Covid-19. Et si la volonté de Biden et des USA de vaccination du monde entier échouait faute de moyens financiers ?

Québec

Un problème inattendu semble se profiler dans les plans américains. Dans un récent rapport publié par Politico, des experts ont souligné, citant des sources internes à l’organisation, que l’Agence américaine pour le développement international (USAID) est à court d’argent pour financer la campagne de vaccination mondiale prévue par l’administration Biden pour 2022. La situation embarrasse Washington, qui a utilisé la vaccination comme un programme géopolitique.

La principale agence de financement des projets internationaux de Washington semble être incapable de mener à bien les projets de Joe Biden visant à promouvoir la vaccination à grande échelle dans le monde. L’agence, qui a déjà dépensé près de 2 milliards de dollars l’année dernière pour promouvoir l’expédition et la livraison de doses de vaccins covid-19 fabriqués aux États-Unis, ne dispose plus de suffisamment de liquidités pour poursuivre les projets américains pour 2022. L’organisation n’a pas reçu d’investissements supplémentaires de la part du gouvernement ou de partenaires privés ces derniers temps, restant avec de faibles liquidités. L’objectif américain de vaccination mondiale est actuellement estimé à environ 7 milliards de dollars, une valeur élevée et pratiquement impossible à payer dans les circonstances actuelles de l’agence.

Des sources anonymes au sein de l’agence ont rapporté que ces dernières semaines, plusieurs réunions ont eu lieu entre les hauts responsables de l’USAID afin de discuter des conséquences possibles d’un arrêt partiel du programme mondial de vaccination. Les experts de l’agence s’accordent à dire que si le plan de vaccination de masse est arrêté, même pour une courte période, il suffira d’une nouvelle vague d’infections pour frapper les nations les plus pauvres aux systèmes de santé les plus faibles. Il en résulterait l’émergence possible d’un nouveau variant qui, à un moment donné, atteindrait également les pays développés.

Le discours officiel du gouvernement américain contredit toutefois directement les allégations du rapport de Politico. Washington continue d’affirmer qu’il dispose de tous les moyens nécessaires pour mener à bien la campagne qui a déjà commencé sans fournir de détails sur le financement de la campagne.

En opposition, le rapport cite les témoignages personnels de deux fonctionnaires anonymes de l’USAID, qui déclarent ce qui suit : « L’USAID ne lève pas le pied dans cet effort et nous évaluons ce qui sera nécessaire alors que nous continuons à collaborer avec nos partenaires internationaux pour développer cet effort en 2022 (…) « Nous ne pouvons pas faire ce que nous sommes censés faire si nous n’avons pas d’argent pour le faire. Et nous ne devrions pas tirer sur l’argent que nous avons déjà mis de côté pour d’autres efforts humanitaires. Sans plus d’argent, la campagne de vaccination va commencer à ralentir de manière significative ».

Au milieu de cette guerre des récits, les mots des porte-parole du gouvernement sont certainement les plus douteux. Pour Washington, montrer sa confiance dans sa capacité à continuer à vacciner est une question d’image publique. Le gouvernement a pris un engagement et doit le tenir, c’est pourquoi il continuera certainement à prétendre avoir le contrôle de la situation, même si ce n’est pas le cas.

L’engagement du gouvernement Biden est dû à son rôle dans l’initiative COVAX, une campagne de l’UNICEF visant à distribuer des vaccins dans les pays les plus pauvres de la planète. Dans le cadre de la géopolitique actuelle des vaccins, aider les pays qui ne peuvent pas se permettre d’acheter les doses à recevoir davantage d’inoculations est devenu un outil de soft power.

Plus un pays puissant fournit de vaccins aux nations pauvres, plus il acquiert d’influence internationale. Il ne s’agit pas de charité, mais d’un moyen de parvenir à la domination par des moyens non militaires. Au milieu d’un processus de déclin de l’hégémonie américaine, ces mécanismes alternatifs d’accroissement du pouvoir deviennent des instruments efficaces et c’est pourquoi Biden est si impliqué dans l’envoi de vaccins aux nations pauvres du monde entier.

En pratique, si les États-Unis cessent d’envoyer des vaccins, d’autres pays devront payer pour occuper l’espace laissé par USAID. On peut certainement prévoir un rôle important pour la Chine, qui est la nation qui aide le plus les pays pauvres dans les campagnes de vaccination dans le monde (bien que l’Occident rejette les campagnes chinoises parce qu’il n’accepte pas la validité des vaccins produits dans le pays asiatique). On peut dire la même chose de la Russie et de Sputnik V. Pour Washington, ce serait perdre du terrain face à ses plus grands rivaux géopolitiques dans un autre domaine stratégique clé du monde contemporain – en d’autres termes, ce serait une catastrophe pour les projets américains.

Une fois de plus, les projets américains se heurtent à la réalité matérielle du pays. Le projet de Biden de vacciner le monde entier a toutes les chances d’échouer et le respect des promesses faites à l’UNICEF devient désormais impossible. Les grandes entreprises pharmaceutiques occidentales pourraient investir de l’argent dans l’USAID afin d’aider à la campagne, car elles craignent également une expansion des vaccins chinois et russes, mais il est encore peu probable que l’objectif de 7 milliards de dollars soit atteint à court terme.

Il reste à Washington à se conformer à son rôle dans l’ordre mondial actuel et à ne contribuer que dans ses limites matérielles et financières. Aucun pays ne pourra à lui seul sauver le monde entier ou fournir des vaccins à tous les États pauvres. La solution réside dans le multilatéralisme et la coopération.

Lucas Leiroz, chercheur en sciences sociales à l’Université fédérale rurale de Rio de Janeiro ; consultant en géopolitique (source anglaise : http://infobrics.org/post/34869/)

Crédit photo : DR
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Une réponse

  1. l’ue s’en contrefiche, ils ont réservé 4 milliards de doses donc 10 pour chaque européen ! et ce sont nos arrière petits enfants qui règleront la dette

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