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Que ce soit dans le nord de la Bretagne (Trégor et Léon) ou bien dans la Basse-Loire (Nantes et Saint-Nazaire), les difficultés sociales s’accumulent en ce moment : Brittany Ferries, Airbus… Les élections régionales approchent.
L’inquiétude de l’Élysée
Il paraît qu’à l’Élysée on surveille tout particulièrement la Bretagne car les dossiers industriels et les risques sociaux inquiètent. On peut rappeler quelques données : suppression de 402 emplois chez Nokia (Lannion), fermeture du site de Morlaix de Hop ! (filiale d’Air France) en 2022 – ce qui entraîne la disparition de 276 emplois. Bouguenais (près de Nantes), où est situé le siège social de cette dernière, perdra une centaine de personnels navigants et une trentaine d’emplois administratifs. Chez Brittany Ferries, la situation n’est guère plus brillante puisque seulement sept bateaux sur douze demeurent en activité. Jean-Marc Roué, président du conseil de surveillance, est très clair : « En avril, on a réalisé 5,4 millions d’euros de chiffre d’affaires au lieu de 31. Sur avril et mai, le décalage a atteint 70 millions d’euros par rapport à 2019. Actuellement, 1 300 navigants et 400 sédentaires sont au chômage partiel » (Ouest-France, Bretagne, 20-21 juin 2020). Rude coup pour Roscoff puisque la compagnie emploie 2 230 navigants en haute saison contre 1 610 en basse saison. La moitié d’entre eux sont des personnels hôteliers (Ouest-France, jeudi 18 juin 2020).
Mais reste le gros morceau : Airbus qui annonce la suppression de 484 postes à Nantes (sur 2 497), de 386 à Saint-Nazaire (sur 3 300) et de 201 (sur 940) chez Stelia (filiale à 100 %) à Saint-Nazaire (Ouest-France, juillet 2020). Daher, sous-traitant majeur d’Airbus, a l’intention de se délester de 330 postes sur 1 150 CDI, sans compter les 630 intérimaires qui vont disparaître, en Loire-Atlantique (Ouest-France, 4-5 juillet 2020) grâce à un « plan de sauvetage de l’emploi » (sic). Il y aura également de la casse chez d’autres sous-traitants qui ont annoncé des plans sociaux : Mecachrome à Sainte-Luce (74 postes), Halgand à Saint-Brévin (80 postes), Trigo Qualitaire (70 emplois).
À Saint-Nazaire, chez Famat, les 380 salariés sont déjà à une semaine de chômage partiel chaque mois. « Ce sera deux semaines en octobre, une semaine en novembre, puis deux semaines en décembre qui s’ajoutent à la fermeture annuelle d’une semaine » souligne un délégué syndical (Ouest-France, Saint-Nazaire, mardi 15 septembre 2020).
Comme le dit si bien Guillaume Faury, président exécutif d’Airbus : « Tout le monde chez Airbus devra contribuer à l’effort de guerre. Tous les sites seront impactés dans un ordre de grandeur à peu près identique » (Ouest-France, jeudi 2 juillet 2020). Déjà des mouvements apparaissent chez les sous-traitants afin d’obtenir un « plan de sauvegarde de l’emploi » digne de ce nom. C’est le cas chez AAA, entreprise de services aéronautiques, chez qui près de 140 emplois sur 250 sont menacés à Carquefou, Bouguenais et Saint-Nazaire, alors que 500 intérimaires ont été renvoyés (Presse Océan, mercredi 9 septembre 2020). Toujours à Saint-Nazaire, chez MAN Energy Solutions, entre 60 et 80 postes (sur 600 salariés) sont menacés par un plan social (Ouest-France, Loire-Atlantique, jeudi 23 juillet 2020).
Le gouvernement a donc de bonnes raisons de craindre un retour des Bonnets rouges… « Nous avons une concentration de problèmes et de chocs économiques dans le nord de la Bretagne, diagnostique Loïg Chesnais-Girard (PS), président de la région. Il s’agit de milliers d’emplois dans un rayon de 50 kilomètres. Je passe beaucoup de temps avec les intersyndicales pour rassurer, mais je sens des crispations. J’ai des inquiétudes sur le sentiment de décrochage de ces territoires, qui ont l’impression de payer encore » (Journal du dimanche, 20 septembre 2020). La même observation s’applique à la Basse-Loire.
