Selon une étude du Cnam menée auprès de 30 000 élèves de 2007 à 2016, et établissant une forme de statistiques ethniques, les jeunes filles asiatiques connaissent la meilleure réussite au bac, devant les jeunes Françaises de souche. Depuis le primaire jusqu’aux études supérieures. En fin de classement on retrouve les jeunes garçons d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et de Turquie. Retour sur une enquête pas des plus politiquement correctes, qui établit des moyennes de groupe (sans préjuger des individus, des cas individuels).

Les jeunes filles asiatiques meilleures élèves, les jeunes garçons africains bonnets d’âne ?

Comme le relate Le Figaro, la sociologue du Cnam Yaël Brinbaum a mené une étude parue en décembre 2019 dans la revue Éducation et formation du ministère de l’Éducation nationale, qui étudie les « trajectoires scolaires des enfants d’immigrés jusqu’au baccalauréat ». Elle a suivi un panel de 30 000 élèves entre 2007 et 2016, confrontant les résultats des enfants dont les parents sont nés en France avec ceux dont les deux parents sont nés à l’étranger.

« Sont démontrées, par exemple, la réussite des enfants d’origine asiatique, exceptionnelle chez les filles, dès l’école primaire, et a contrario, les difficultés précoces et durables des garçons, notamment d’origine africaine » explique la sociologue, dans ce qui constitue une petite bombe puisqu’elle tend à montrer des différences importantes dans la réussite selon les origines culturelles notamment.

Le type de baccalauréat témoigne également de différences importantes : « Si les filles de plusieurs groupes ont autant un baccalauréat que les filles françaises d’origine (51 %), elles ont beaucoup moins obtenu des baccalauréats généraux (-15 points pour les filles d’immigrés portugais ou maghrébins, -22 points pour celles originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie). Elles obtiennent davantage des baccalauréats technologiques et surtout professionnels. À l’inverse, les descendantes d’immigrés d’Asie surpassent les filles françaises d’origine, avec 63 % de baccalauréats généraux (+12 points) » peut-on lire dans l’étude.

« Si les garçons d’origine maghrébine et d’Afrique subsaharienne détiennent moins le baccalauréat que leurs pairs français d’origine, il s’agit aussi moins souvent d’un baccalauréat général. Comme pour les filles, les garçons d’origine asiatique connaissent un avantage (+14 points, avec 52 % de baccalauréats généraux) (…) Les enfants d’origine asiatique, et plus particulièrement les filles, se démarquent par leur sur-réussite, même comparés aux Français d’origine : moins de redoublements dès l’école primaire, meilleurs niveaux scolaires en sixième puis en fin de troisième, orientations plus fréquentes vers les filières sélectives, taux record de bacs généraux, notamment scientifiques » peut-on lire. Quelles que soient les origines, les filles travaillent mieux que les garçons (de quoi susciter des grands plans pour « mettre fin à la domination féminine à l »école » ?).

L’étude montre par ailleurs que les garçons enfants d’immigrés d’Afrique subsaharienne ainsi que turcs ou maghrébins sont largement minoritaires y compris dans les filières générales, comme la filière scientifique. A contrario, les descendants d’immigrés asiatiques sont surreprésentés parmi les bacheliers scientifiques (36 % des filles, 42 % des garçons), filière la plus prestigieuse, contre seulement un quart des Français d’origine. Ainsi on peut lire : « Les descendants d’immigrés asiatiques sont surreprésentés parmi les bacheliers scientifiques (36 % des filles, 42 % des garçons) contre seulement un quart des Français d’origine – autant les filles que les garçons –  ; à l’inverse, les descendantes et descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne et les fils d’immigrés turcs y sont minoritaires (7 % à 9 %), les descendants maghrébins se retrouvent dans une situation intermédiaire (avec 16-17 %). Les filières ES, et plus encore les filières L, sont à dominante féminine pour toutes les origines ; les garçons sont peu représentés dans les filières littéraires ».

Des inégalités sociales considérables dans l’accès au Bac

Les inégalités d’origine se cumulent avec des inégalités sociales d’éducation, plus ou moins marquées selon le sexe. Ainsi, 96 % des enfants de cadres supérieurs et d’enseignants obtiennent un baccalauréat, alors qu’ils ne sont que 64 % parmi les enfants d’ouvriers et d’employés (avec des différences internes selon la qualification). Les écarts sexués sont faibles parmi les enfants de familles favorisées (4 points) et plus marqués au sein des autres catégories sociales, en particulier parmi les enfants d’ouvriers et d’employés non qualifiés (16 points). Les écarts apparaissent considérables entre milieux sociaux : parmi les garçons, le taux de bacheliers passe de 48 % à 91 % (soit un écart de 43 points) entre enfants de familles favorisées et enfants d’ouvriers et d’employés non qualifiés et inactifs ; et respectivement de 64 % à 96 % pour les filles (soit un écart de 32 points).

