Puy_du_fou

Christine Chamard a été journaliste au service politique de Valeurs actuelles pendant 10 ans, du temps où elle habitait Paris. Elle est installée en Vendée depuis 1993.

« Devenue «Puyfolaise», c’est à dire membre de l’Association qui regroupe les bénévoles du Puy du Fou, dès l’année suivante, j’ai tenu pendant dix ans une chronique hebdomadaire sur le Puy du Fou successivement dans Hebdo Vendée, Vendée Matin et le Courrier de l’Ouest ( rédaction de Cholet). Faites le calcul : je suis sûrement la journaliste qui a écrit le plus d’articles sur le Puy du Fou ! » nous dit-elle, alors que nous évoquons son livre, daté d’il y a un an, qui avait fait grand bruit, intitulé « Puy du fou, la Grande trahison ».

Alors que le parc qui célèbre la mémoire française et vendéenne vient d’annoncer sa réouverture pour le 11 juin, nous sommes revenus avec elle sur son ouvrage, véritable charge contre Philippe de Villiers et son fils Nicolas, charge qui en parallèle a vu une plainte de la famille Villiers déposée contre Christine Chamard.

Entretien sans tabou.

Christine Chamard – Puy du fou, la Grande trahison – Max Milo

Breizh-info.com : En quoi l’histoire du Puy du fou constitue pour vous « une grande trahison » ?

Christine Chamard : La trahison est celle des bénévoles de la première heure qui ont tout sacrifié au Puy du Fou – leur temps libre, leurs week-ends, leurs vacances, etc. -. et qui l’ont fait avec beaucoup de générosité et de désintéressement, sans jamais rien réclamer en retour. Leur unique récompense était de participer à l’édification de cette belle œuvre commune.

Aujourd’hui, ces mêmes bénévoles éprouvent un sentiment de trahison. D’où le titre. Il y a 40 ans, le Puy du Fou leur appartenait. Ils formaient une «grande famille» et le Puy du Fou étaient à eux. Ils en étaient collectivement propriétaires. Aujourd’hui, une famille se l’est approprié. La situation n’est plus la même …

Breizh-info.com : Parlez nous de la fameuse rupture de 2009 que vous évoquez …

Christine Chamard : Le 23 décembre 2009, comme je le raconte en détails, Philippe et Nicolas de Villiers ont fait voter à main levée par le Comité directeur du Puy du Fou l’exclusion de Bruno Retailleau, metteur en scène de la Cinéscénie depuis 1987.

Officiellement pour avoir tenté de fomenter un « putsch » au Puy du Fou pour y prendre le pouvoir. L’accusation était ridicule mais Philippe de Villiers s’en est servi pour dire: «C’est lui ou c’est moi mais si c’est moi qui pars, j’emporte avec moi les textes de tous les spectacles du Puy du Fou. J’en ai le droit puisqu’ils m’appartiennent. ». Pas de Spectacles = pas de saison . Les membres du Comité directeur ont pris peur et ont préféré sacrifier leur ami.

Breizh-info.com : Vous dressez dans votre livre le portrait des bénévoles de la première heure, qui n’ont pas ensuite été « dans les petits papiers » de la famille de Villiers. N’y a-t-il pas là une forme de vengeance, au travers de ce livre, une forme de rancoeur même ? On trouve énormément de bénévoles toujours très contents, y compris aujourd’hui, de faire partie de cette aventure…

Christine Chamard : Pourquoi « vengeance » ? Je ne dois rien à Philippe de Villiers, et je suis partie de mon propre mouvement. Tristesse, oui, déception oui, rancoeur non !

En acceptant de préfacer mon livre, Jean-Marie Delahaye, président du Puy du Fou pendant 30 ans, lui a offert sa caution historique et morale. J’en ai été très touchée. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup d’admiration. Sa préface est bouleversante. Jean-Marie Delahaye est un homme au charisme impressionnant. Il a calculé qu’à lui seul, dans les premières années, il avait su convaincre 1 000 personnes de rejoindre l’aventure du Puy du Fou. C’est vous dire si son action a été déterminante!

Il n’y aurait pas eu de Cinéscénie sans lui. Philippe de Villiers en eu l’idée, c’est incontestable, mais une idée aussi bonne soit-elle ne suffit pas si elle n’est pas mise en œuvre par une armée de petites mains.

J’ai interviewé pour écrire mon livre une centaine de personnes : Puyfolais de la première heure mais aussi chefs d’entreprise, responsables d’associations, prêtres, historiens, responsables de parcs à thèmes, etc.. J’ai sélectionné une soixantaine de leurs témoignages. Aucune rancœur dans leurs propos. Juste une immense tristesse.

