Histoire de l’Annexion de la Savoie

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Il est capital pour tout Savoisien de connaître les événements de l’Annexion dans la redécouverte de son identité. Les lignes qui suivent sont inspirées par le remarquable ouvrage du grand historien de la Savoie : Paul Guichonnet (1920-2018).

Paradoxalement, il écrivit son ouvrage, Histoire de l’Annexion de la Savoie à la France – Les dossiers secrets de l’Annexion, en réponse au mouvement grandissant de la Ligue Savoisienne dans les années 90 dont il déniait la légitimité, au moins sur le plan de la qualité des arguments historiques. Mais en faisant œuvre d’historien honnête, il découvre justement ce qu’il appelle la face secrète de l’Annexion. Il ne prend pas le risque de l’interpréter. C’est ce risque là que nous prenons en qualifiant tout le processus de l’Annexion du terme de trahison, et même de haute trahison du peuple savoisien.

Cette trahison fut finalement douloureuse aussi pour la Maison de Savoie qui finit par tout perdre. L’actuel duc de Savoie, Victor-Emmanuel, fils du dernier roi d’Italie Humbert II, habite à Genève et se revendique donc héritier du trône d’Italie que ses ancêtres ont patiemment conquis en trahissant la terre dont ils portent le nom. Les membres de la dynastie de Savoie ont été exilés par la république italienne fondée en 1948 sur les ruine du fascisme :

« Il est interdit aux anciens rois de la Maison de Savoie, à leurs épouses et à leurs descendants mâles d’entrer et de séjourner sur le territoire national »

Cette interdiction a été levée en 2002 par Berlusconi.

L’Italie, en tant que nation, a donc été créée de toute pièce par la Maison de Savoie. Cette histoire compliquée a longtemps fait passer aux yeux des Français les Savoisiens pour des Italiens. C’est en quelque sorte le contraire qui est vrai. Le drapeau du Royaume d’Italie jusqu’en 1948 porte cette appartenance à la Savoie puisque la Croix de Savoie y était apposée en son milieu.

Mais pour créer ce Royaume d’Italie qui n’existait pas jusqu’en 1860, la Maison de Savoie se servit de la Savoie comme d’une vulgaire monnaie d’échange avec l’Empire français de Napoléon III.

C’est le résumé de cette histoire extrêmement complexe que vous allez découvrir ici.

L’entrevue secrète de Plombière,  événement majeur de l’histoire savoisienne

Tout commence avec l’arrivée au pouvoir d’un homme convaincu par l’idée de l’unité italienne : Camillo Benso, Comte de Cavour. Le 4 novembre 1852 Victor-Emmanuel II, duc de Savoie, Roi de Piémont-Sardaigne, le nomme au poste de président du Conseil des ministres du Royaume de Piémont-Sardaigne. 

Ce franc-maçon sera la cheville ouvrière de l’unité italienne et de la trahison de la Savoie. Né à Turin, appartenant à la noblesse piémontaise, francophone, il n’utilise l’italien que dans ses apparitions publiques. Il a du sang salésien dans ses veines, sa grand-mère Philippine de Sales est l’arrière-petite-nièce de St François de Sales. C’est pourquoi son bureau, sur lequel sera signé l’infâme Traité de Turin et où naîtront toutes ses machiavéliques manœuvres, est aujourd’hui encore visible au château de la famille de Sales à Thorens en Haute-Savoie.

Le complotisme est à la mode et les esprits forts nous expliquent qu’il ne faut pas y croire. Or, la grande histoire commence toujours dans les alcôves et les antichambres, par des tractations et des rencontres secrètes.

C’est aussi le cas pour l’annexion de la Savoie!

Napoléon III rencontre le comte de Cavour à Plombière dans les Vosges où il était venu prendre les eaux. Cette entrevue a lieu dans le secret le plus absolu le 21 juillet 1858.

L’ensemble de la teneur de cette rencontre ne sera connue dans le détail qu’en 1928.

