Voici la traduction d’un texte paru en mai 1919 dans la revue new-yorkaise Science : « La pandémie qui balaie actuellement la planète est sans précédent. Nous avons connu des épidémies plus mortelles, mais elles étaient plus circonscrites ; nous avons connu des épidémies presque aussi étendues, mais elles étaient moins mortelles. […] Les esprits anxieux se préoccupent de la survenue d’une nouvelle vague. »

Il n’y pas un mot à changer dans l’extrait cité. Il est tiré d’un petit texte, The Lessons of the Pandemic, opportunément traduit et publié au mois de juin par les éditions Allia, sous le titre Leçons d’une pandémie. Son auteur, George Albert Soper (1870-1948), ancien élève de l’Institut Polytechnique Rensselear de New York et diplômé de l’Université Columbia en 1899, était ingénieur en santé publique dans l’administration de la Ville de New York, chargé notamment de l’inspection de l’air du métro.

En 1906-1907, il découvrit l’origine d’une épidémie de typhoïde ayant atteint une dizaine de famille dans différents États à partir de 1902. Cette source, qu’il suivit à la trace plusieurs mois durant, était une cuisinière d’origine irlandaise, professionnellement très mobile, ayant servi dans toutes les familles infectées. Elle-même asymptomatique, elle resta dans les polémiques locales sous le nom de Typhoid Mary. A une époque où les traitement contre les salmonelloses n’existaient pas, elle dut passer le reste de son existence internée dans un établissement de santé. Elle fut la première victime individuelle des rigueurs imposées par les précautions de santé publique.

Les leçons qu’il tira de cette enquête quasi policière sur une typhoïde balladeuse, Soper les appliquera en 1917 à la recherche des vecteurs de la grippe dite ‘espagnole’, qui atteint à cette époque quelque cinq cent millions de personnes dans le monde. Les premiers cas américains apparurent dans des camps militaires, et Soper y traqua les porteurs, avec une attention particulière sur les emplois du temps des uns et des autres pour tenter de repérer les porteurs sains. Plus attentif aux personnes qu’aux objets, Soper édicta alors un certain nombre de règles, admises et reprises par le service de santé militaire, et diffusées par lui.

Parmi les douze ‘commandements’ de Soper se trouvent notamment :

– l’évitement des rassemblements inutiles (les pathologies respiratoires sont pour lui des « maladies de foule ») ;

– le contrôle des toux et des éternuements, qui doivent être masqués ;

– le lavage attentif et fréquent des mains ;

– la non-transmission à autrui des objets touchés.

Donnés à une époque où les rétrovirus impliqués dans les épidémies pulmonaires étaient totalement inconnus, tous ces conseils, issus du bon sens et de l’observation des progressions épidémiques, sont toujours extrêmement judicieux. Et encore d’actualité un siècle après leur formulation.

JFG

George A. Soper, Leçons d’une pandémie, éditions Allia, 3,10 euros.

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