J’ai moi même adoré la Puy du Fou. Au point d’en faire partie, avec toute ma famille, pendant près de vingt ans et d’en faire la pub à longueur d’articles dans la presse régionale, nationale ( le Figaro Magazine m’avait demandé de couvrir les 25 ans du Puy du Fou ) ou même interne puisque je faisais également partie de la rédaction du journal de l’Association, «le Puyfolais».

J’ai beaucoup pleuré en 2010 – Il est toujours difficile de voir son monde s’écrouler – mais je n’ai jamais regretté la décision que j’ai prise d’en partir.

Breizh-info.com : Pourquoi vous êtes vous attardé sur l’opposition entre Bruno Retailleau et Philippe de Villiers ?

Christine Chamard :  L’épisode a été très violent, traumatisant pour beaucoup d’entre nous qui pleurent encore leur Puy du Fou perdu. Les Puyfolais ont été sommés de choisir entre leur attachement à Philippe de Villiers et leur affection pour Bruno Retailleau. C’était d’une grande brutalité. L’inverse des valeurs auxquelles nous étions attachés.

Breizh-info.com : Quand on parcourt votre ouvrage, on ressent parfois un malaise tant il est à charge (sans que le principal intéressé ne puisse se défendre dans ce livre précis). Vous semblez lui reprocher tout : sa personnalité, son engagement culturel, ses écrits, son engagement politique. N’est-ce pas un peu de l’acharnement ?

J’ai beaucoup aimé Philippe de Villiers . Nous étions amis bien avant de venir nous installer en Vendée et nous faisions partie des rares personnes chez qui il venait dîner très souvent à Paris. Je n’ai pas voulu lui donner la parole: c’est mon choix.

J’ai voulu la donner à ceux qui ne l’avaient jamais eue : les Puyfolais de la première heure, ceux qui ont démissionné en 2010. J’ai voulu, pour les générations futures ou les étudiants qui consacreront leur thèse au Puy du Fou, garder une trace écrite, publiée donc consultable en bibliothèque, de ce qui s’était réellement passé en 2009 et en 2010. J’ai voulu raconter la détresse et le désarroi de ceux qui ont vécu cette période et ont préféré partir.

Breizh-info.com : Où en est la plainte déposée par la famille de Villiers à votre encontre suite à la sortie de ce livre ? Pourquoi ne pas avoir choisi, notamment le conditionnel pour certaines phrases, certaines citations que les personnes visées démentent ?

Christine Chamard : Aucune plainte n’a été déposée contre moi « suite à la sortie de mon livre » comme vous dites. La plainte est arrivée avant la sortie du livre, ce qui est inhabituel.

En Février 2010, le Sans Culotte, notre petit Canard enchaîné local, annonce la prochaine sortie du Livre ( avril 2010) La journaliste a eu l’info je ne sais pas comment. Elle m’appelle pour la vérifier. Je lui en dis le moins possible pour ne pas déflorer mon sujet et elle publie son  « scoop ».

Les Villiers découvrent dans son article l’existence de ce livre ( rien n’avait filtré) et sa sortie imminente et portent plainte contre la rédactrice en chef du Sans Culotte pour son article, et contre moi pour avoir partagé son article sur ma page facebook publique. Nous voilà poursuivies l’une et l’autre pour diffamation, elle en tant que directrice de la publication du Sans Culotte et moi en tant que directrice de la publication de ma page, une page publique étant considérée comme un journal . Nous en sommes là. L’affaire ne sera pas jugée en Vendée mais à Paris, à l’automne, si la Justice n’a pas pris trop de retard pendant la pandémie.

Breizh-info.com : En 2020, le Puy du Fou est un des sites touristiques les plus visités en France, et surtout l’un des seuls à permettre au grand public de plonger dans les racines profondes de notre civilisation. N’est-ce pas là le signe d’une grande réussite, y compris si des griefs personnels peuvent être faits concernant les gérants du parc ?

Christine Chamard : Le Puy du Fou est une très belle réussite et une entreprise qui exporte, ce dont je me félicite pour notre économie, mais je n’ai pas quitté Paris pour être bénévole dans une entreprise. Le Puy du Fou que j’aimais reposait sur des valeurs de générosité, de respect, de don de soi et de bénévolat.

Le Puy du Fou actuel ne me correspond plus. Comme Jean-Marie Delahaye et de nombreux anciens de cette belle aventure, j’ai donc choisi d’en démissionner.

Propos recueillis par YV

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