Mais le principe en est très simple : Napoléon III accepte d’apporter son soutien militaire à Victor-Emmanuel II contre l’Autriche, qui occupe le Nord de l’Italie, en échange de la Savoie et de Nice. Cet accord secret devra être scellé par le mariage de la fille du duc, Clotilde de Savoie, au cousin de l’empereur, Jérôme Napoléon. L’actuel prétendant au trône impérial de France, Jean-Christophe Napoléon, est directement issu de cette union. Avant de livrer la Savoie, Victor-Emmanuel cède sa fille qui jusqu’au dernier moment fit tout ce qui était en son pouvoir pour éviter le mariage avec un homme à femmes, volage et libidineux.  Cavour à son habitude agit dans l’ombre et força le mariage implacablement. Cette princesse Clotilde, si malheureuse et si méconnue des Savoisiens, est l’image de ce qu’allait devenir la Savoie : vendue et trompée.

Cavour et Napoléon III complotent également sur l’événement qui déclenchera la guerre contre l’Autriche et qui pourrait être accepté par les puissances européennes sans trop de réactions !

Nous pourrions arrêter notre récit ici car l’entrevue secrète de Plombière détermine tout le reste, la bataille de Solferino, l’unité italienne et l’annexion de la Savoie en 1860. S’il y a un événement à retenir pour les Savoisiens ce sont ces accords secrets de Plombière qui conduiront de manière occulte tous les événements suivants. La Savoie est déjà vendue à la France ! Reste à réaliser l’unité italienne dans le sang et la fureur.

Le référendum truqué de 1860 n’aura pour but que de rendre légal cet accord secret, acte de haute trahison envers la Savoie dont Cavour est un fils.

Après la signature du traité d’alliance franco-sarde de janvier 1859 et la célébration du mariage de Clotilde de Savoie avec Jérôme Napoléon, toute l’Europe comprend qu’une guerre se prépare contre l’Autriche. La Russie, la Prusse et l’Angleterre essayent d’intervenir par la convocation d’un congrès international. Les députés savoisiens siégeant à Turin sont farouchement opposés à la guerre et comprennent, comme le marquis Pantaléon Costa de Beauregard, que la Savoie sera livrée à la France en échange.

Contre toute attente, le 21 avril 1859, l’empereur François-Joseph d’Autriche lance un ultimatum contre le gouvernement de Turin. Croyant profiter de ses positions militaires au Piémont, ne sachant rien des accords militaires entre la France et les Piémontais, il tombe dans le piège patiemment tendu par Cavour qui exulte en refusant l’ultimatum.

Solferino, la bataille la plus meurtrière du 19e siècle, prélude aux charniers du 20e siècle

Les troupes françaises traversent la Savoie pour rejoindre la plaine du Pô.

Le 4 juin 1859 a lieu la bataille de Magenta qui oppose 47517 Français à 55792 Autrichiens. La bataille est longtemps indécise à cause de l’indécision de Napoléon III qui ne possède rien du génie militaire de son oncle. L’arrivée tardive des troupes de Mac Mahon donne finalement la victoire à la France. Si les troupes sardes et savoisiennes ne participent quasiment pas à cette première bataille, il en va tout autrement de la bataille décisive, la bataille de Solferino. Les troupes savoisiennes qui y participaient ne se doutaient sûrement pas qu’elles contribuaient, en combattant, à la trahison de leur terre natale !

En poursuivant les troupes autrichiennes jusqu’en Vénétie après Magenta, une bataille s’organise le 24 juin 1859, entre 133 000 autrichiens d’un côté, 37 000 sardes et 96 000 français de l’autre.

Les troupes savoisiennes sont représentées par la Brigade de Savoie, troupe d’élite exclusivement composée de Savoisiens et sous l’autorité directe du roi. Celles-ci s’illustrent en ce jour à San Martino sous l’autorité de leur chef le général Mollard.

L’oubli complet par l’historiographie française de l’intervention décisive des troupes savoisiennes de la Brigade de Savoie dans la bataille de San Martino est une des nombreuses tactiques déployées par la France après l’Annexion pour faire oublier son histoire à la Savoie.

Mon arrière-arrière-grand-père fut membre de cette troupe d’élite basée en Piémont et sous l’autorité directe du duc de Savoie. Je possède le document mettant fin aux obligations militaires de cet aïeul :

La bataille de Solferino qui fit l’unité italienne et conduisit à l’annexion de la Savoie fut la plus sanglante bataille du 19ème siècle. Voilà les conséquences des nationalismes français et italiens naissant…

Le Genevois, Henri Dunant, qui se trouvait là par le hasard d’un voyage, fut si bouleversé à la vision du champ de bataille qu’il décida de vouer sa vie à venir en aide aux soldats blessés, il fonda pour cela la Croix Rouge.

