Toujours plus de malades du covid-19 chez les non-Blancs aux États-Unis

La pandémie de covid-19 continue à susciter d’innombrables publications scientifiques sur tous les aspects de la maladie (étiologiques, épidémiologiques, pharmaceutiques, etc.). Tous… mais pas partout. En France, sauf rares exceptions, rien n’est publié sur les différences de fréquence et/ou de gravité de la maladie rapportées à l’origine ethnique des malades. En privé, bien des hospitaliers admettent pourtant qu’il s’agit d’un vrai sujet.

Aux États-Unis, au contraire, les différences « ethniques » sont incontournables. Breizh-info a déjà rendu compte d’une enquête du New York Times à partir de données officielles à fin mai. Plusieurs études plus détaillées et/ou sur des statistiques plus récentes ont été publiées depuis lors. Toutes confirment que les Noirs et les Hispaniques sont plus vulnérables à la maladie que les Blancs.

Une analyse effectuée sur 114 411 décès enregistrés entre mai et août 2020 a ainsi constaté que les Noirs (18,7 % des décès) et les Hispaniques ou Latinos (24,2 %) étaient, en proportion de leur présence dans la population américaine, plus touchés que les Blancs non-hispaniques (51,3 %). Les auteurs constatent que « le pourcentage des Hispaniques est passé de 16,3 % en mai à 26,4 % en août ». Dans le même temps, celui des Blancs est tombé de 56,9 % à 51,5 %(1).

Des victimes plus jeunes chez les non-Blancs

Particulièrement importante est l’étude publiée voici quelques jours par trois chercheurs de l’école de santé publique de Harvard(2). Elle repose sur les données publiques collectées entre le 1er février et le 22 juillet. Au cours de cette période, 128 720 décès ont été attribués au covid-19 aux États-Unis. Elle constate une fois de plus que la mortalité est plus importante chez les Noirs et les Hispaniques que chez les Blancs. Mais elle révèle aussi que les deux premiers groupes meurent plus jeunes.

Le but de l’étude était en effet de calculer l’impact de l’épidémie en termes d’années de vie potentielle perdues (years of potential life lost – YPLL) par catégorie ethnique et par classe d’âge. Dans tous les groupes raciaux/ethniques les décès sont plus nombreux passé 65 ans. Mais la proportion des décès est bien plus élevée avant cet âge dans les groupes autres que les Blancs non-hispaniques.

Chez ces derniers, par exemple, 10 % des décès seulement touchent des personnes de moins de 65 ans. La proportion atteint 28 % chez les Noirs non-hispaniques, 37 % chez les Hispaniques et même 45 % chez les Indiens américains non-hispaniques ou autochtones de l’Alaska. Elle est de 23 % chez les Asiatiques non-hispaniques ou originaires du Pacifique. Le total des années de vie potentielles perdues est ainsi plus élevé chez les Noirs et les Hispaniques que chez les Blancs. Ces derniers représentent pourtant près de 60 % de la population américaine.

Habiter la campagne ne protège qu’avant le premier cas

« Nos statistiques de mortalité ne révèlent pas pourquoi un excès de décès se produit chez les populations américaines de couleur par rapport à la population blanche non-hispanique », notent les auteurs, « mais toute explication devra tenir compte de ces différences relatives aux classes d’âge ». La différence ne peut être entièrement expliquée par une différence dans la fréquence des comorbidités comme l’obésité. Autre explication avancée : l’insuffisante protection des travailleurs indispensables peu rémunérés.

Cette considération se heurte cependant à l’absence de statistiques fiables. Dans ce domaine, en effet, les chercheurs s’en remettent soit à des sondages sur de petits effectifs, soit à des données concernant les zones de résidence. Ils ne disposent pas de données sur les malades eux-mêmes. Ce qui ne les empêche pas d’obtenir parfois des éclairages intéressants. Six chercheurs de différents États ont ainsi constaté que la probabilité d’enregistrer au moins un décès par covid-19 est moins grande dans les comtés ruraux qu’en zone urbaine. On serait donc à l’abri à la campagne ? Pas si sûr : « une fois qu’un premier décès par covid-19 est intervenu, la probabilité de mourir du covid-19 augmente sensiblement dans les comtés ruraux »(3). L’impression de sécurité peut être dangereuse !

Notes

(1) Gold JA, Rossen LM, Ahmad FB, et al. « Race, Ethnicity, and Age Trends in Persons Who Died from COVID-19 — United States, May–August 2020 ». MMWR Morb Mortal Wkly Rep 2020;69:1517–1521. DOI: http://dx.doi.org/10.15585/mmwr.mm6942e1external icon.
(2) Bassett MT, Chen JT, Krieger N (2020) « Variation in racial/ethnic disparities in COVID-19 mortality by age in the United States: A cross-sectional study ». PLoS Med 17(10), e1003402. https://doi.org/10.1371/journal.pmed.1003402
(3) Alishahi Tabriz, Amir, Turner, Kea, Clary, Alecia, Kshirsagar, Abhijit V., Bang, Heejung et Elston Lafata, Jennifer, « Association of Social Determinants of Health with COVID-19 Mortality in the U.S. », Preprints with the Lancet, http://dx.doi.org/10.2139/ssrn.3685930. (N.B. Cette prépublication n’a pas encore fait l’objet d’une validation par les pairs.)

Illustration : [cc] Lane Report
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Une réponse

  1. En France on est tellement criminellement stupide que l’on ne fait pas de statistiques en fonction de races, ethnies, modes de vie, population carcérale etc même si les faits avérés, l’actualité révèlent ce que l’on cache dangereusement. Je rappelle qu’au premier confinement,’ ils’, c’est-à-dire le gouvernement ont décidé de confinement allégé dans certaines parties du territoire, notamment celles situées à proximité des grandes villes et que ce faisant, l’économie souterraine a bien fonctionné et donc la contamination au virus aussi

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