Climat
Climat. La banquise la plus épaisse d’Arctique se brise pour la première fois

Un courant océanique important dans l’Arctique pourrait s’inverser en raison de la hausse des températures, un changement qui pourrait avoir un impact sur le climat avec un temps nettement plus froid en Europe occidentale selon les scientifiques de la NASA.

Un gyre perturbé par l’eau douce des fontes ?

L’impact des courants marins sur le climat n’est plus à démontrer. La circulation du Gulf Stream dans l’océan Atlantique en est une probante illustration. De ce fait, la modification de ces courants pourrait avoir de nombreuses conséquences, bien au-delà des fonds marins. Des chercheurs de la NASA (National Aeronautics and Space Administration) viennent ainsi de faire une importante découverte sur l’évolution du gyre de Beaufort, ce système anticyclonique se déplaçant dans le sens des aiguilles d’une montre autour de l’ouest de l’océan Arctique, au nord du Canada et de l’Alaska. Où il recueille naturellement de l’eau douce provenant de la fonte des glaciers, du ruissellement des rivières et des précipitations.

En s’appuyant sur des données satellitaires portant sur les 12 dernières années, les scientifiques américains ont alors observé le fonctionnement de cette circulation océanique dans l’Arctique. Et il s’avère que ce gyre de Beaufort est dorénavant plus rapide et plus turbulent en raison de la fonte rapide des glaces tandis qu’il a accumulé environ 8 000 km3 d’eau douce depuis les années 1990. Soit presque le double du volume du lac Michigan, deuxième plus grand des Grands Lacs américains.

Quelles implications sur le climat européen ?

Mais, selon Tom Armitage, principal auteur de l’étude et scientifique polaire au Jet Propulsion Laboratory de la NASA à Pasadena, en Californie, « si le gyre de Beaufort venait à libérer cet excès d’eau douce aujourd’hui, cela aurait des implications sur le climat, notamment sur celui de l’Europe de l’ouest ».

Dans ces conditions, les courants de l’océan Atlantique pourraient se voir modifier et le climat de l’Europe occidentale connaîtrait un refroidissement. À savoir que le gyre de Beaufort maintient l’environnement polaire en équilibre en stockant de l’eau douce près de la surface de l’océan. Cette eau douce est importante dans l’Arctique en partie parce qu’elle flotte au-dessus de l’eau salée, plus chaude, et qu’elle contribue à protéger de la fonte les glaces de mer. Par la suite, le gyre diffuse cette même eau douce dans l’océan Atlantique. Mais très progressivement, sur plusieurs décennies. De quoi laisser le temps aux courants océaniques d’absorber les volumes sans voir leur circulation impactée.

La circulation du Gulf Stream modifiée ?

Toutefois, en étant plus exposé aux vents d’ouest en raison du déclin de la couverture glacée estivale de l’Arctique, le gyre de Beaufort s’est élargi et a accéléré sa rotation. Avec pour conséquence une eau douce qui ne peut s’en échapper. Ce vent d’ouest, qui souffle depuis près de 20 ans, est inhabituel pour la région, où auparavant, les vents changeaient de direction tous les cinq à sept ans. Si la direction du vent venait à changer, le courant pourrait alors s’inverser et libérer d’un seul coup l’eau qu’il a accumulée.

Avec davantage d’eau douce rejetée vers l’Atlantique Nord, la densité des eaux de surface s’en trouverait modifiée. Ainsi, ces eaux froides, coulant au fond de l’océan et circulant vers les tropiques telles un tapis roulant tandis que de l’eau plus chaude en surface remonte vers le Nord, pourraient influencer la régulation du Gulf Stream jusqu’à le ralentir.

AK

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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