Nantes : coûteux permis pour les jeunes des quartiers « prioritaires »

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Depuis 2014, la ville de Nantes aide des « jeunes en situation d’insertion socioprofessionnelle » à obtenir le permis de conduire. La mesure, reconnaît-elle, ne vise pas seulement l’insertion mais aussi la « prévention des conduites à risques ». Elle est destinée aux quartiers prioritaires. Constat d’échec : à ce jour, un quart seulement des jeunes accompagnés par la mission locale possèdent le permis de conduire. Et le taux de chômage est deux fois plus élevé chez les jeunes qui n’ont pas de véhicule.

La situation n’est pas propre à Nantes. Le permis de conduire coûte cher. En vertu de quoi, certains s’arrogent le droit de conduire sans l’avoir obtenu. Et comme les automobiles et les assurances coûtent cher aussi, le triptyque voiture volée+défaut d’assurance+absence de permis est devenu un fléau récurrent. Face à cette situation, les pouvoirs publics ont adopté différentes mesures d’aide au permis de conduire.

La plus connue : le fameux « permis à 1 euro », un prêt à taux zéro pour financer son permis. Il peut atteindre 1.200 euros. Il est ensuite remboursable à raison de 30 euros par mois. C’est raisonnable pour des gens à qui il permet de trouver un travail. Un Fonds d’aide aux jeunes (FAJ) dispense aussi des aides sur dossier à des jeunes en précarité financière. L’État verse 500 euros d’aide aux apprentis qui veulent passer leur permis de conduire. Pôle emploi peut accorder jusqu’à 1.200 euros aux chômeurs de longue durée pour financer leur permis. Enfin, la Loire-Atlantique verse jusqu’à 750 euros d’aide au financement du permis B à des jeunes de moins de 24 ans, sous condition de ressources. Cette aide n’est pas réservée aux citoyens français : les étrangers en situation régulière peuvent en bénéficier.

Égalité des chances pas garantie

Tout cela ne suffit pas encore : Nantes Métropole va financer des « prestations de service de formation au code de la route et au permis de conduire à destination des jeunes des quartiers prioritaires du territoire métropolitain ». Les mesures déjà appliquées par la ville vont être étendues aux quinze quartiers prioritaires du territoire métropolitain. Cela « dans un souci d’égalité des chances », spécifie Nantes Métropole.

Étrange égalité : même en situation précaire, les jeunes qui ne résident pas dans un quartier prioritaire n’y sont donc pas éligibles. Et même dans les quartiers prioritaires, il est prévu un maximum de 120 bénéficiaires les deux premières années. Ils seront choisis, entre autres, par des associations de quartier. Ce qui n’est nullement une garantie d’égalité des chances.

Le prestataire chargé de la formation ne sera pas une simple auto-école. C’est que le travail est lourd : l’action est destinée à des jeunes « très éloignés de l’emploi et qui peuvent être soit en situation de grande précarité, en risque de délinquance, en rupture de parcours éducatif, ou rencontrer des difficultés d’apprentissage ». Le prestataire devra leur faire assimiler « des messages de prévention concernant la conduite sans permis, le défaut d’assurance, la vitesse au volant, la consommation toxicologique » et même des « repères spatio-temporel » et une « compétence orale et lexicale ». En clair : leur apprendre à respecter des horaires et à parler français.

Le permis, carotte pour d’autres objectifs ?

De leur côté, « les jeunes devront s’engager dans un parcours d’insertion professionnelle. Ils seront accompagnés dans leurs démarches par la Mission Locale. Ces démarches conditionnent la participation des jeunes à l’action. » On dirait bien que le but final n’est pas le permis de conduire lui-même. Il s’agirait plutôt de pousser vers le travail des jeunes de 17 à 25 ans qui n’y aspirent pas trop. Le permis de conduire apparaît comme une carotte pour les motiver.

L’apprentissage du français pourrait aussi être un objectif occulte. La chargée de mission qui suit cette opération chez Nantes Métropole était naguère responsable de la « coordination linguistique territoriale » dans des communes de la banlieue parisienne. (Elle affiche par ailleurs des convictions immigrationnistes, qualifiant de « jour marqué d’une pierre blanche pour tous les militants pro-immigration » le succès de Cédric Herrou devant le Conseil constitutionnel et saluant les actions de MSF et SOS Méditerranée.)

Ambition modeste, coût élevé

Les services de Johanna Rolland n’affichent qu’une ambition très modeste : elle sera satisfaite si le taux d’obtention du permis atteint 60 %. Ils prévoient 44 heures de conduite par jeune, soit plus du double des 20 heures exigées par la loi. Les auto-écoles préconisent en général 30 à 35 heures.

Financé par les contribuables, le marché public portant sur ces prestations pourrait atteindre 450.000 euros les deux premières années et 950.000 euros sur quatre ans. Si l’objectif des 60 % de taux de réussite est atteint, chaque permis aura coûté à la collectivité 6.250 euros hors taxes. Soit 3,5 fois plus que le coût moyen national d’un permis de conduire (1.804 euros) calculé en 2016 par l’UFC-Que Choisir.

Illustrations : photo BI, droits réservés
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