Apartheid covidienne à Rinkeby (Suède)

A LA UNE

Modeste Schwartz, que les lecteurs de Breizh-info connaissent si ils sont lecteurs attentifs du Visegrad Post, mais aussi de nos colonnes auxquelles il a donné récemment une interview, revient sur son expérience en Suède, pays de l’Union Européenne déconfiné.

Pour ma première promenade touristique de réfugié covidien dans Stockholm, mon ami suédois, Robert, a voulu me « faire la totale ». Robert, comme la plupart des suédois qui n’ont pas passé beaucoup de temps cette année dans le reste de l’Europe, ne pouvait pas vraiment deviner que le centre-ville qu’il venait de me montrer était déjà, pour moi, assez riche en expériences « choquantes » : des églises ouvertes, des librairies ouvertes, des restaurants et des bars qui fonctionnent. Confronté à son incompréhension, je me suis dit que je vivais une expérience probablement familière pour ceux des syriens qui ont trouvé refuge quelque-part après avoir (sur)vécu sur un territoire contrôlé par DAECH : comment expliquer à ceux qui n’ont rien connu de tel à quel point ça fait bizarre de sortir dans la rue avec une barbe incorrecte (voire rasée !) sans avoir l’estomac noué par la peur d’une « retouche » à la machette ? Et, finalement, à la différence de la Suède (qui n’a pas renoncé à sa couronne), c’est bien ce qu’est devenu cette année le plus gros de la zone euro : un califat de la nouvelle religion hypocondriaque, où 99,… % de la population – ceux qui (de l’aveu même des autorités !) ne risquent absolument rien en contractant la grippe de 2020 (vendue sous le label « Covid19 ») – sont forcés à renoncer à toute activité humaine à cause d’une « pandémie » qui ne produit nulle part de surmortalité, en dépit d’une distorsion probablement énorme des données (comme les fameux nombres de « cas » et de « morts ») du fait de l’excès d’observation. Entre adhérer à ça et proclamer que Mohamed est le sceau de la prophétie, finalement, on peut se demander quelle option requiert le plus de fanatisme… 

Mais revenons à ma nouvelle patrie suédoise. Dans les milieux « populistes de droite » que je fréquentais avant mon exil, Stockholm passait, jusqu’il y a peu, pour une sorte de dystopie obertonienne illustrant toutes les conséquences les plus épouvantables d’une immigration de masse mal contrôlée. Robert, connaissant son public, a donc décidé de m’offrir un spectacle du goût de ma « secte », sous la forme d’une excursion dans le Stalingrad suédois de la Grande Guerre des races et des religions : Rinkeby. Rinkeby, à en croire son étymologie, devait, il y a encore 100 ou 50 ans, être un pittoresque village suédois des environs de Stockholm, avec ses maisons en rondins rougeâtres à volets peints en blanc. C’est aujourd’hui une cité-dortoir intégrée à la conurbation du grand Stockholm, où l’immigration est-africaine atteint, en effet, un très haut degré de concentration : le Grozny du Nord.

Au final, l’effet de sidération n’a pas vraiment fonctionné : ayant passé cinq ans de ma vie bercé par les secousses du métro parisien, me retrouver dans un environnement où je suis le seul blanc (en l’occurrence : mon guide suédois et moi étions les deux seuls « caucasiens » du quartier) n’avait rien de franchement nouveau. Quant à l’Islam, religion majoritaire du quartier, l’exemple le plus visible de son influence culturelle que j’ai trouvé en deux heures d’exploration est la vitrine d’un coiffeur, dont le salon était, comme c’est souvent le cas dans divers pays (y compris la très chrétienne Moldavie), divisé en deux parties : à gauche, la partie « dames » avait ceci de particulier que la vitre la séparant du couloir du centre commercial avait été largement opacifiée par des pancartes publicitaires dont on devinait aisément que leur rôle véritable n’était pas d’inciter au tourisme à l’Ile Maurice – alors qu’à travers la vitre, parfaitement transparente, de la partie « messieurs », on voyait des mâles pigmentés se faire très fièrement tailler des barbes évoquant, à vrai dire, autant la mode hipster que le Djihad. Pour moi qui ai vécu quelques semaines à Sarajevo, même en faisant des efforts, c’était pas tout à fait l’atmosphère de la Baščaršija …

