Né en banlieue parisienne en 1960, Michel Ucciani s’installe en Corse en 1976. Après une dizaine d’années de militantisme actif au sein du FLNC, secteur S ( Sagone, Cargèse, Porto), il alterne braquages spectaculaires, cavales, et détentions : 25 ans de prison au total.

Il publie aujourd’hui le livre Natio, du FLNC au grand banditisme, écrit  lors d’ateliers d’écriture en maisons d’arrêt et centrales pénitentiaires.

Jeune militant engagé dans la lutte nationaliste après les évènements d’Aléria en 1976 et la naissance du FLNC, Michel Ucciani va peu à peu glisser vers la délinquance. Les attentats et l’action clandestine lui donnent le goût de l’action, le recours à « l’impôt révolutionnaire » et autres rackets en font un gangster et un braqueur de haut vol. Ce témoignage, de l’intérieur, est une pépite. Un récit brut de décoffrage, écrit par un homme qui a énormément à dire et à raconter, parce qu’il a vécu une vie à 200 à l’heure.

Nous l’avons interrogé pour vous ci-dessous.

Natio, du FLNC au grand banditisme – Michel Ucciani – La manufacture de livres – 19,90 €

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre, alors que traditionnellement, le mouvement nationaliste corse notamment n’est pas réputé pour trop parler au grand public ?

Michel Ucciani : Je le précise à chaque fois mais ce n’est en aucun cas l’histoire du FLNC que je raconte dans mon livre. Je ne représente ni ne parle pour aucun mouvement nationaliste. Ce livre c’est mon histoire personnelle à moi. Le FLNC n’a pas dérivé vers le banditisme du tout..

90% des militants sont restés purs et intègres. C’est moi qui ai choisi à un moment d’abandonner  le nationalisme et de virer vers le pur banditisme… moi et moi seul. J’ai écrit ce livre non pour décrire le nationalisme mais pour  raconter ma vie telle que je l’ai vécue aussi bien dans ma période FLNC que dans le banditisme.

Vu qu’elle a été assez animée, aucun autre militant ne l’a vécue comme moi.. et puis j’ai voulu voir si j’arriverais moi aussi à écrire un livre de ce genre après en avoir lu tellement..

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a fait basculer dans le nationalisme corse et la lutte armée ? 

Michel Ucciani : Si au départ.j’ai intégré le FLNC c’est que j’y croyais, je croyais à la lutte armée, aux idéaux, je pensais que  ce qu’on faisait était utile . D’ailleurs je ne regrette rien de tout ce que j’ai pu faire pendant cette période. C’est grâce à tout ce qu’on a fait pendant 40 ans que le mouvement est aujourd’hui là où il est.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui fait qu’après tant d’années passées entre lutte armée, prisons, grand banditisme, vous êtes encore vivant aujourd’hui ?

Michel Ucciani : Un jour je n’y ai plus cru, j’ai été déçu par la tournure que prenaient les choses à l’époque donc j’ai démissionné et abandonné tout ce qui pouvait concerner le nationalisme, et j’ai décidé de m’occuper uniquement de moi et de mes intérêts. Je pense avoir fait le bon choix puisque juste après mon départ le FLNC a explosé en plusieurs mouvements qui se sont entretués pendant des années. Je n’ai pas eu à choisir un camp ou l’autre, je suis peut-être vivant pour ça.

J’ai pris bien plus de risques pour ma vie par la suite, dans les actions de banditisme. J’aurai pu mourir sur des hold-ups en cas de rencontres avec la police. Disons que j’ai été chanceux..

Breizh-info.com : Un homme qui épouse l’idéal nationaliste corse à l’extrême puis qui s’embarque dans le grand banditisme, n’est-il pas avant tout un homme qui se veut aventurier et libre dans un monde cadenassé ?

Michel Ucciani : Bien sûr que j’aimais l’aventure, le risque et l’adrénaline qu’il y avait à mener cette vie là. C’était mon truc, c’est évident.

Breizh-info.com : Vous vous revendiquez plus truand que membre du FLNC, pour quelles raisons ?

Michel Ucciani : Si je me revendique plus truand que politique, c’est que j’ai bien plus d’années dans le banditisme et que bien que je ne renie pas mes idées nationalistes, je ne reviendrais jamais dans un mouvement nationaliste clandestin. Place aux jeunes pour ceux qui le voudraient, moi j’ai assez donné.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui dans le grand banditisme, dans lequel souvent les « anciens » disent ne plus se retrouver ?

Michel Ucciani : Ce qui a changé aujourd’hui dans le milieu du banditisme, c’est la perte de la mentalité, de l’honneur, de la parole donnée. Ils se balancent à tour de bras pour éviter la prison, et une fois en prison encore pire, ça se balance pour un téléphone ou un morceau de shit.

70% des gens en prison ont moins de 25 ans et si il y a une crapule avec eux, un violeur ou autre arracheur de sac de vieilles, il suffit qu’il leur fasse rentrer du shit pour que ce soit un brave mec.

C’est pour cela qu’en prison on reste en petit comité très restreint, entre personnes du même genre qui conservent quand même de la mentalité. On ne se mélange pas. 70% des détenus ne respectent rien ni personne, même pas eux-mêmes. Dehors, je ne revois que des gens et des amis qui ont la même mentalité que moi.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant vos années, nombreuses, de détention ?

Michel Ucciani : L’absurdité et l’outrance des mesures sécuritaires que la pénitentiaire déploie pour certains détenus de mon genre. J’ai vécu des escortes et des transferts avec des moyens démesurés totalement absurdes du fait de mon étiquette de détenu particulièrement surveillé. J’étais entravé mains et pieds avec 20 policiers en escorte rapprochée plus une quinzaine de véhicules en convoi c’est du grand n’importe quoi cette débauche de moyen inutile et extrêmement coûteuse. C’était choquant.

Breizh-info.com : Avez vous fréquenté des nationalistes bretons en détention ?

Michel Ucciani :  Non, je n’ai jamais rencontré aucun nationaliste breton en prison, même dans les années 80. Des basques , des antillais, des kanaks oui mais pas de breton, désolé

Breizh-info.com : Aujourd’hui, quel regard portez vous sur le nationalisme corse ? 

Michel Ucciani : Aujourd’hui je suis seulement de loin ce qui se passe en Corse. Il fallait en passer par l’abandon de la lutte armée pour se retrouver aux commandes par la voie des urnes, c’était évident. Le mouvement a fait beaucoup de concessions pour obtenir des avancées politiques mais jusqu’à présent cela ne donne pas grand chose. Le gouvernement français  freine des deux pieds et accorde peu, d’où la déception grandissante des corses.

Mais restons optimistes, cela peut évoluer et aller dans le bon sens.

Propos recueillis par YV

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