Tri Yann fait ses adieux. Jean Chocun : « La tradition n’existe que parce qu’elle se renouvelle et se perpétue. C’est donc là notre fierté au bout de 50 ans de confraternité » [Interview]

A LA UNE

Ce mardi 7 septembre, le groupe Tri Yann donne un concert, l’un de ses derniers, à l’Amphitea d’Angers. En effet, le groupe phare de la musique bretonne sur ces 50 dernières années donne actuellement une tournée d’Adieux. Il faut bien en effet qu’un jour, la page se tourne !

A cette occasion, le groupe sort d’ailleurs une ultime compilation intitulée « le meilleur » et éditée par Label Aztec Musique

Nés en 1971, « les 3 Jean de Nantes » participent avec, notamment Gilles Servat et bien d’autres au profond mouvement de renouveau de la musique bretonne qui se développe entre 1973 et 1978 dans le sillage du succès des premiers albums d’Alan Stivell. Après 3 albums aux sonorités plutôt acoustiques, et continuant de créer un répertoire mêlant reprises de chansons traditionnelles et compositions personnelles, à partir de 1976 et l’album « la découverte ou l’ignorance », Tri Yann amorce un virage vers des sonorités plus rock qui resteront jusqu’à aujourd’hui une de leur marque de fabrique. La batterie, la basse ou la guitare électrique ont toujours fait bon ménage avec la bombarde, la cornemuse ou le psaltérion sur les albums de Tri Yann.

Mais c’est sur scène que le groupe donne toute sa mesure, avec des concerts qui sont de vrais spectacles pleins d’inventivité. Depuis 50 ans ils n’ont cessé de tourner un peu partout en Europe rassemblant dans les plus grands festivals, et dans les plus grandes salles, un public toujours plus nombreux. Et ce succès populaire est confirmé par les ventes de plus de 3 000 000 d’albums. Aujourd’hui Tri Yann a décidé de mettre fin à sa carrière scénique après 5 derniers concerts sold out à Angers et Nantes début septembre.

L’album raconte en 21 titres cette carrière exceptionnelle. A noter que Tri Yann continuera néanmoins d’enregistrer, et un album racontant l’histoire de Bretagne en chansons est en cours de préparation.

Pour évoquer cette tournée d’adieux, nous avons interviewé Jean Chocun, l’un des membres du groupe.

Breizh-info.com : Comment s’annoncent et vont se dérouler vos concerts d’Adieu en septembre ?

Jean Chocun (Tri Yann) : Que d’incertitudes suivies de reports de dates ! mais nous allons pouvoir enfin mettre un terme à ces 50 années de scène.

Le public a fait preuve d’une formidable patience et a conservé ses billets achetés pour mars 2021 et qui seront donc valables pour les spectacles de septembre 2021 :

 NANTES : (Cité des Congrès) :  Les billets émis initialement pour les 10/3, 11/3, 20/3, 28/3 après-midi et 28/3 soirée (et reportés à 3 reprises !) sont valables comme suit :

11 MARS 2020 > 10 SEPT 2021 à 20h30 (*ouverture des portes à 19 h)

28 MARS 2020 20H30 > 11 SEPT 2021 à 20h30 (*ouverture des portes à 19 h)

ANGERS : (Amphitea)

20 MARS 2020 = 12 DEC 2020 = 20 MARS 2021 > 7 SEPT 2021 (*ouverture des portes à 19 h)

Nous avons évidemment révisé notre programme en répétition et tout se présente au mieux, nous sommes tellement contents de nous retrouver pour un objectif concret. Des salles pleines, un groupe motivé, tous les ingrédients sont réunis pour que les soirées soient réussies.

Breizh-info.com : Parlez-nous de la compilation « Le meilleur » (il y en a eu beaucoup du même style) sortie récemment. Qu’est-ce que vous vouliez apporter de plus à votre oeuvre musicale ?

Jean Chocun (Tri Yann) : Cette sortie d’un double album vinyle tombe à point nommé mais n’a pas été prévue dans la chronologie de cette fin d’activité scénique. Il se trouve que le support vinyle 33 tours suscite un regain d’intérêt, le son étant plus chaleureux que sur les CDs.

Il y a environ 2 ans un vinyle avait été produit mais dont la qualité ne nous satisfaisait pas, nous avons donc décidé de remédier à ce problème et d’offrir au public un double vinyle conforme à nos critères de son et de présentation.

Breizh-info.com : Sur l’album, plusieurs chansons pourront surprendre dans la façon dont elles ont été interprétées ou mixées. C’était une volonté de modifier les choses de votre part ? Pour quelles raisons ?