Donc finalement, capitulant devant un blizzard d’une européité incontestable, on s’est réfugiés dans le kebab de la place centrale de feu le village de Rinkeby, où Robert a insisté pour que je goûte à la grande spécialité créole née sur place : la pizza au kebab (obligatoirement accompagnée d’un coleslaw artisanal localement connu sous le nom de « salade à pizza »). Pour le français que je reste jusque dans la nuit polaire, ce crime contre l’humanité dispensait d’avance les moudjahidin locaux de tout décapitation supplémentaire pour les dix ans à venir. Lapider, c’est inesthétique, mais mettre du kebab sur un fond de pizza… enfin, passons. J’ai donc suggéré à Robert de mettre un terme à la séquence « exotisme », et de retourner dans le centre de Stockholm pour retrouver cette autre expérience de l’extrême : boire des bières dans un bistrot ouvert, où on peut même se lever de sa table, par exemple pour aller pisser, sans même devoir se couvrir le nez du niqab unisexe en papier qui caractérise visuellement les adeptes du nouvel intégrisme pseudo-sanitaire. C’était compter sans la « pizza au kebab », qui pesait sur nos estomacs d’infidèles d’un poids probablement destiné à prouver que la bouffe halal peut-être aussi étouffe-chrétien qu’une bonne tarte au fromage d’Umeå. Lestés comme nous l’étions, nous n’avons pas osé reconfier immédiatement nos carcasses au métro, décidant de nous administrer au préalable, pour combattre cette pandémie digestive, la chloroquine du pauvre, aussi connue sous le nom de kawa.

Le débit de café le plus proche se trouvait être une pâtisserie assez ouvertement africaine, en bordure de la Snipers’ avenue locale. En nous approchant de sa façade vitrée, nous avons constaté que le local était plein à craquer d’une clientèle de « chances pour la Suède » en flagrant délit d’homogénéité ethnique et (probablement) linguistique. L’irruption de deux vikings sous-pigmentés dans leur Lebensraum mit instantanément fin à une conversation des plus animées, amenant même la plupart des clients présents à quitter l’établissement en quelques secondes ; leur départ laissant deux tables libres, assez naïf pour m’en réjouir, je me suis aussitôt dirigé vers l’une des tables, dans l’intention vite déjouée d’y déposer mon sac à dos et mon manteau de viking, pendant que Robert serait allé nous commander deux excellent Mogadiscio latte. Je n’ai, bien entendu, jamais atteint cette table. Prenant les devants, un des somaliens restés dans la salle pour assurer la défense de la position fit savoir à Robert, en créole suédois de Rinkeby, que ma tentative se heurtait à d’insurmontables obstacles réglementaires « du fait de la situation sanitaire ». Tout d’un coup, on se serait cru en France. Donc on s’est simplement cassés, buvant finalement un café franchement moins exotique dans le métro avant de regagner le centre-ville. J’imagine que, quelques minutes après notre expulsion pseudo-sanitaire, la grande famille est-africaine était à nouveau réunie autour de l’arôme du café et de la chaleur d’un entre-soi ethnique dont, pour ma part, je comprends parfaitement le charme. Même si, évidemment, on peut quand même se demander pourquoi des natifs des environs de Djibouti devraient jouir d’un tel entre-soi précisément dans la zone subarctique du Nord de l’Europe… 

A présent, le moment est probablement venu de faire savoir au lecteur que j’ai vu plus de masques faciaux (y compris sur de nombreux visages masculins) pendant ces deux heures passées à Rinkeby que pendant tout le reste des dix jours que j’ai, jusqu’ici, passés en Suède. Cette observation, qui risque de surprendre le lecteur non-suédois – et même certains suédois –, est pourtant largement confirmée par le résultat de mes explorations dans des zones plus aisées, et ethniquement plus composites, de Stockholm et de sa grande région : les groupes « issus de l’immigration » ont tendance à respecter la charia covidienne de façon beaucoup plus stricte que les Suédois autochtones.

Pour rendre compte de cette différence, il existe plusieurs éléments d’explication. Le premier, et probablement le plus transversal (concernant la plupart des communautés immigrées) est le fait que, en cet âge numérique, les locuteurs natifs d’autres langues que le suédois sont statistiquement plus exposés à des médias étrangers qui, pour la plupart, font une part plus belle que les médias suédois à la propagande covidienne – éventuellement associée à des messages anxiogènes, voire à une dose variable de calomnies anti-suédoises. En proie à une parfaite schizophrénie, les hongrois (dont je parle la langue) m’ont fourni un bon exemple de tels comportements : sur un groupe de discussion des Hongrois de Suède, répondant aux questions de nouveaux arrivés ou de candidats à l’émigration s’apprêtant à quitter la Hongrie convertie par Viktor Orbán au nouveau communisme covidien, j’ai vu des « anciens » (souvent arrivés en Suède au XXe siècle, fuyant le communisme précédent), sous l’influence des médias du FIDESZ pseudo-populiste dudit Viktor Orbán, critiquer le gouvernement suédois pour son « laxisme covidien » (à croire que le Covid serait lui aussi une sorte de migrant…), tout en rejetant la faute de ce « laxisme » sur sa politique migratoire ; l’impossibilité d’introduire ces salutaires « mesures » dont « jouissent » Français et Hongrois (tout en jouissant aussi de « chiffres covidiens » pires que ceux de la Suède…) s’expliquerait, d’après ces hongrois de Suède, par la difficulté qu’il y aurait à faire respecter quelque règle que ce soit par « 37% » de la population (un chiffre qui, dans le discours des Démocrates suédois, fait toujours implicitement référence à la part supposée des extra-européens dans la population suédoise actuelle). 

