Emile Granville : « J’ai écrit ce livre dans l’espoir d’avoir à terme une refondation du mouvement breton » [Interview]

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Quelles valeurs pour « faire société » en Bretagne ?

C’est la question que se pose Emile Granville dans un livre intitulé « les défis de notre temps », paru aux éditions Yoran Embanner (à commander ici). Militant breton de longue date, Emile Granville invite à la recherche d’un point d’équilibre entre liberté individuelle et nécessité d’appartenir à un corps social. Les défis sont nombreux : la vérité dans l’information, la reconnaissance des talents, la cohésion sociale, le bon usage de la science, la biodiversité, l’identité, la construction de l’Europe, la rénovation de la démocratie.

Il propose dans son ouvrage 13 textes de portée générale, sans oeillère, sur des sujets cruciaux (de l’Europe à la biothétique, de l’immigration à l’islamisation, de l’euthanasie à la famille…) qui touchent aux fondements de notre société.

Nous l’avons interrogé pour évoquer son ouvrage avec lui.

Breizh-info.com : Pouvez-vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Emile Granville : Redonnais, j’étais professeur de mathématiques et de breton au lycée jusqu’à la dernière rentrée. Je me suis intéressé depuis toujours à la Bretagne et j’ai milité dans le mouvement breton politique et associatif, en créant moi-même plusieurs associations. J’ai été candidat aux élections municipales, départementales, législatives et européennes avec différentes organisations, toujours sur trois axes, le bien social, l’écologie liée à la défense de la nature, et le fédéralisme.

Breizh-info.com : Vous publiez un livre intitulé « les défis de notre temps », qui marque, semble-t-il, un tournant dans votre engagement politique. Quelle était votre volonté avec ce livre ?

Emile Granville : Le déclencheur de mon livre a été le débat occulté concernant la loi sur la Bioéthique. J’ai ensuite élargi la problématique. J’ai voulu aborder les questions politiques d’une autre façon. Le clivage gauche / droite garde en grande partie sa pertinence, mais il n’est plus opérationnel pour des questions de fond d’ordre anthropologique. Un positionnement de principe, dans le sens d’avoir le sentiment d’appartenir à la bonne tribu, celle de gauche comme celle de  droite, peut nous empêcher de voir la réalité. Doit-on nécessairement choisir son camp, entre progressistes et conservateurs, modernes et anciens, bionovateurs et bioconservateurs comme disent aujourd’hui les transhumanistes. Les questions sociétales ont pris le dessus sur les questions sociales au risque de déstructurer notre société démocratique. Si nous voulons avancer au plan politique, nous devons donc faire un minimum d’introspection et nous poser les bonnes questions, celles qui relèvent de la civilisation européenne, celles qui s’inscrivent dans le long terme.

Breizh-info.com : Vous abordez des thématiques (islamisme, immigration, fake news, euthanasie, christianisme..) visiblement oubliées par un Emsav auquel vous appartenez. Un Emsav qui aime à marginaliser ceux qui évoquent ces sujets qui intéressent (et préoccupent même) pourtant les Bretons. Quels sont selon vous les principaux maux qui guettent la Bretagne ?

Emile Granville : Vous avez raison, j’ai le sentiment d’être un peu novateur dans mes prises de position à l’intérieur du mouvement breton. Les questions comme l’immigration, l’islamisation, la bioéthique, la filiation, sont des sujets ignorés ou sont abordés sous l’angle d’un progressisme de principe qui ne répond pas à la question fondamentale de l’avenir des Européens et de la pérennité du peuple breton. Il faut réguler le capitalisme, mais on ne peut imaginer comme alternative politique un communisme mondialisé. L’idéologie qui émerge aujourd’hui est le transhumanisme à laquelle s’accroche désormais une partie des élites politiques et économiques pour laisser de côté les classes populaires.

Quels sont les meilleurs choix pour une société bretonne cohérente et consciente d’elle-même ? Un des maux principaux qui guettent la Bretagne est justement la rupture idéologique avec le peuple, le petit peuple même, celui qui vote par exemple pour le RN et ceux qui ne votent plus. De ce point de vue, l’enjeu agricole en est un bon exemple. Comment faire évoluer l’agriculture sans mettre au ban de la société bretonne les agriculteurs et l’agroalimentaire qui est un des piliers de l’économie bretonne ?

Breizh-info.com : Le mouvement breton ne représente quasiment rien électoralement, et cela depuis des années, et n’existe pas sans alliances parfois curieuses (UDB-PS à Nantes par exemple). A quoi est-ce dû selon vous ? Une explication ne commence-t-elle pas par l’enfermement quasi exclusif de ce dernier dans des thématiques comme celles de la réunification, ou de l’enseignement de la langue bretonne ?