Après Solferino, la Savoie divisée face au rattachement à la France

La vision d’une Savoie entièrement acquise à la France et se donnant comme un seul homme à la Grande Nation en 1860 est aujourd’hui remise en question par tous les historiens sérieux. Le processus de séparation de la Savoie de la Maison de Savoie après Solferino est infiniment plus complexe. Même si du côté de Cavour les choses sont extrêmement claires depuis Plombière : puisque l’aide militaire française a permis la victoire et la réalisation de l’unité de tout le Nord de l’Italie, ce monstrueux personnage compte bien satisfaire ses engagements de Plombière : livrer la Savoie à la France.

La Savoie se divise alors en deux parties que tout oppose. Les partisans de la réunion à la France, qu’on nomme les Séparatistes, et les Dynastiques, tenant de la fidélité à la Maison de Savoie.

Un historien français écrit en 1901: « Il est certain que l’annexion ne fut pas l’élan inconsidéré d’un peuple qui se donne sans conditions, mais l’explosion finale d’un sentiment demeuré longtemps perplexe et indécis. » François Descotes

Jusqu’en janvier 1860, c’est l’opinion hostile à la France impériale qui prédomine. Les Savoisiens sont des conservateurs dans l’âme et quitter la Maison de Savoie est impensable pour la très grande majorité de la population de la Savoie.

Ce n’est qu’au terme d’un intense processus de manipulations des esprits et d’une fraude électorale que la Savoie accepta finalement de se plier aux termes du pacte secret entre Cavour et Napoléon III: je t’aide à faire l’unité italienne, tu me livres la Savoie.

La cause anti annexionniste fut brillamment défendue par un jeune avocat de Chambéry, Albert Blanc (1835-1904) qui devint après l’Annexion un des premiers ministres des affaires étrangères du royaume d’Italie. Il est important de noter que la Savoie après l’Annexion perdit un nombre important de ses élites. Certains, comme Blanc, rejoignirent l’Italie, d’autres, souvent partisans du rattachement à la Suisse s’installèrent à Genève.

Malheureusement, la mort de figures anti-annexionnistes extrêmement charismatiques va profondément modifier l’équilibre politique. Il s’agit notamment de l’évêque d’Annecy Mgr Rendu qui avait permis de canaliser la bêtise de son clergé pro français…Le clergé, ne voyant que ses intérêts à court terme, était majoritairement favorable à Napoléon III et à la France catholique face au régime sarde, libéral et anticlérical.

C’est une erreur historique, un aveuglement tragique. Cette forfaiture du clergé savoisien doit nous inviter à méditer sur ce qui doit éclairer les choix qui engagent l’avenir d’un pays pour des siècles. Les décisions ne doivent pas être prises sur des rapports de forces politiques par définition temporaires et contingents. Seuls les principes de liberté, d’identité, de fidélité et aussi les réalités géographiques doivent être prises en compte dans des choix aussi graves.

Alexis Billet, Archevêque de Chambéry, montagnard et grand intellectuel, à l’image de l’âme savoisienne paysanne et tournée vers les choses d’en-haut, sera très prudent face au rattachement contrairement à son clergé aveuglément pro français. Le clergé de Savoie du Nord sera aussi hostile à la solution helvétique pour des raisons purement religieuses. Genève, la Rome protestante, étant vue comme une puissance dangereuse pour la Savoie.

Face aux Séparatistes et aux Dynastiques apparaît en effet un troisième parti : les partisans de la Suisse. 

L’immense majorité de la population de la Savoie du Nord, l’actuelle Haute-Savoie, est en effet majoritairement pro helvétique pour des raisons essentiellement économiques et par l’évidence géographique. Genève est depuis toujours la capitale économique de cette partie de la Savoie. Elle l’est aujourd’hui plus que jamais.

La Confédération Helvétique, redevenue calme après la guerre civile du Sonderbund de 1847 entre les cantons protestants et catholiques, stabilisée par sa constitution de 1848 qui est encore celle en vigueur aujourd’hui, s’inquiète de ce qui se passe en Savoie.