Le hic, c’est que, justement, n’en déplaisent à ces immigrés hongrois, ce sont leurs confrères immigrés plus pigmentés qui manifestent en général le plus de respect pour la « nouvelle normalité européenne » – plus, en tout état de cause, que les autochtones suédois. Ce qui pourrait bien, accessoirement, s’expliquer par l’influence de cultures africaines et du Moyen-Orient, dans lesquelles l’acceptation de dogmes religieux (même parfaitement absurdes) constitue un comportement socialement plus prévisible que dans cette Europe jadis (jusqu’en 2020, en gros) acquise au rationalisme. En tant que post-chrétiens, nous n’avons peut-être pas réussi à christianiser les nouveaux venus, mais nous réussirons sûrement – maintenant que nous disposons à nouveau d’une foi jeune et agressive – à les covidiser…

A quoi il faut ajouter – comme le montre bien mon anecdote de Rinkeby –  que la diffusion de n’importe quelle foi conquérante offre toujours aux marginaux (par exemple : ethniques) d’une société donnée une excellente occasion de s’intégrer, en pratiquant à bon compte le virtue-signalling : quand on n’est pas totalement certain de faire fonctionner sa pâtisserie dans le respect de toutes les règles grevant en Suède le secteur de la restauration, etc., ou encore quand on a des doutes sur le métier réel de deux vikings déboulant en civil dans ledit salon de thé, rien de tel que l’évocation d’un bon péril covidien pour vous tirer d’affaire comme de vrais petits dénonciateurs européens, « responsables » et « disciplinés »…

Or en Suède, la schizophrénie covidienne, hélas, ne semble pas être un privilège des immigrés hongrois. Une bonne partie des Démocrates suédois (une sorte de Pegida suédois issu de mouvements d’opposition à l’immigration de masse) semblent, eux aussi, tentés de « jouer la carte du Covid » contre le parti social-démocrate au pouvoir et le gouvernement de Stefan Löfven. Je peux, bien entendu, facilement comprendre beaucoup de leurs griefs à l’encontre du pouvoir légèrement ankylosé de la social-démocratie scandinave. Mais je pense aussi qu’ils feraient mieux de regarder de plus près ce qui est en train d’arriver à leur mascotte Viktor Orbán en Hongrie : son gouvernement FIDESZ-KDNP (que je soutenais moi-même jusqu’en mars de cette année), en acceptant le suicide collectif covidien promu sous le nom de « mesures sanitaires », a conduit la Hongrie à une crise financière d’une telle ampleur que Viktor Orbán, en une seule année, a déjà enfoncé son pays dans une dette plus profonde que celle qu’avait, en son temps, créé le très détesté Ferenc Gyurcsány entre 2006 et 2010. Avec son forint en état de dévaluation accélérée, pour éviter la faillite d’Etat ou la crise monétaire, la Hongrie va donc absolument avoir besoin d’accepter l’euro, ou au moins d’obtenir une caution financière de Francfort. Mais l’aide de Bruxelles a bien sûr toujours un prix, notamment un prix politique ; si bien que, s’ils veulent conserver le pouvoir, les « conservateurs » hongrois, après avoir accepté la nouvelle religion pseudo-sanitaire de Davos, seront bien obligés aussi d’accepter aussi le reste de l’agenda mondialiste : à savoir, non seulement l’agenda LGBT (dont il est si souvent question déjà dans les joutes oratoires opposant Bruxelles à Budapest et Varsovie), mais aussi, à terme, la « multiculturalité » (pour donner à l’immigration de masse le nom de code que lui attribue Davos). 

Abstraction faite de l’action d’éventuels agents infiltrés, les principales raisons qui ont, cette année, poussé des nationalistes européens dans le piège du Covid sont leur ignorance des mécanismes du soft power mondialiste, combinée à une tendance à surestimer le degré d’autonomie de facto de leurs vies politiques nationales respectives. Certains des Démocrates suédois, par exemple, sont probablement tentés de penser qu’ils pourraient « jouer Davos contre Löfven ». S’ils cèdent à cette tentation, ils pourraient bien découvrir assez vite – comme leur ami Viktor Orbán le découvre en ce moment même – que se débarrasser de Davos pourrait, par la suite, s’avérer être une bien moins mince affaire que de faire tomber le pauvre Stefan Löfven… 

Modeste Schwartz

Crédit photo : DR
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