse être écouté est celui de la gauche, ce qui est tout bonnement liberticide comme le souligne Il Giornale. En résumé le mouvement des sardines, c’est la dictature de la pensée unique portée par la gauche caviar.

Selon le manifeste du mouvement des sardines, « vous avez le droit de parler mais pas celui d’être écouté », ce qui est finalement un autre type de censure plus sournois et plus dangereux.

Une unanimité pas si unanime

Toutefois, le mouvement est loin de faire l’unanimité et crée souvent de fortes polémiques, même si la presse mainstream ne les mentionne pas. C’est le cas de Vicenza où une manifestation est prévue pour le 7 décembre prochain.

Ce sont les commerçants de la ville qui protestent contre la place choisie pour la manifestation : en effet, le maire a déjà déplacé une première fois la manifestation au motif suivant : « Dans ma vie j’ai organisé divers manifestations tout en mettant en première place le respect des citoyens – a déclaré l’assesseur communal Silvio Giovine – respect qu’en tant qu’administrateur je voudrais voir chez ceux qui aujourd’hui semblent ignorer combien sont importantes pour nos commerçants ces semaines qui précèdent Noël ». Un nouvel accord a donc été conclu avec changement de place mais il a tout de même été accueilli par une pluie de critiques.

L’association des « vitrines du centre historique » (« Vetrine del centro storico »), préoccupée par les conséquences négatives que l’évènement pourrait avoir sur les courses de Noël, s’est dressée contre les sardines : « La place Matteotti est dans le centre et cela bloquera l’activité à d’autres commerçants. Nous sommes indignés. Tous ont le droit de manifester, mais pas en cette période ! », clament-ils. Les commerçants sont donc sur le pied de guerre : « Avec les difficultés économiques que nous affrontons, ils nous empêchent de travailler ». Une situation qui n’est pas si éloignée des manifestations à répétition à Nantes, depuis plusieurs années, qui impactent là encore surtout les petits commerces du centre-ville et non les hypermarchés de périphérie.

« Chatons avec Salvini »

Du côté des leaders du centre-droit, personne n’est resté les bras croisés. Salvini, lui a lancé une contre-campagne, celle des « chatons avec Salvini ». « Quoi de plus beau et de plus mignon que des petits chats ? P.S. est-ce que les sardines ou autres petits poissons plaisent à vos chatons ? Mettez la photo dans les commentaires ! Miaou ! ». Voilà la réponse pleine d’humour du leader de la Ligue. Il avait même revisité le symbole du parti en mettant « Chatons avec Salvini » et la silhouette d’un chat tenant une sardine prêt à la manger. L’initiative a connu un vif succès avec plus de 5 000 partages et 10 000 commentaires à son post dont beaucoup comportaient une photo de chat. Ce grand nombre a convaincu Salvini de continuer sa campagne contre les sardines.

Mais les sardines ne s’en prennent pas seulement à Matteo Salvini. En effet, ce mouvement sensé être  « apolitique », « contre les mensonges et la haine » s’en est pris violemment au leader de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni. Sur la page Facebook du mouvement des sardines, un utilisateur a publié un commentaire sur la proposition de Giorgia Meloni d’augmenter le budget pour rapatrier chez eux les migrants en situation irrégulière : il parlait d’une « proposition obscène qui porte le pays à la barbarie ». Mais à la suite de ce commentaire, les sardines se laissent aller à un fleuve d’insultes : « une démente », « une folle dingue », « une bête », « une m*** », « ignoble », « la lie de l’humanité », et l’un d’eux demande même qu’elle soit jugée à Nuremberg avec les nazis… et ce n’est qu’un échantillon des plus retenus.

Précisons tout de même que ce n’est pas la page officielle du mouvement, mais une page parallèle, celle des sardines des Pouilles – une province du Mezzogiorno, au sud de l’Italie, conduite entre autres par Davide Carlucci, maire de Acquaviva delle Fonti, inscrit au parti Italia in Comune (un petit parti monté en 2018 par trois maires et avec une idéologie écologiste-européiste). Il a dû s’excuser et a promis d’effacer les insultes.

Mais Giorgia Meloni, interviewée à la télévision italienne, répond à propos des attaques des sardines : « Ils nous disent combien ils sont bons et pacifiques. J’ai lu le manifeste des Sardines qui dit : “vous n’avez pas le droit d’avoir quelqu’un pour vous écouter, vous devez avoir peur”. Peur de qui ? Moi, je dois avoir peur ? De quoi ? Moi, je n’ai pas le droit d’avoir quelqu’un qui m’écoute ? La seule chose qui compte c’est qu’ils soient convaincants. Si tu n’es pas convaincant, tu ne peux faire taire personne, tu dois être convaincants, toi ». Et elle ajoute, « moi, j’ai toujours eu du respect ».

Enfin, pour terminer avec ce mouvement qui désormais est un peu retombé, à part sous la plume des médias mainstream, on peut définitivement dire qu’il est tout sauf spontané et apolitique. En effet, outre le leader Mattia Santori, qui travaille pour la revue de Prodi et qui regrette les belles années du communisme, une autre cheville ouvrière permet de constater que le mouvement des sardines est téléguidé politiquement.

En effet, le référent du mouvement dans la ville de Modène, Jamal Hussein, a carrément ouvert la campagne électorale du centre-gauche qui soutient le candidat Stefano Bonaccini pour les régionales : « Portons cette place que nous avons créé à Modène, à voter le 26 janvier pour ceux qui nous ont gouverné jusqu’à aujourd’hui ». Et il ajoute : « D’une part il y a Stefano Bonaccini qui a exécuté un travail très important, qui a posé l’Émilie-Romagne aux premières places en Europe et nous devons continuer à en faire autant. D’autre part il y a Lucia Borgonzoni, une candidate fantôme et un centre-droit populiste qui exploite cette vague de haine dans notre pays pour nous diviser et nous ramener au temps des Lombards ». Enfin il termine sur une note pathétique : « Je suis un étudiant étranger et je suis venu étudier l’ingénierie ici parce que c’est ce qu’il y a de mieux. Et j’ai été accueilli. Je ne me sens pas exclu parce que je suis un étudiant étranger. Cette région est une région qui accueille ». Puis il clôt par un appel : « Alors, je vous recommande bien, le 26 janvier portons ces valeurs dans les urnes électorales ». Tout est dit.

De notre correspondante en Italie, Hélène Lechat

Crédit photo :DR
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