Au Congrès de Vienne, en 1815, naissait officiellement la neutralité suisse. Pour assurer pleinement celle-ci, le traité garantissait une neutralité pour le Chablais et le Faucigny, grosso modo l’actuelle Haute-Savoie, en cas de conflit armé impliquant les voisins de la Suisse. Ces régions étaient et sont toujours stratégiques pour la sécurité de la Suisse. Cette neutralité savoisienne était assurée par un droit d’occupation par les Suisses. Ces dispositions ont été officiellement abolies seulement en 1928. 

En France, pendant ce temps, on est majoritairement en faveur de l’Annexion de Nice et de la Savoie. L’opinion publique fait pression sur Napoléon III et voit ces territoires comme une compensation légitime des terribles pertes humaines subies pendant la bataille de Solferino.

Face aux prétentions françaises et aux manœuvres de Cavour, la Confédération se décida à agir. Son ministre, Johann Conrad Kern, qui connaissait Napoléon depuis l’enfance, demanda officiellement le 31 janvier 1860 la cession du Chablais, du Faucigny et d’une partie du Genevois. Voici une photo de la plaine de Genève depuis les flancs du Salève, au loin sur la gauche les montagnes du Jura et la Suisse. Les régions demandées par les Suisses sont à droite de la ligne rouge dessinée par le Salève, les Voirons et les montagnes du Chablais.

Berne envoie également un émissaire auprès de Cavour qui à son accoutumée se dérobe en disant que c’est à la France de décider si elle veut céder une partie de la Savoie.

Londres soutient activement la Suisse, son ambassadeur Cowley déclarant : «L’annexion de la Savoie serait regardée moins comme un moyen de pacification que comme une occasion de nouveaux orages.(…) le commencement d’une nouvelle lutte de la France contre l’Europe, telles sont les idées que l’annonce d’une semblable conquête ferait renaître (…) »

La population de la Savoie du Nord va alors agir de concert avec les autorités suisses en lançant des pétitions pour le rattachement de ces régions à la Confédération. Ces régions sont liées à Genève par des raisons historiques, géographiques et économiques. Le début du texte de la pétition est une déclaration de fidélité à la Maison de Savoie. En Savoie du Nord, l’option française n’est absolument pas majoritaire dans la population :

« Les soussignés (…) désirent ici consigner l’expression de leur dévouement au Roi, et le vœu de ne voir aucun changement apporté à leur union avec la Monarchie Sarde. Mais d’autre part, et dans le cas où des raisons politiques dont ils ne veulent point se faire juges, rendraient une séparation inévitable, ils sont convaincus que leur Souverain ne disposera pas de sujets fidèles, sans leur avoir permis de manifester leurs vœux, dans une circonstance aussi importante pour leur avenir.

En conséquence, (…) ils témoignent expressément de leur désir d’être réuni à la Confédération suisse» 

Ces pétitions pour le rattachement à la Suisse ont été complètement ignorées par l’historiographie traditionnelle et pro française de l’Annexion alors qu’elles sont absolument majeures pour comprendre l’état de l’opinion publique savoisienne à cette époque charnière. Ces documents historiques étant d’importance majeure et très méconnue, je souhaite renvoyer le lecteur aux documents originaux qui sont publiés sur mon blog personnel.

Il s’agit de trois adresses au Roi de Sardaigne duc de Savoie, à Napoléon III, au Conseil Fédéral suisse, aux Hautes Puissances, c’est à dire aux représentants des grands pays européens. Ces adresses sont suivies de la déclaration de pétition qui sera remplie par chaque paroisse.

  • Adresse à S. M. le Roi de Sardaigne : Pétitions pro helvétiques de 1860 : Adresse à S.M. le Roi de Sardaigne – Saint François de Sales (1567-1622) (wordpress.com)
  • Adresse à S. M. Napoléon III Empereur des Français Pétitions pro helvétiques de 1860 : Adresse à S.M. Napoléon III, Empereur des Français – Saint François de Sales (1567-1622) (wordpress.com)
  • Adresse au Conseil Fédéral Pétitions pro helvétiques de 1860 : Adrese à M. le Président et à MM. les membres du Conseil Fédéral – Saint François de Sales (1567-1622) (wordpress.com)
  • Aux Hautes Puissances Pétitions pro helvétiques de 1860 : Aux Hautes Puissances – Saint François de Sales (1567-1622) (wordpress.com)
  • Texte de la pétition avec la liste des signataires de la commune de Boëge d’où est parti le mouvement Pétitions pro helvétiques de 1860 : Déclaration des habitants du Nord de la Savoie – Saint François de Sales (1567-1622) (wordpress.com)

J’estime ces documents d’importance majeure pour l’histoire de la Savoie car ils démontrent de manière très forte que le Droit des peuples a disposé d’eux-mêmes n’a pas été respecté dans le processus de l’annexion de la Savoie.

