Jean Ernice (Paris Vox) sur la crise sanitaire : « Ne pas se cantonner aux points presse de Sibeth Ndiaye par exemple… »

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Comment nos confrères parisiens vivent-ils et perçoivent la crise sanitaire que nous traversons, et qui, en Bretagne, n’est pas aussi forte qu’en Ile-de-France ou qu’en Alsace-Moselle par exemple ? C’est ce que nous avons voulu savoir en interrogeant Jean Ernice, journaliste chez Paris Vox, média alternatif parisien.

Breizh-info.com : Comment se porte Paris Vox en cette période de confinement ? Quel impact sur les audiences ?

Jean Ernice : Paris Vox se porte bien en cette période de confinement. Les membres de la rédaction sont en bonne santé et c’est déjà en soi une bonne chose.

Le confinement offrant un peu de temps à notre équipe de bénévoles, nous venons de sortir une émission de radio avec nos confrères de Méridien Zéro afin d’offrir plus de contenus à ceux qui nous lisent. 

Les audiences ont une tendance à la hausse par rapport aux semaines qui précèdent le confinement. Nos lecteurs ont sans doute plus de temps pour nous lire et c’est tant mieux. À nous de proposer un contenu original pour fidéliser les nouveaux lecteurs.

Breizh-info.com : Comment traiter la crise du Coronavirus sans tomber dans la psychose, sans surinterpréter certains faits ? Sans faire de fake news ?

Jean Ernice : À la rédaction de Paris Vox, nous avons pris le parti de ne pas aborder le Coronavirus d’un point de vue médical. Nos compétences dans ce domaine étant limitées, nous avons considéré que d’autres le feraient mieux que nous. En cela nous ne trahissons pas notre lectorat, notre média est avant tout centré sur Paris et sa région. 

Pour autant, il convient de procéder pour cette crise sanitaire comme pour tout type d’information. Il faut recouper les sources et ne pas hésiter à lire ce qui est écrit dans d’autres pays. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons interrogé différents intervenants de la presse alternative en Europe.

Le meilleur moyen d’éviter les bobards est de ne pas se cantonner aux points presse de Sibeth Ndiaye par exemple…

Breizh-info.com : La situation à Paris est-elle celle décrite par la presse mainstream ?

Jean Ernice : La situation à Paris est protéiforme. 

Le confinement est dans l’ensemble suivi et accepté par la plupart des habitants. Les images de panique dans les grandes surfaces sont derrière nous pour le moment. 

En sortant dans Paris, il y a quelques jours j’ai constaté que certains quartiers étaient totalement déserts. C’est le cas des Champs-Élysées par exemple, il y a bien quelques voitures qui passent dans la rue mais personne sur les trottoirs.

Dans les quartiers à plus grande densité de population, on croise beaucoup plus de gens, des gens qui courent ou qui vont faire quelques achats. D’autres profitent du soleil !

Mais il est des endroits plus problématiques, certains habitants du 18ème arrondissement ou encore les riverains de la salle de shoot se sentent totalement abandonnés, ils font face à des toxicomanes en manque ou des regroupements de personnes hostiles.

Le Préfet est bien venu rendre compte du confinement dans le 18ème arrondissement mais se garde bien d’aller là où il y a le plus de problèmes…

Dans les médias mainstream, il y a du mieux, peut-être parce que le manque d’information fraîche oblige les journalistes à révéler certaines informations parfois mises de côté ou traitées très rapidement.

Le reportage de BFM par exemple sur les soignants obligés d’être escortés par des agents de sécurité à l’hôpital Lariboisière met en lumière l’insécurité qui y règne. J’avais réalisé là-bas un reportage nocturne à la salle de shoot il y a trois ans. Loin de vouloir stigmatiser les toxicomanes qu’il faut soigner, nous voulions alerter sur l’abandon des riverains dans ce quartier. Trois ans plus tard, si les soignants doivent être accompagnés, on n’ose pas imaginer le quotidien des riverains qui se sentent eux bien esseulés…

Breizh-info.com : Le confinement a été décrit comme peu respecté dans les banlieues. Une vidéo récente de Vincent Lapierre montre le contraire. Qu’avez-vous vu lors de vos enquêtes récentes ?

Jean Ernice : Le reportage de Vincent Lapierre est intéressant car il va à la rencontre des gens sur le terrain, et je ne suis pas étonné que le centre-ville de Saint-Denis soit assez calme comme cela peut l’être dans de nombreux coins. Saint-Denis est une ville plus mixte qu’il n’y paraît et une certaine bourgeoisie s’y épanouit au centre. 

Le confinement est plutôt bien suivi en banlieue également. Mais il y a une minorité qui se contrefout des règles. Ce n’est pas nouveau mais c’est éclatant actuellement. C’est une minorité qui sait se faire voir et qui ne peut s’empêcher de se montrer, notamment sur les réseaux sociaux tel Snapchat ou Instagram.

C’est ainsi que des pièges sont régulièrement tendus aux forces de l’ordre ou aux pompiers dans certaines banlieues. Les délinquants mettent le feu à des poubelles et attendent cachés que les pompiers viennent l’éteindre. Lors de leur arrivée, les pompiers escortés par le police sont caillassés. Il n’y a rien de nouveau malheureusement mais c’est d’autant plus choquant en période de crise sanitaire où on a besoin des pompiers pour autre chose que ce genre « d’amusements »… 

Breizh-info.com : La crise économique qui s’annonce en sortie de crise sanitaire fait peur. Comment l’envisagez-vous ?

Jean Ernice : J’ai bien peur que cela soit terrible. Le proverbe dit quand les gros maigrissent, les maigres meurent… Il faut donner tort à cette sagesse populaire en repensant sa manière de consommer.

Constater les échecs des États sans remettre son propre mode de vie en cause serait hautement hypocrite. Il faut encourager la vente directe quand cela est possible et surtout encourager le commerce et l’artisanat indépendant tant qu’il y en a encore. On ne compte plus les commerces qui ont disparu ces 50 dernières années, il est temps de stopper cela. S’il faut arbitrer entre avoir du bon pain et Netflix, chacun devra faire le bon choix… Mon choix est fait, vive mon boulanger !

Breizh-info.com : Quel rôle à venir pour la presse alternative en cette période de crise majeure dans notre histoire ?

Jean Ernice : La presse alternative doit avoir un rôle de lanceur d’alerte et doit être là où on ne l’attend pas toujours.

Notre souci d’informer n’a pas vocation à faire plaisir ou à flatter certains instincts. Au contraire, nous devons susciter le débat et tendre vers l’intelligence collective. 

Notre rôle est également de montrer ce que la France est et ce qu’elle devient, avec vérité et sans œillères.

Le Canard enchaîné et Mediapart ont besoin de challengers, à nous de nous en montrer capable. Pour ce faire, c’est à nos lecteurs de nous soutenir, économiquement bien sûr, mais également en relayant nos productions. Les lecteurs ont un pouvoir qu’ils mésestiment, ils ont le devoir de nous faire parvenir les vérités dérangeantes cachées dans les entreprises, la fonction publique ou dans son quotidien. Je ne parle pas de devenir un délateur zélé mais au contraire de révéler des informations capitales mais parfois discrètes…

Propos recueillis par YV

Photo : DR
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