Un drôle de sondage
Rien de positif sur le front social donc alors qu’approchent les élections régionales de mars 2021. D’après un journaliste du Télégramme, Philippe Créhange, un sondage commandé par LREM se veut inquiétant pour la macronie. Portant sur les intentions de vote en Bretagne, il donne un résultat étonnant : 20 % pour la liste du RN, entre 17 et 20 % pour LREM, 14 % pour le PS et 14 % pour LR (Le Télégramme, Bretagne, samedi 19 septembre 2020). Les populistes en tête en Bretagne, c’est du jamais vu ! À coup sûr, panique à bord dans les partis habitués à faire la course en tête dans la région. On peut même voir dans ce premier sondage un échec pour la personne de Loïg Chesnais-Girard (PS), président du conseil régional. Certes, il a une excuse : sa notoriété et sa popularité sont faibles – n’est pas Le Drian qui veut. Sans doute conscient des difficultés à venir, il a déjà commencé à préparer le terrain : « Je suis de gauche, ce n’est pas un secret, et je veux travailler avec toutes celles et ceux qui veulent une Bretagne plus forte, plus autonome, plus solidaire et plus écologique. Personne ne peut affirmer avoir raison tout seul, personne ne peut affirmer avoir des solutions tout seul. Que toutes celles et tous ceux qui ont envie d’y travailler viennent travailler. Ceux qui sont déjà dans ma coalition, les écologistes, ceux qui réfléchissent à plus d’autonomie pour les régions. » Ce qui l’incite à laisser la porte ouverte : « Mais je suis prêt à travailler avec toutes celles et tous ceux qui ont envie de proposer un projet alternatif au conservatisme et au libéralisme. J’ai annoncé la couleur. Je suis de gauche et social-démocrate. » (Ouest-France, Bretagne, 20-21 juin 2020). Traduction de ce message : les marcheurs sont déjà dans ma « coalition » mais le « social-démocrate » que je suis est prêt à accorder une plus grande place aux « progressistes ».
Évidemment, il faut qu’inquiétude et malaise social occupent les esprits pour que le Rassemblement national progresse à ce point en Bretagne. Les malins se demandent si la sortie de ce sondage n’a pas été organisée. En communiquant les résultats à un journaliste du Télégramme, qui s’empresse de les publier, « on » atteint en effet plusieurs objectifs : montrer à Chesnais-Girard qu’il n’est pas en position de force pour faire la pluie et le beau temps, lui faire comprendre qu’il a besoin d’alliés « raisonnables » qui lui laisseront la présidence – c’est-à-dire LREM et non pas les écolos qui ne songent qu’à « bouffer » les socialistes. Enfin, avec une belle et bonne alliance électorale – c’est-à-dire une liste unique à la sauce Le Drian – on peut gagner les élections régionales et se partager le gâteau. Et cela conviendrait parfaitement à Emmanuel Macron car « il souhaiterait que l’ex-président de la région Bretagne [Jean-Yves Le Drian] parvienne à convaincre celui qui lui a succédé, le socialiste Loïg Chesnais-Girard, de conclure un accord avec la République en Marche » (Le Canard enchaîné, 12 août 2020). À coup sûr, ce sondage va rendre LCG plus « compréhensif »… Désormais, on peut négocier.
Bernard Morvan
Crédit photo : DR
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3 réponses à “Bientôt le retour des Bonnets rouges ?”
Tiens, certains commencent à se poser des questions sur la véritable nature de l’égopathe qu’ils ont majoritairement porté au pouvoir en 2017 ; il serait temps ! Ceci dit, il n’y a pas que la Bretagne sous surveillance de l’Elysée : c’est l’ensemble du territoire qui, via la propagande Covid – laquelle a, jusqu’à présent, permis de cacher la misère et de détourner l’attention des véritables problèmes – se voit privé de la majeure partie de ses libertés fondamentales, dont celles d’aller et venir, de se rassembler et de manifester.
Bonnets rouges et gilets jaunes, l’automne nous annonce une révolution colorée !
https://www.youtube.com/watch?v=9GHspMq-zRo Que les Bretons en prennent de la graine (comme on dit ) Voyez les « Savoyards » comme ils défendent leur histoire , leur culture et leur LIBERTE
Frankis evit Breizh
Goulven