La belle vallée de Boëge, aujourd’hui plus connue sous le vocable Vallée Verte et qui est le berceau de ma famille, fut un haut lieu du parti suisse. Ce fait historique bien établi est aujourd’hui complètement ignoré de la population locale. En effet, le 3 février 1860 paraissaient deux déclarations dans le Journal de Genève envoyées de Boëge et de Saxel (commune voisine). Le document de Boëge avait été rédigé par deux conseillers communaux Foëx et Curt-Comte et faisait état de l’anxiété de la Savoie : 

« malgré toutes nos sympathies, soit pour l’Italie libre, soit pour la France, d’autres sympathies d’un ordre plus élevé nous amènent à désirer l’annexion à la Suisse… Cette manifestation exprime les vœux de notre belle vallée de Boëge » 

Une des chevilles ouvrières de l’option suisse fut le grand Savoisien Joseph-Léandre Bard. Après le référendum il s’installa à Genève. Avocat, député au Grand Conseil Genevois, bourgeois de Genève, il essaya de développer un catholicisme libéral indépendant de Rome. Plusieurs causes expliquent l’échec de l’option du rattachement de la Savoie du Nord à la Suisse : 

– D’abord une question religieuse de part et d’autre. Genève était encore vue comme la Rome protestante. La Savoie était profondément catholique et son clergé pro français. 

-Ensuite le refus pour bon nombre de Savoisiens de voir la Savoie divisée entre une partie suisse et une partie française. Annecy dans le projet serait restée française et aurait perdu toute influence. La France coupera néanmoins la Savoie en deux départements… 

-Enfin, des Suisses finalement divisés et peu motivés. Le Conseil fédéral de Berne n’agit pas puissamment pour soutenir les partisans d’un rattachement à la Suisse. 

En tant que Savoisien du Nord, je suis intérieurement dans le même état de division que mes ancêtres. Je souhaite un rattachement à la Suisse qui serait tellement profitable pour Genève et la Savoie du Nord. Mais conscient du caractère particulier de la Savoie, de son unité culturelle, historique et géographique, je ne peux me résoudre à la voir désunie, séparée, déchirée. Une solution pour la Savoie aujourd’hui serait une indépendance sous protection helvétique. La complexité du droit international, le manque d’élites savoisiennes nous obligent au pragmatisme. La Confédération Helvétique nous permettrait de nous organiser en cantons, de reprendre son organisation administrative et politique. D’utiliser le Franc suisse, d’être représenté par elle dans les relations internationales…

C’est donc finalement un référendum plébiscitaire qui sera organisé par les autorités françaises et sardes pour mettre fin aux polémiques grandissantes en Savoie aussi bien qu’en Europe sur l’avenir de la Savoie.

Reybaz

Crédit photo : wikipedia (cc)
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2 Commentaires

  1. Le meme problème se pose pour le Voralberg de l’empire Austro-Hongrois après 1918 où une majorité des habitants s’est prononcée pour le rattachement de cette partie alémanique de l’Autriche à la Suisse voisine! L’opposition des Alliés, celle de Vienne, celle des suisses francophones pas du tout enchantés de voir grandir encore le poids de la majorité germanophone de la Confédération ont eu raison de cette aspiration des Vorarlbergeois de rejoindre leurs cousins alémaniques suisses! Si le Vorarlberg avait rejoint la Confédération, les Voralbergeois n’auraient pas connu les affres et les horreurs de la deuxième guerre mondiale!
    Cette meme aspiration des peuples à disposer d’eux memes, de leurs destins concerne les Valdotains et les Sud Tyroliens victimes de l’italianisation forcée entreprise par Mussolini pour noyer ces minorités ethniques francophones et germanophones dans la grande masse italophone dans l’entre deux guerre! Cette entreprise d’effacement des identités ethniques dans l’Italie unitaire conçue par les loges maçonniques italiennes a grandement réussi au Val d’Aoste mais s’est heurtée à la farouche résistance des Sud-Tyroliens germanophones qui ont en partie réussi à préserver leur identité ethnique et linguistique!

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