Emile Granville : Vous êtes sévère avec le mouvement politique breton et en même temps il faut bien faire un certain constat d’échec. Les élections sont toujours difficiles pour les militants bretons. Les élections départementales, législatives, sans parler des européennes, s’appuient principalement sur des notables en place soutenus par les partis hexagonaux. Il reste les élections municipales qui permettent à de nombreux militants d’avoir des actions locales tout à fait intéressantes quelles que soient les cas de figures d’alliances  de circonstances. Par contre, l’échec totalement imputable au mouvement breton est celui des régionales. Il a été incapable de présenter une liste autonome et unitaire, sauf en 1992 avec un faible résultat. On pourrait y obtenir pourtant un score de base dans une fourchette de 10 à 15 %. Ce résultat pourrait ensuite être fructifié dans le cadre d’une alliance majoritaire. Mais vouloir peser sans au préalable avoir fait la preuve de son existence est un leurre.

La réunification et la langue bretonne sont deux fondamentaux qui sont mis en œuvre d’ailleurs plus par les associations que par les partis politiques. La Bretagne sans la langue bretonne n’aurait plus aucun sens. Les partis politiques bretons ont tous fait des efforts programmatiques, mais qui lit les programmes ? Et c’est vrai pour tous les partis politiques. Les gens préfèrent exprimer leur mécontentement par exemple sur les réseaux sociaux  plutôt que prendre du temps et réfléchir à un programme cohérent. C’est dommage, mais c’est l’air du temps. Par ailleurs, vous avez raison, il faut étoffer le corpus idéologique du mouvement breton. Mais la priorité est l’obtention d’un statut particulier pour la Bretagne sans espérer avoir de consensus sur tout. C’est ce que j’ai essayé de faire dans mon premier livre «  Perspectives pour la Nation bretonne »  qui propose un modèle d’autonomie basé sur celui du Pays Basque espagnol.

Breizh-info.com : De nombreux observateurs disent qu’il n’y a jamais eu autant de place pour l’émergence d’une nouvelle offre politique bretonne qui ne refuse pas, justement, d’aborder les questions que vous évoquez dans votre livre. Qu’en pensez-vous ?

Emile Granville : C’est justement pourquoi j’ai écrit ce livre dans l’espoir d’avoir à terme une refondation du mouvement breton. Mais cela ne peut se faire que sur la fondation d’une nouvelle morale qui prenne en compte les craintes et les aspirations populaires. Concrètement, il faut donner aux électeurs du RN une autre perspective – je ne parle pas bien sûr de la partie politisée de cet électorat mais de la grande majorité qui exprime un vote protestataire -, avec un discours de vérité, de confiance, fondé sur la raison et sans hystérie.

C’est affolant de voir que le chef de ligne du RN à la Région se présente comme la seule opposition et donc la seule alternative populaire en Bretagne, avec un discours simpliste, ultra-franchouillard et hostile à la Bretagne. Il y a de la place pour un parti politique breton démocrate qui exclut les extrêmes et qui réponde aux bonnes questions, ayant comme préoccupations de rassembler les composantes diverses de la population bretonne. Les élections régionales de 2021 auraient pu en être l’occasion. 

Breizh-info.com : Que vous inspirent les chemins que prennent l’Ecosse, ou le Pays de Galles ? Le nationalisme dit « progressiste » qu’incarnent le Plaid Cymru ou le SNP ne sont-ils pas finalement des impasses – y compris si l’illusion d’une libération nationale est donnée ?

Emile Granville : Je ne me permettrais pas de déclarer que le Plaid Cymru et le SNP conduisent respectivement le Pays de Galles et l’Ecosse dans une impasse. Ils ont obtenu et exercent une large autonomie que nous envions et qui devrait nous faire pâlir de honte. Le Brexit, par ricochet politique, va leur donner encore plus de force. S’ils peuvent concilier l’affirmation de leur personnalité nationale avec la défense de leurs intérêts économiques, il n’y a pas lieu de s’inquiéter, bien au contraire. A condition, toutefois – et c’est le plus difficile – que leur culture et leur langue soient privilégiées et portées aussi par les nouveaux habitants venus d’Angleterre ou d’ailleurs. 

Breizh-info.com : Vous n’avez par ailleurs jamais cessé de prôner une Europe fédérale. Comment réconcilier selon vous concrètement les citoyens d’avec une Europe qui leur apparait technocratique, bureaucratique, et même anti démocratique eu égard du pouvoir détenu par la commission européenne non élue ? Comment construire une réelle Europe politique ? La Bretagne ne doit-elle pas avant tout regarder vers le monde celte ?

Emile Granville : Les Bretons ont montré dans leurs votes leur esprit européen. L’Union européenne a toujours été présentée comme le bouc-émissaire. Il s’agit en plus d’une structure complexe dont le fonctionnement est difficile à comprendre. Le vote à l’échelle hexagonale nous éloigne encore plus de l’Union européenne. Il n’en reste pas moins qu’il n’y a point de salut hors de l’Union européenne. On l’a bien vu dans le cas de la défense de Chypre et de la Grèce face à l’offensive expansionniste du gouvernement turc. Il nous faut plus d’intégration, avec une défense commune européenne, une citoyenneté européenne qui garantisse les droits nationaux des Bretons. 

