« Pour un changement de politique agricole ». La Confédération Paysanne Bretagne monte au créneau

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La Confédération Paysanne Bretagne monte au créneau pour la défense d’un changement de politique agricole. Voici le texte lu par Jean-marc Thomas, porte-parole régional, à l’occasion de la rencontre entre Jean-Yves Le Drian et les syndicats agricoles, samedi 6 novembre,à Corlay, organisée par Olivier Allain (maire de Corlay, et conseiller régional)

Nous nous adressons au ministre de l’Europe à la veille des 6 mois de présidence française à la tête de l’UE.

Les paysans et paysannes de Bretagne sont envahis par 2 sentiments : la révolte et le découragement. Vous connaissez bien le projet social de la Confédération Paysanne à défendre des travailleurs nombreux sur l’ensemble de notre territoire. Vous connaissez aussi notre engagement responsable vis-à-vis de l’environnement et notamment sur la qualité de l’eau, le dossier algues vertes, mais aussi sur le changement climatique et la biodiversité. En tant que président de région, vous nous avez accompagnés dans cette voie. Depuis, nous avons continué à travailler d’arrachepied avec les services de l’Etat, avec votre successeur Loïg CHESNAIS GIRARD, son vice-président Olivier ALLAIN et à présent Arnaud LECUYER.

Nous avons fait du bon travail ensemble.

Le succès breton sur les MAEC en est l’illustration. Ceci dit, nous sommes très en colère par rapport aux arbitrages rendus par le Ministère de l’agriculture sur la première version du PSN qui sont complètement incohérents vis-à-vis des enjeux qui se présentent à nous. L’avis très sévère rendu par l’Autorité Environnementale qui rejoint un grand nombre de nos remarques est un véritable camouflet pour le gouvernement. Nous en appelons à votre influence pour ne pas louper cette occasion. Il n’est pas possible de laisser de côté les « oubliés de la PAC » et en l’occurrence les maraichers, les arboriculteurs et les petites fermes en général qui créent énormément d’emplois, qui produisent des aliments essentiels. Une enveloppe de seulement 10 m€ est tout simplement dérisoire.

De la même manière, comment peut-on lâcher les éleveurs en système herbager et en bio qui se sont engagés depuis si longtemps et qui continuent à rendre des services aussi précieux à l’ensemble de la société : reconquête de la qualité de l’eau, lutte contre les algues vertes, lutte contre l’érosion des sols, séquestration et stockage du carbone, biodiversité sans oublier le principal : la souveraineté alimentaire. Aider et soutenir la transition agro-écologique est une priorité. Accompagner la sortie du glyphosate et des pesticides en général, évidemment ! Engager des démarches de progrès, sans doute, à condition de relever le niveau d’ambition de HVE ou de ce que l’on appelle « les pratiques vertueuses ». Mais tout cela n’aura de sens que si les services environnementaux rendus par l’agriculture paysanne qu’elle soit biologique, herbagère, agroforestière soit reconnus et rémunérés à leur juste valeur. Comment donner des perspectives durables aux changements de pratiques si les soutiens publics s’arrêtent au bout de quelques années ?

On le voit aujourd’hui, le marché tout seul ne permettra pas d’enclencher un mouvement d’envergure. L’innovation, la recherche, le développement sont des facteurs d’accompagnement. Mais rien ne remplacera une volonté politique qui bouscule les équilibres actuels. Pour développer la méthanisation, le gouvernement est capable de mettre sur la table 16 à 17 md € d’ici 2028. C’est plus de 2 md € par an c’est-à-dire plus que le second pilier de la PAC dans son ensemble. Un tel signal en faveur de l’énergie n’est-il donc pas envisageable pour une agriculture et une alimentation qui cochent toutes les cases de la qualité, de l’environnement, du climat ?

Si l’on rate cette occasion, nous allons nous décourager pour certains et nous radicaliser pour d’autres. Trop de paysans et de paysannes disparaissent pour laisser place à une agriculture industrielle que nous refusons pour les dégâts sociaux et environnementaux qu’elle engendre. Trop de signaux nous arrivent de toute part pour affirmer que le changement doit s’opérer maintenant.

Jean-marc Thomas

Illustrations : DR
[cc] Breizh-info.com, 2021, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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3 Commentaires

  1. La FNSEA ne lâchera pas le morceau de sitôt , cette entité – un empire – qui a patiemment tissé son emprise sur l’agriculture française depuis 60 ans ; qui a l’oreille attentive de tous les ministres de l’agriculture ainsi que d’une bonne partie des parlementaires .
    Croyez vous que le  » système  » largement dominant va s’auto dissoudre ? Cette production intensive ( le pétrole vert de la France disait on dans les années 70 / 80 ) tournée prioritairement vers l’exportation , que ce soit les céréales , la viande , le lait … favorable à l’agro chimie , aux échanges internationaux ; sourde aux inquiétudes écologiques ( depuis des décennies ils ont appris à noyer le poisson : toujours attendre , attendre … du mieux qui ne vient jamais ) , complice de la déforestation de l’Amazonie , des innombrables transits porte conteneurs et cargos si polluants ….
    Et l’outrancier machinisme agricole : vous voulez mettre ce secteur sur la paille ?
    Ce n’est pas demain que nous verrons ce système partager , faire de la place aux fermes familiales , permettre le retour des petites mains d’autrefois ( gauloises , hein ; pas celles des négriers marchands d’hommes ) ainsi que le retour de la vie dans nos campagnes . La FNSEA a été le préalable à la désertification de notre ruralité .
    ( certains sont conscients et souhaitent revenir à l’humain et à la sagesse , mais si peu nombreux ; la plupart des jeunes se font piéger d’entrée avec  » l’investissement  » : l’endettement quoi )

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