Le gouvernement porte le coup de grâce à EDF [L’Agora]

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Le souvenir des Gilets jaunes hante encore Emmanuel Macron. En achetant la paix sociale, à moins de trois mois du premier tour de la présidentielle, le gouvernement vient de porter le coup de grâce à EDF. En tant qu’actionnaire à 85 % de l’énergéticien, il vient en effet de le contraindre à augmenter de 20 % la quantité d’électricité que ce dernier vend à prix cassé. L’objectif est de faire pression à la baisse sur le prix de marché, aux alentours de 250 €/MWh actuellement (du jamais vu !), et limiter ainsi la hausse de la facture pour le consommateur. Comme Castex s’y est engagé avec le « bouclier tarifaire ».

En temps normal, EDF est déjà contraint de vendre près d’un tiers de sa production d’électricité, soit 100 TWh, à 42 €/MWh. Une aberration imposée par l’Europe à la France depuis 2010 pour favoriser la concurrence (quand le prix de marché de l’électricité s’envole, les concurrents s’approvisionnent chez EDF ; quand le prix de marché est inférieur au tarif de l’électricité nucléaire, ils s’approvisionnent sur le marché) et accessoirement torpiller le fleuron du service public à la française. Un gros mot pour les bureaucrates de Bruxelles. Ce dispositif, l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique) en bon langage technocratique, que le PDG d’EDF qualifie de « vrai péril » et de « principal handicap » d’EDF parce qu’il revient à ce que « des investissements publics subventionnent des acteurs privés dont certains disposent de moyens considérables, empêche EDF de profiter du produit de son travail et n’incite pas ses concurrents à construire de production nouvelle à leurs risques », avait été dénoncé par Éric Zemmour dans son débat contre Bruno Le Maire, le 9 décembre dernier sur France 2. Une parfaite illustration de sa thèse selon laquelle l’Europe affaiblit la France. Mais Le Maire avait fait semblant de confondre l’ARENH avec le prix régulé de l’électricité. Histoire de brouiller les pistes et d’empêcher les téléspectateurs de comprendre le scandale que représente ce dispositif imposé par Bruxelles à un État français à ses ordres.

C’est donc désormais 120 TWh de sa production qu’EDF va devoir brader à 46,2 €/MWh. Une perte sèche colossale pour l’entreprise publique, de l’ordre de 8 milliards d’euros. Une aubaine pour ses concurrents, à qui le patron de la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) a demandé de ne pas profiter de la situation. Nul doute qu’il sera entendu… Pendant ce temps-là, le PDG d’EDF, plus furieux que jamais, n’exclut pas d’attaquer l’État français en justice, et travaille à une augmentation de capital pour éviter la faillite. Les quatre principaux syndicats du secteur énergétique sont aussi vent debout : ils ont lancé un appel commun à la grève, le 26 janvier prochain.

Jupiter

Auteur de L’élection de la dernière chance

Pour en savoir plus sur le scandale que constitue le démantèlement d’EDF, imposé par les idéologues de la Commission européenne au nom du dogme chimérique de la concurrence pure et parfaite, lisez L’élection de la dernière chance, le roman de Jupiter qui aborde les sujets qui fâchent, ceux-là mêmes que Macron cherche à cacher sous le tapis avec la crise sanitaire.

Précision : les points de vue exposés n’engagent que l’auteur de ce texte et nullement notre rédaction. Média alternatif, Breizh-info.com est avant tout attaché à la liberté d’expression. Ce qui implique tout naturellement que des opinions diverses, voire opposées, puissent y trouver leur place.

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6 réponses

  1. Quand Zemmour sera aux commandes à la place du démolisseur – emmerdeur actuel, il pourra remettre les choses en place et redonner à EDF la place de brillant premier mondial de production d’électricité que ces margoulins jaloux veulent la contraindre à céder!

  2. Bruxelles veut démanteler EDF et les Allemands aussi qui ne supportent pas de voir une entreprise française être le numéro mondial de la production d’électricité, notamment d’origine nucléaire. La Macronie est, pour le moment, réticente mais finira bien par accepter de casser EDF en trois entités sans aucun lien entre-elles. La première étape de ce processus qui vient d’être mise en place risque de ruiner EDF ou pour le moins de rendre plus difficiles les investissements nécessaires notamment dans le nucléaire. Quant aux actionnaires privés d’EDF, le gouvernement n’en a rien à foutre comme il a laissé la caisse d’épargne et la banque populaire plumer les petits actionnaires de NATEXIS.
    Macron a déjà vendu ALSTOM aux américains de GENERAL ELECTRIC dont l’un des directeurs est le mari de la Pécresse (il n’y a donc rien à attendre de cette dernière qui, si elle est élue, pratiquera dans ce domaine le même politique que Macron).
    Dans le passé, on a déjà laissé partir à l’étranger de nombreuses entreprises françaises suspectées d’abus de position dominante pour satisfaire les eurocrates de Bruxelles : qui se souvient aujourd’hui de PECHINEY, à son époque, le numéro 2 mondial de l’aluminium ?
    Ce qui se passe actuellement pour EDF est extrêmement grave, c’est sa survie même qui est menacée, il ne faudrait pas oublier que grâce à cette entreprise, les français paient l’électricité la moins chère d’Europe et c’est cela que les eurocrates de Bruxelles ne peuvent pas accepter.

  3. Quand vous savez que le prix de l’électricité rentre pour une bonne part dans les couts de production d’une fonderie il ne faut pas s’étonner que: La SBFM à Lorient, les fonderies du Poitou à Ingrandes-sur-Vienne , La SAM à Decazeville dans l’Aveyron, la MBF à saint Claude, et même Ascoval dans le nord ferment ou délocalisent… C’est comme cela que ce gouvernement « sauverait » soit disant des emplois. Ils force EDF à vendre à perte à ses concurrents et ne fait rien pour les consommateurs d’EDF. Il me semble que pour sauver des emplois, il eut été plus judicieux de faire un geste pour les fonderies et de laisser les distributeurs alternatifs se débrouiller par eux-mêmes.

  4. edf obligée de vendre au prix de revient des kw/h mais quand elle a besoin d’en racheter, c’est au prix fort du marché! dans quel monde nous font ils vivre?

  5. Excellent article qui illustre parfaitement que Macron est prêt à tout pour se faire réélire. À l’instar de ces traders qui ont mis parterre le système financier mondial pour s’enrichir en 2008. On n’avait jamais vu un président aussi étranger aux intérêts de la France

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