Politiquement, je défends une Europe souveraine vis-à-vis de l’extérieur et fédérale en terme d’organisation interne. J’intègre aussi à terme la Russie dans l’Europe. Nous avons deux adversaires politiques : les souverainistes français anti-union européenne et les mondialistes libéraux partisans d’une Union européenne faible. Aucun parti français, ni courant politique dominant, ne correspondent à ce qui pourrait être favorable à la Bretagne. Au niveau hexagonal, les Bretons sont donc sommés de choisir entre deux mauvais camps pour la Bretagne. Notre marge de manœuvre est faible. Il faut donc choisir le moindre mal. C’est-à-dire écarter les partis français les plus nationalistes qui n’attendent que d’être au pouvoir pour détruire les maigres acquis que nous avons pu obtenir. Je pense au RN, bien évidemment, qui remet en cause l’existence institutionnelle même des Régions en France, et dans une autre mesure à la France insoumise.

Par ailleurs, vous avez raison, la Bretagne doit regarder vers le monde celte et l’Angleterre aussi d’un point de vue économique. Sans oublier en parallèle de mettre en valeur notre héritage celtique. Il y a du chemin à faire quand on sait, par exemple, qu’il n’y a même pas de cours de gallois à la Faculté de Rennes.

Breizh-info.com : Votre mandat électoral en tant qu’adjoint au maire à Redon a été écourté en 2019. Souhaitez-vous nous parler de ce qu’il s’est passé ?

Emile Granville : Au départ, on forme une équipe électorale, puis on désigne une tête de liste. En l’occurrence, le maire avait déjà été désigné en 2014 comme successeur du maire précédent. Puis peu à peu, la tête de liste exerce le pouvoir seul avec quelques fonctionnaires. En plus de cela, je n’étais pas d’accord sur les investissements. Je souhaitais que l’on restaure l’Abbatiale de Redon qui nécessite 6 millions d’euros de travaux au lieu de faire en priorité un terrain de foot synthétique. Il pleut dans l’Abbatiale ! Arrivé fin octobre, le maire ne prenait toujours aucune initiative pour préparer les élections. L’élément déclencheur a été alors un article où j’y exprimais mes attentes pour les prochaines élections. Ce fut le prétexte pour m’exclure de la majorité en retirant toutes mes délégations. J’ai reçu de nombreux soutiens redonnais. Mais il était trop tard pour moi d’envisager de faire une liste quelques mois avant les élections de mars. Je ne regrette rien. J’ai toujours gardé ma liberté de parole. Et cela ne remet pas en cause toutes les actions très positives que j’ai pu réaliser entre 2008 et 2019 à Redon, dans les domaines du social, de l’environnement, de l’urbanisme et pour l’identité bretonne.

Propos recueillis par YV

Illustrations : DR
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1 COMMENTAIRE

  1. De réputation, les Bretons sont des hommes de têtes, c’est-à-dire qu’ils sont têtus, mais ce sont aussi des hommes de cœur.

    Ce n’est plus la Constitution de la cinquième République, de 1958, qui dirige le pays, mais la Constitution €uropéenne, qui est le fruit d’un coup d’État, sous Sarkozy et sa bande qui l’imposa sous forme de « traité de Lisbonne ».

    Les Bretons sont particulièrement coriaces et granitiques et le jour où ils auront un roi à aimer – qui sera le Cœur du peuple breton – cela ira très vite.

    La prophétie de Chateaulin est très répandue en Bretagne et comme toute prophétie, elle est partielle, mais dit quelque chose, voire quelqu’un, de la Bretagne.

    En voici le début :
    « Lorsque la terre tremblera et que le feu jaillira de ses flancs.
    Quand PARIS, la ville corrompue, sera fouillée comme une ruche.
    Quand les charriots marcheront tout seuls et que les chevaux du Prophète jetteront du feu par la bouche et par la queue.
    Quand les saxons du Nord et de l’Est se donneront la main pour tuer la France.
    Alors ce sera le temps prédit, ce seront les mauvais jours.
    On brisera les croix, on chassera le Christ.
    Les prêtres fuiront, les religieuses seront dispersées.
    Et le démon règnera en maitre.

    Mais, alors aussi, ce sera ton jour, Ô BRETAGNE :

    Le Christ et sa Mère seront dans la Campagne.
    L’Archange Michel rassemblera les saints autour de la bannière de DIEU : il y aura là CLAIR et DONATIEN et GUENOLE et YVES, avec la grande sainte ANNE.
    Et les Bretons seront unis comme des frères… »

    Da feiz hon Tadou kozh
    Ni paotred Breizh-Izel!
    Ni ‘zahlc’ho mad atao!

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