Inégalités sociales, ou différences culturelles trop importantes ?

Plusieurs conclusions sont effectuées par la sociologue, nous les reproduisons ci-dessous :

  • Les trajectoires scolaires sont genrées et différenciées selon l’origine migratoire et ce à toutes les étapes de la carrière.
  • L’étude confirme l’avantage scolaire des filles au sein des descendants d’immigrés, quelle que soit l’origine, au fil de la scolarité. Cet avantage pointe en miroir les difficultés scolaires plus fréquentes des garçons de certains groupes, plus nombreux notamment à sortir du secondaire sans diplôme.
  • Le taux de bacheliers a sensiblement augmenté depuis le panel précédent de la DEPP, en lien avec les politiques éducatives et notamment les réformes du baccalauréat professionnel, avec des disparités notables selon les origines sociales et migratoires et selon le genre. Les bachelières sont beaucoup plus nombreuses que les bacheliers au sein de chaque groupe d’origine. Ils/elles n’obtiennent pas les mêmes baccalauréats en termes de filières et de séries, selon l’origine : les bacheliers et bachelières technologiques et professionnels sont particulièrement nombreux parmi les descendants d’immigrés.
  • Les écarts sexués apparaissent toutefois de plus ou moins grande amplitude selon l’origine migratoire. Certaines tendances sont notables entre origines géographiques, même si on relève aussi des différences internes aux groupes d’origines.

Pour la sociologue, « les enfants d’origine asiatique des deux sexes se démarquent par leur sur-réussite, même comparés aux Français d’origine, les filles plus encore que les garçons : moins de redoublements dès l’école primaire, meilleurs niveaux scolaires en sixième puis en fin de troisième, orientations plus fréquentes vers les filières sélectives, taux record de baccalauréats généraux, notamment scientifiques. Ces réussites confirment, à l’aune de multiples indicateurs scolaires, des tendances déjà observées sur des générations plus anciennes, à partir de l’enquête TeO [Brinbaum et Primon, 2013] et dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Suède [Heath et Brinbaum, 2014]. A contrario, les enfants d’Afrique subsaharienne, particulièrement les garçons, sont en moyenne plus nombreux à avoir des parcours scolaires semés d’embûches, émaillés de difficultés précoces : redoublements en primaire, moins bons résultats en sixième, orientations nombreuses, plus souvent contrariées dans les filières professionnelles, moins de baccalauréats et davantage de sorties sans diplôme ».

Ne reste plus au lecteur qu’à lire l’étude en entier, et à en tirer ses propres conclusions.

Certains continueront (c’est le cas en France depuis plusieurs décennies) à souligner le rôle (qui existe, c’est indéniable) des inégalités sociales lourdes dans ces différences. D’autres y trouveront également d’autres explications, possiblement culturelles. La censure récente par Twitter (qui se réfugie derrière la loi française) de la carte mondiale du QI (quotient intellectuel) témoigne d’un véritable malaise, d’une gène, à ce sujet.

Philippe, un Breton qui enseigne dans un collège de banlieue parisienne « à forte population immigrée » et à qui nous avons fait lire l’étude, n’est en tout cas pas étonné des résultats. « Bien sûr qu’il y a des différences sociales et des inégalités. Mais c’est évident que c’est aussi culturel. Les familles n’ont pas la même approche du système scolaire, le même respect de l’Institution, les mêmes valeurs. Et puis moi je viens de la campagne de Quimperlé. Les gamins là-bas, n’ont pas de médiathèque toute neuve, pas de gymnase, pas de petites classes avec des professeurs rien que pour eux. Pourtant ils réussissent mieux et se comportent mieux. Vous l’expliquez comment vous, si ce n’est par les différences culturelles ? Dans les classes que j’ai, à chaque fois effectivement, j’ai des filles d’origine immigrée qui veulent s’en sortir. Ne plus être sous la domination des hommes de leurs cultures, qui sont autrement plus patriarcales que nos sociétés occidentales. J’ai même quelques jeunes filles qui m’ont déjà confié travailler en cachette pour ne pas être réprimandées à la maison par les grands frères… Quelques jeunes garçons aussi, mais ils sont souvent mal vus par leurs congénères. Mais bon, votre étude là est avant tout basée sur les inégalités sociales finalement. Ceux qui les réalisent ne veulent pas lever le tabou des différences culturelles trop importantes qui minent le système scolaire en France ».

Nous vous invitons, sur le sujet, à lire cet article tiré du site de Gregory Roose, mais également la gène manifeste de Libération au sujet du quotient intellectuel, dans un article qui évoque notamment le travail de Richard Lynn déjà abordé ici.

L’analyse de la sociologue du CNAM apporte en tout cas potentiellement des explications à la baisse progressive de la France dans le classement PISA, classement dans lequel les pays asiatiques surnagent tandis que le seul pays africain classé, le Maroc, est 75ème.

YV

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