Le Voyage à Nantes 2020 : Rideau cache tout le reste

A LA UNE

Le Voyage à Nantes est une opération d’animation touristique menée à Nantes chaque été depuis 2012 sur le thème de l’art dans la ville. Contrairement à bien d’autres, en cet été 2020, il ne renonce pas : il maintient ses manifestations. Il les a cependant décalées : elles dureront du 8 août au 27 septembre. Les années passées elles couraient plutôt de la fin juin à la deuxième quinzaine d’août.

Le programme 2020 paraît plus léger que celui des années précédentes. L’une de ses œuvres, surtout, retient l’attention au détriment de tout le reste : Rideau, de Stéphane Thidet, place Graslin. Malgré son titre anodin, l’installation sort du lot… ou de l’eau. Cette cascade artificielle de près de 12 mètres de haut et 16 mètres de large dégringole de la corniche du théâtre Graslin et s’écrase sur ses marches. L’effet visuel et sonore est absolument spectaculaire, et le public, principalement nantais à défaut de touristes, plébiscite cette œuvre. Surtout par temps de canicule !

Les loups et l’eau

Stéphane Thidet efface ainsi brillamment le souvenir du « bide » relatif de sa précédente tentative nantaise. En 2009, il avait conçu La Meute pour la biennale Estuaire, ancêtre du Voyage à Nantes (les deux manifestations étant dirigées par le même homme, Jean Blaise). Cette installation consistait à loger six loups dans les douves du château des ducs de Bretagne. L’idée était alléchante, la réalisation ratée : les loups dormaient toute la journée et ne s’animaient, brièvement, que lorsqu’on les renfermait dans leur chenil pour la nuit. Le seul phénomène marquant avait été une manifestation violente de défenseurs des animaux !

Thidet n’en a pourtant pas fini avec les écologistes. Ils reprochent à Rideau un gaspillage d’eau en période de canicule. Le Voyage à Nantes rétorque que l’installation fonctionne en circuit fermé : elle n’utilise que 150 mètres cubes d’eau, récupérés dans un vaste bassin aménagé devant le théâtre. Il est probable pourtant que, sur ce site orienté plein Sud, les éclaboussures et l’évaporation représentent une consommation de plusieurs milliers de litres par jour. En attirant l’attention sur le thème de l’eau, le Voyage à Nantes espère peut-être faire oublier la consommation énorme d’énergie nécessaire à la quinzaine de puissantes pompes immergées qui relèvent le liquide en permanence jusqu’à la corniche du théâtre !

Une action touristique peu efficace

Le maintien du Voyage à Nantes 2020 ne manque pas d’intriguer, en cette année où d’innombrables manifestations estivales ont été supprimées. Il est vrai que son organisateur, également dénommé Le Voyage à Nantes, n’avait rien à perdre : l’essentiel de son budget est assuré par des subventions publiques. La question n’était pas : Y aura-t-il des visiteurs ? mais : Y a-t-il de l’argent ? La réponse est oui.

Né d’un fantasme de prestige international chez Jean-Marc Ayrault, Le Voyage à Nantes visait à faire exister la ville dont il était le maire sur la carte du tourisme mondial. Des moyens importants lui ont été attribués (plusieurs millions d’euros par an). Avec quel résultat ? Toutes les villes européennes ont vu leur fréquentation touristique augmenter ces dernières années. Le fort développement du transport aérien low-cost à Nantes Atlantique (29 nouvelles lignes ouvertes en 2019 !) a aussi eu un effet mécanique sur le taux d’occupation hôtelière à Nantes. Il serait difficile d’attribuer un résultat spécifique au Voyage à Nantes.

Il s’avère d’ailleurs que, selon Atout France, Nantes ne figurait même pas dans le classement des dix premières villes de France pour le nombre de nuitées de visiteurs étrangers en 2018. Pour les nuitées de visiteurs français, elle se situait en huitième position, derrière Lille et Toulouse, alors qu’elle est la sixième métropole française par le nombre d’habitants.

La Bretagne à la rescousse

Pour attirer les touristes, le Voyage à Nantes a demandé son intégration à Destination Bretagne, qui anime le tourisme dans la région Bretagne. Une démarche toute naturelle ? Oui, et en même temps totalement inimaginable pendant des décennies.

Les Pays de Loire « n’existent pas en tant qu’identité touristique » constate Aurélie Péneau, patronne du développement touristique au Voyage à Nantes, citée par Presse Océan. Autrement dit, l’action du socialiste Jacques Auxiette pendant douze ans à la présidence des Pays de la Loire n’a servi à rien. Et celle de Jean-Marc Ayrault pendant vingt-trois ans à la mairie de Nantes a été contre-productive. La perte de la région au profit de la droite aux dernières élections a libéré quelques voix…

Le Voyage à Nantes avait essayé de ruser pendant quelque temps, par exemple en créant une « traversée moderne d’un vieux pays » de Nantes au mont Saint-Michel via Rennes et Saint-Malo sans désigner davantage ce Bro Gozh. Finalement, après maintes tractations, le cœur, la culture et l’identité imposent leur loi à l’économie et à la technocratie.

E.F.

Illustrations : photo BI, droits réservés, et extrait d’une copie d’écran du site officiel du tourisme en Bretagne
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