La Commune de Paris vue de Bretagne aujourd’hui et il y a 150 ans

A LA UNE

De-ci, de-là, quelques cérémonies confidentielles ont eu lieu en Bretagne ces derniers jours pour commémorer les 150 ans de la Commune de Paris. À Dol-de-Bretagne, par exemple, une poignée de militants communistes ont déposé une gerbe. Sans être agressés par qui que ce soit. Le lendemain, à Paris, une procession catholique en mémoire des otages exécutés par les Communards le 24 mai 1871 a été attaquée violemment. Sans susciter de protestations à gauche…

Quelle était l’attitude des Bretons en 1871 ? Quelques Bretons de Paris ont participé à la Commune. L’histoire a surtout retenu le nom de Nathalie Duval, épouse Lemel, originaire de Brest. Proche de Louise Michel, oratrice passionnée, elle purgera ensuite une dizaine d’années de déportation en Nouvelle-Calédonie. Mais la plupart des Bretons impliqués dans les événements étaient de l’autre côté de la barricade, parmi les troupes versaillaises. Ces troupes n’ont pas seulement obéi aux ordres : elles ont réprimé la révolte avec ardeur.

L’origine de la Commune réside dans la capitulation française devant les États allemands, fin janvier 1871. Déclarée par la France en juillet 1870, la guerre est calamiteuse pour les conscrits bretons parqués dans le camp de Conlie puis envoyés se faire massacrer à la bataille du Mans sans un armement correct. La Commune voudrait poursuivre la guerre ; eux veulent rentrer à la maison – en vie de préférence.

Les Communards détestent la Bretagne

Dans l’aventure, la France perd l’Alsace-Lorraine, ce qui n’afflige pas plus que cela les Bretons mais scandalise les Parisiens. La Commune, il est bon de le souligner, est la Commune de Paris ; implicitement, Paris se dresse contre la province. Les élections législatives du 8 février 1871 donnent une très large majorité aux monarchistes, favorables à la paix. Les Républicains de Gambetta, qui veulent poursuivre la guerre, n’obtiennent que 6 % des voix. Mais ils sont puissants à Paris et entendent imposer leurs vues au pays entier. De plus, bien que le mouvement soit divisé entre de multiples chapelles, il est dominé par les jacobins.

Pour eux, la Bretagne est le prototype même de la province rebelle et réactionnaire. D’ailleurs, si Auguste Blanqui est assigné à résidence en Bretagne, c’est assurément parce qu’il n’y trouvera pas de partisans. Ernest Renan et Paul Féval, entre autres, critiquent la Commune. Dix ans plus tard, le grand écrivain communard Jules Vallès n’a toujours pas pardonné à la Bretagne. « Il y a des paysans aux cheveux longs et rares, tristes et laids », écrit-il dans L’Enfant. « Ils ne sentent pas l’herbe, mais la vase ; ils n’ont pas la grosse veste couleur de vache, ils portent une camisole d’un blanc sale comme un surplis crotté. Je leur trouve l’air dévot, dur et faux, à ces fils de la Vendée, à ces hommes de Bretagne. »

Une foi pas toujours catholique

Comme l’a souligné l’historien Jean-François Lecaillon dans un entretien avec Breizh-info, la Commune de Paris a donné lieu à des « mémoires » distinctes. « Les témoins donnent des éclairages distincts dont l’historien doit vérifier la crédibilité (les faux souvenirs de bonne foi existent) ». Ils perdurent de nos jours. De bonne foi ? C’est moins sûr, comme dans ce passage de l’article « Commune de Paris » sur Wikipedia :

Voici ce que Zola écrit en réalité : « C’était la partie saine de la France, la raisonnable, la pondérée, la paysanne, celle qui était restée le plus près de la terre, qui supprimait la partie folle, exaspérée, gâtée par l’Empire, détraquée de rêveries et de jouissances… ». Si la lecture qu’en fait le collaborateur de Wikipedia n’est pas de la mauvaise foi, c’est de la dyslexie grave.

Crédit photo : La Bataille du Mans, par Maurice Orange, domaine public via Wikipedia
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2 Commentaires

  1. Entrant dans Paris, les conscrits bretons ont aussi été scandalisés par les méfaits des Communards, en plus de l’exécution des otages (à raison de trois otages exécutés pour un Communard tué, selon la décision du comité de salut public) : destruction de la colonne Vendôme, incendie des Tuileries, de l’hôtel de ville, etc. Le Louvre n’a été sauvé que parce qu’un détachement militaire a réussi à éteindre le feu. On se scandalise que Hitler ait envisagé de détruire Paris ; les Communards, eux, ont essayé ! Bien entendu, ces destructions n’étaient le fait que d’une fraction extrémiste de ce mouvement totalement disparate (qui se serait sûrement entretué s’il avait duré davantage), mais ceux qui le célèbrent aujourd’hui ne font pas le détail (et le plus souvent, ils sont héritiers de la fraction extrémiste jacobine plutôt que des nationalistes ou des proudhoniens).

  2. violence, violence autorisée contre les malpensants !
    réécriture de l’histoire, aujourd’hui ils appellent ça déconstruction, qui commandait les versaillais, thiers et gambetta, jules ferry et toute la gôche qui ensuite a envoyé les soldats coloniser l’afrique, coloniser pour » apporter les lumière de la civilisation aux peuples inférieurs »

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