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Un sacré bail : maire de Vitré pendant quarante-trois ans. Mais Pierre Méhaignerie vient de rendre son tablier.
Le pape du pays de Vitré
Fils de son père, Alexis Méhaignerie (MRP), agriculteur, maire de Balazé et député de la circonscription de Vitré, Pierre Méhaignerie hérita de la boutique « Palais-Bourbon » en 1973, après été battu par un vétérinaire gaulliste (UDR) en 1968. Notable rural dans toute sa splendeur, il cumulait trois mandats : maire de Vitré, conseiller général de Vitré et député de Vitré. En bon démocrate-chrétien, il était le pape du pays de Vitré. Mais sa carrière politique s’est achevée le jeudi 27 février en présidant sa dernière réunion du conseil municipal de Vitré, ville qu’il dirigeait depuis 43 ans. Sa gloire était totale lorsqu’il était président di conseil général d’Ille-et-Vilaine pour le plus grand profit (subventions et implantations d’entreprises) du pays de Vitré.
Courageux mais pas téméraire
Courageux mais pas téméraire, il savait éviter une élection ou un combat lorsqu’il sentait que la victoire n’était pas certaine. Ainsi on le vit lorgner vers l’hôtel de ville de Rennes – la carte de visite « maire de Rennes » étant plus valorisante que celle de « maire de Vitré » ; mais les sondages lui montrèrent qu’il était préférable de rester sagement à Vitré. Il rêva également de la présidence du conseil régional de Bretagne ; mais Chirac lui barra la route et imposa Jocelyn de Rohan, sénateur du Morbihan, président du groupe RPR au Sénat et copain de Chirac depuis l’ENA. La poussée socialiste dans le département devint telle que la crainte de perdre la majorité – et donc la présidence – l’incita à ne pas se représenter aux élections cantonales.
Quelques mauvaises surprises
Il eut quelques mauvaises surprises. Habitué à dominer le département, et tout particulièrement la droite, il n’imaginait pas que la présidence de la fédération d’Ille-et-Vilaine de l’UDF (les giscardiens) puisse lui échapper. Mais c’était sans compter avec Alain Madelin, parachuté à Redon, également UDF. Car « Mado » savait y faire : cars pour transporter ses supporters, distribution gratuite de cartes UDF à ces derniers. Si bien que le jour de l’assemblée générale, Madelin put battre Méhaignerie. Grande colère de ce dernier qui dénonça dans Ouest-France des méthodes de « voyou » (sic).
Ministre de seconde classe
Ardent défenseur de l’agriculture industrielle, il favorisa plusieurs remembrements dans le pays de Vitré. Les produits de qualité et l’agriculture paysanne n’entraient pas dans son champ de vision. Ne possédant pas la tripe bretonne, quand il se regardait le nombril, il voyait l’« Ouest ». À coup sûr, les élus et les cadres centristes de Bretagne peuvent lui reprocher de n’avoir jamais cherché à constituer dans notre région l’équivalent du CSU bavarois. Ce qui lui aurait conféré un poids politique certain à Paris. Il n’a jamais compris qu’il était préférable d’être un poids lourd en Bretagne plutôt que la cinquième roue du carrosse à Paris, car Méhaignerie ne dépassa jamais le stade de ministre de seconde classe.
Bernard Morvan
Crédit photo : Fpleclercq/Wikimedia (cc)
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