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Dans un entretien accordé à Boulevard Voltaire, l’essayiste Alain de Benoist évoque la question écologique fondamentale mais pourtant taboue qu’est la démographie, et revient sur les conséquences de la surpopulation mondiale qui amène « un monde invivable qui se dessine » selon lui.
Le constat est implacable : « Vers 1700, on comptait moins de 700 millions d’habitants sur Terre. En 1900, on en était à 1,6 milliard. Aujourd’hui, avec plus de 250 000 naissances par jour, on a dépassé les 7,7 milliards. Pour la fin du siècle, les estimations moyennes tournent autour de douze milliards, les estimations hautes autour de seize milliards. Bien entendu, on peut discuter à perte de vue sur le nombre de bipèdes qui peuvent vivre sur cette planète. La seule chose qui est sûre, c’est qu’il y a une limite : pas plus qu’il ne peut y avoir de croissance matérielle infinie dans un espace fini, la population ne peut s’accroître indéfiniment sur une étendue limitée. Malheureusement, nous sommes à une époque qui ne supporte pas les limites. »
Et Alain de Benoist de poursuivre son analyse : « Malthus (Essai sur le principe de population, 1803) ne se préoccupait que de l’épuisement des ressources. Aujourd’hui, c’est le nombre qui, à lui seul, pose problème : la quantité est plus que jamais le contraire de la qualité. Avec trois ou quatre milliards de bipèdes en moins, le monde se porterait beaucoup mieux ! »
Des déclarations qui font écho aux travaux de plusieurs démographes sur la question de la surpopulation (lire également à ce sujet l’ouvrage majeur du Finlandais Pentty Linkola, Can life prevail?). Nous avions par le passé interrogé Alan Weismann à ce sujet, auteur du livre référence Sommes nous trop nombreux sur terre ?, qui tirait sensiblement les mêmes conclusions qu’Alain de Benoist, qui poursuit son entretien ainsi :
« La surpopulation aggrave mécaniquement tous les problèmes, en les rendant peu à peu insolubles. Elle est belligène, car la pression démographique crée des conflits nouveaux. Elle accélère l’épuisement des réserves naturelles. Elle accroît la dépendance économique et la soumission aux fluctuations ravageuses des marchés mondiaux, elle favorise les migrations de masse en provenance des pays surpeuplés, elle aggrave les effets de la surconsommation, de l’épuisement des sols, de la pollution des nappes phréatiques, de l’accumulation des déchets. Il n’y a déjà plus de réserves de productivité en matière agricole, l’extension des terres agricoles est en train d’atteindre ses limites et les ressources halieutiques des océans s’épuisent également. Plus de 90 % de toute la biomasse produite annuellement dans le monde sont d’ores et déjà exploités. »
Puis d’évoquer les contradictions des « écologistes autoproclamés » qui « se comportent comme si la démographie et l’environnement étaient des sujets séparés, alors qu’ils sont indissociablement liés. À quoi bon parler de préservation des écosystèmes et de sauvegarde de la diversité, à quoi bon s’inquiéter de la gestion des déchets et des effets de la combustion des énergies fossiles si la croissance démographique entraîne toujours plus de pollutions et de déchets et que l’espace laissé aux espèces sauvages est appelé à disparaître ? À quoi bon vouloir limiter les émissions de gaz à effet de serre si on ne limite pas aussi la population ? Dans trente ans, du fait de l’accroissement naturel et de l’exode rural, 68 % de la population mondiale vivra dans des villes, soit 2,5 milliards d’individus de plus que maintenant. Avec des bidonvilles de plus de vingt millions d’habitants et des mégapoles de plus de cent millions d’habitants, c’est un monde proprement invivable qui se dessine. »
Parmi les continents mauvais élèves de la démographe, et donc du péril écologique et humain qui se profile, l’Afrique. Là encore, Alain de Benoist brise quelques tabous que nos hommes politiques et nos analystes officiels se refusent à évoquer :
« En 1950, avec 228 millions d’habitants, le continent africain représentait 9 % de la population mondiale. En 2017, avec 1,2 milliard d’habitants, il en représentait près de 17 %. À la fin du siècle, avec 4,2 milliards d’habitants (dont 89 % au sud du Sahara), il en représentera le tiers. Avec un taux de fécondité moyen de 4,6 enfants par femme, l’Afrique accroît sa population de 2,5 % par an, soit un doublement tous les vingt-huit ans. L’Europe, elle, ne représentait plus que 9,8 % de la population mondiale en 2017, et ce chiffre est encore appelé à baisser. Depuis la chute du mur de Berlin, l’Europe centrale et orientale a perdu 24 millions d’habitants. En France, on vient d’enregistrer la quatrième année consécutive de baisse des naissances : l’âge moyen à la maternité ne cesse de reculer et le solde naturel n’a jamais été aussi bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »
Tout en remettant les choses en ordre concernant la supposée dangerosité de la baisse de la démographie en Europe : « Le problème, ici, n’est toutefois pas d’abord le nombre, mais la détérioration de la pyramide des âges. Que l’Europe soit moins peuplée n’est pas un drame, loin de là ; ce qui est un drame, c’est qu’elle vieillit inexorablement. Cela dit, il n’est pas sérieux d’imaginer que les Européens peuvent se lancer dans une course à la concurrence démographique où ils feraient “mieux” que les 6,4 enfants par femme de la République démocratique du Congo ou les 7 enfants par femme du Niger ! »
En fin d’entretien, Alain de Benoist évoque également le rôle des religions du livre dans la reproduction quasi sans limite.
« À une époque où la plus grande partie du monde était inhabitée et où le premier impératif, pour les petites communautés existantes, était de s’étendre numériquement pour maximiser leurs chances de survie, le “croissez et multipliez” était parfaitement justifié. Le problème commence lorsqu’on ignore le contexte et qu’on soutient qu’un principe valable dans telles ou telles circonstances est à considérer comme un dogme valable en tous temps et en tous lieux. C’est la raison pour laquelle, dans nombre de milieux, la surpopulation est un sujet tabou : au nom de l’ “accueil de la vie” et de la critique du “malthusianisme”, on préfère se mettre un bandeau sur les yeux. Or, le laisser-faire nataliste est aujourd’hui irresponsable, et le “respect de la vie” ne saurait s’étendre à ceux qui ne sont pas encore conçus ».
La conclusion tombe sous le sens, mais n’est pas politiquement très correcte non plus. Pour survivre, pour permettre à des milliers de générations de vivre sur notre planète dans le futur, il n y aura pas 36 000 solutions. « Avec des mesures coercitives, la Chine est parvenue à freiner sa natalité, mais les “incitations” à ralentir la croissance démographique sont généralement des vœux pieux, surtout dans les pays où les enfants sont l’équivalent d’une assurance-vieillesse. L’émigration de masse vers d’autres planètes relève de la science-fiction. Que reste-t-il, alors ? Les épidémies, peut-être ! »
C’est ce qu’on appelle une interview Majeure, avec un M majuscule. Bravo à Nicolas Gauthier, de Boulevard Voltaire, de l’avoir réalisée.
Crédit photo : DR
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