Jean Chocun (Tri Yann) : Tout a été revu pour obtenir une qualité d’écoute optimale. Pascal Mandin -notre ingénieur du son- a « remastérisé » tous les titres et a dans certains cas utilisé des prises de son résultant de différentes séances de studio et susceptibles d’apporter une couleur complémentaire ou différente aux enregistrements de base qui étaient à l’origine conçus pour figurer sur CD. 

Breizh-info.com : Votre groupe s’est formé en 1969. Comment est-ce que l’on parvient à se renouveler, à ne pas s’épuiser, sur une telle durée ? Qu’est-ce qui donne encore envie de poursuivre l’aventure ?

Jean Chocun (Tri Yann) : Il y a une recette simple : Le Groupe TRI YANN existe depuis son origine parce qu’il a été créé par un trio d’individus n’ayant aucun objectif de carrière dans le show-business. La passion et l’amitié ont fait le reste. Très vite un 4ème larron s’est joint aux 3 Jean, en la personne de Bernard…. Puis les années ont passé, le groupe s’est étoffé, mais a subi peu de changements de musiciens puisque les derniers arrivés sont présents depuis une vingtaine d’années, et chacun a apporté sa pierre à l’édifice en fonction de sa propre sensibilité, de son talent et de sa motivation.

Tant qu’on a des idées et de la confiance entre nous il n’y a aucune raison de se séparer. La décision d’en terminer avec les concerts vient surtout d’une certaine lassitude à passer notre vie sur les routes et dans les hôtels en hypothéquant nos vies personnelles. L’âge y est peut-être aussi pour quelque chose !

Breizh-info.com : Vous avez vu défiler devant vous des générations de musiciens et d’artistes, notamment en Bretagne. Quels sont ceux qui vous ont le plus marqué, et les espoirs que vous voyez faire mouche dans les années à venir ?

Jean Chocun (Tri Yann) : A l’origine de notre premier enregistrement il faut citer Gilles SERVAT qui nous a proposé de rejoindre l’équipe des artistes d’un petit label breton « KELENN » ; Gilles sait combien nous l’estimons. Et dans cette « vague » du renouveau de la musique et de l’expression bretonne nous pourrions citer beaucoup d’artistes chanteurs, musiciens, danseurs, couturiers, comédiens etc.

Quant à faire des pronostics sur les succès de tel ou tel dans l’avenir ça serait être bien présomptueux. Laissons le public faire ses choix et les artistes s’exprimer en toute créativité.

Breizh-info.com : Vous allez prochainement quitter définitivement la scène. Avec le sentiment du devoir accompli au service de la musique et de la Bretagne ? Quelles sont vos plus grandes fiertés ? Et vos regrets ?

Jean Chocun (Tri Yann) : On peut toujours regretter de ne pas avoir pu ou su aller plus loin tant musicalement que dans les textes ou la mise en scène. Alors considérons que nous avons fait de notre mieux et que le public nous a suivis au fil des années. Nous savons que nous avons été à l’origine de certaines vocations de chanteurs et musiciens, tout comme nous avions à  nos débuts emprunté des chemins tracés par nombreux de nos prédécesseurs. Nous n’avons rien inventé sinon développé une conscience de notre ancrage culturel breton et celte par extension.

La tradition n’existe que parce qu’elle se renouvelle et se perpétue, c’est donc là notre fierté au bout de 50 ans de confraternité.

Quant aux regrets ? Chacun des membres du groupe pourra ressentir ses propres frustrations mais le choix d’une carrière de groupe implique de faire certaines concessions et, au bout du compte, il vaut mieux se satisfaire de ce qu’on a vécu de positif plutôt que de faire preuve d’amertume.

Propos recueillis par YV

Photo d’illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

.
- Je soutiens BREIZH-INFO - spot_img

Rennes. Il gifle une dame de 80 ans..son avocate veut qu’il fasse « un stage pour apprendre à gérer ses émotions »

Un individu de 34 ans était jugé en comparution immédiate cette semaine à Rennes, pour avoir giflé, mercredi 22...

Rennes. Le RN dénonce les ateliers « en non mixité » et les subventions publiques au festival néo-féministe « Dangereuses Lectrices »

Ces 25 et 26 septembre s'est tenu à Rennes un drôle de festival, ultra confidentiel, mais subventionné par la...

1 COMMENTAIRE

  1. Hélas, en raison de l’obligation du passe sanitaire, j’ai dû me faire rembourser les billets pour le spectacle à Nantes…
    Ni test, ni vaccin…
    J’aurai le grand regret de ne pas assister au concert d’adieu de ce grand groupe légendaire !

Commenter

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Articles liés