Electricité, gaz, énergie : « Les consommateurs vont devoir s’habituer à payer leur électricité à minima le double »

En mars 2020, pandémie oblige, le monde s’est arrêté et les entreprises ont quasi cessé de fonctionner. Les prix du gaz et de l’électricité ont alors dégringolé à cette époque pour atteindre des niveaux jamais égalés, chamboulant sur leur passage les approvisionnements, les exports et les marchés de gros. Les raisons sont principalement liées aux intempestifs confinements, notamment jusqu’à fin 2020. Mais début 2021, dans le sillage de la reprise économique, l’activité a redémarré, et les prix se sont rapidement envolés. Le gouvernement français est intervenu il y a quelques semaines pour limiter temporairement la hausse des factures de gaz et d’électricité et pour éviter que le pays ne finisse par s’embraser, entre factures qui explosent et caddies qui se vident.

Retour sur cette année inédite, entre bouleversements des marchés, enjeux économiques et difficultés pour les entreprises et les particuliers de faire face aux différentes augmentations (chiffre recueillis avec Mon Courtier Energie).

2021 : une année exceptionnelle sur les marchés de l’énergie

L’année 2021 dans le secteur énergétique s’est découpée en trois temps. Le premier est marqué par le semestre 1. En janvier il y a un an, les prix de l’énergie étaient encore au plus bas, après les records historiques de 2020. Pour rappel au 1er janvier 2021, le prix de l’électricité était à 51,44€/MWh (contre moins de 40 €/MWh en mars 2020) et le prix du gaz à 16,15€/MWh (contre moins de 12 €/MWh en mars 2020). Ces tarifs sont restés à peu près stables jusqu’en avril. A la mi-semestre les prix de l’énergie sont doucement repartis à la hausse. La reprise économique, notamment en Asie a fait augmenter ceux du gaz et du CO2. La tendance haussière mais légère s’est poursuivie jusqu’en juin.

Arrive ensuite le deuxième temps fort de 2021 : le 3ème trimestre. A partir de juillet, la flambée des prix s’accélère et atteint des prix déjà historiques. Pour preuve, l’été dernier, le prix des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité ont flambé à plusieurs reprises, tant pour les particuliers que les petits professionnels. Pour se remémorer ces hausses, elles étaient de : +10% pour le gaz au 1er juillet 2021, de +1% pour l’électricité au 1er août 2021, s’ajoute encore à la facture du gaz de juillet +5% en août 2021. Soit +5,5 % pour le chauffage au gaz, +1,6 % pour le gaz de cuisson, et + 3,3 % pour la cuisson et l’eau chaude.

Enfin troisième et dernier temps de 2021 : le 4ème trimestre. Les prix du gaz explosent, les stockages européens sont faibles. D’une part à cause d’une demande asiatique très forte en GNL (Gaz Naturel Liquéfié) et surtout en raison du retard colossal pris par la mise en place du gazoduc Nord Stream 2. Ce dernier, ayant peiné à voir le jour entre les sanctions américaines et l’incapacité de l’Europe à adopter une position commune, ne participe toujours pas à l’approvisionnement de l’Europe en gaz russe. Il attend d’ailleurs toujours son homologation par le régulateur allemand. La Commission Européenne devrait se pencher sur le sujet en mars.

La disponibilité des centrales nucléaires ainsi que l’explosion de la demande suite au guichet ARENH pour 2022 rendent « fous » les marchés qui s’écroulent dans les derniers jours de 2021. Les prix atteignent des sommets. Au 31 décembre 2021, le prix de l’électricité était de 226,20€/MWh, (avec un record à 407,50€/MWh le 23/12), soit une inflation de +440% sur l’année. Quant au gaz, en ce dernier jour de 2021, le prix était de 78,32€/MWh (avec un record à 139,83€/MWh le 23/12), soit une inflation de +485% en 2021.

2021 – Un gouvernement en difficulté face à une succession d’événements

En septembre 2021, les compteurs s’affolent et on anticipe l’envolée probable des factures pour les particuliers et les professionnels. Pour limiter cette hausse, l’ensemble de la communauté de l’énergie, que ce soit les associations de consommateurs, les fournisseurs alternatifs ou encore les tiers opérateurs, demandent une augmentation de l’ARENH. Mais le gouvernement n’agit pas.

C’est seulement à la fin du mois de septembre, au 30/09 que Jean Castex, le premier ministre annonce le bouclier tarifaire : les tarifs réglementés du gaz naturel seront gelés sur les niveaux d’octobre 2021 jusqu’au 30 juin 2022 et la hausse des tarifs réglementés d’électricité est limitée à 4 % au 1er février 2022. L’Etat a fortement impacté les fournisseurs historiques (EDF et Engie). Pour eux, il y a eu une forte augmentation des prix d’achats sans possibilité de faire évoluer leurs prix de vente.

Comment l’Etat a-t-il mis ces mesures en place ? Pour le gaz, le gouvernement compensera les pertes des fournisseurs de gaz naturel (ceux ayant moins de 300 000 clients résidentiels) concernés par le bouclier tarifaire. Et pour l’électricité, le gouvernement baisse la taxe TCFE (Taxe sur la Consommation Finale d’électricité), la passant ainsi de plus de 25€ à 1€/MWh pour les particuliers et les TPE et de 23,6 €/MWh à 0.5 €/MWh pour les PME (soit le montant minimal). « Il faut savoir que dans une facture, le coût de l’énergie à proprement dit représente seulement 40% de la dépense, quand l’acheminement et les taxes eux, représentent chacun 30% de cette dernière. Aujourd’hui l’Etat agit sur la défiscalisation mais pas sur l’acheminement. Nous avons vu que ce n’était pas suffisant, beaucoup de professionnels ont dû arrêter pendant un temps certaines de leurs chaines de production quand d’autres ont même dû mettre la clé sous la porte. » explique Charlie Evrard, président et fondateur de Mon Courtier Energie. Malgré ces annonces gouvernementales, les prix de l’électricité continuent de grimper jusqu’en décembre. L’Etat sort enfin la carte tant attendue par la communauté énergie : l’augmentation du guichet ARENH. Il passe ainsi de 100TWh à 120TWh, pour maintenir son engagement de limitation de la hausse à 4%. Les 20TWh supplémentaires sont valorisés à 46,20€/MWh. L’Etat a « bradé » une partie de l’électricité produite par EDF, que l’entreprise aurait pu valoriser sur le marché à des prix supérieurs à 100 €/MWh.

« Sans ce coup de pouce la facture d’électricité aurait fortement augmenté pour tout le monde. Pour ceux qui ont souscrit une offre au pire des moments, l’augmentation peut être de respectivement 800% pour l’électricité et de 900% pour le gaz naturel. L’offre au prix ARENH permet de limiter la casse, il fallait parfois faire face à un prix multiplié par trois dans le pire des scenarii. Toutefois les prix ont atteint des sommets pour les professionnels. Prenons quelques exemples : dans l’hôtellerie, le budget moyen de l’électricité a augmenté de 120% et le gaz de 56% en un an. Dans l’industrie, l’augmentation moyenne sur un an est de 100% pour l’électricité et 45% pour le gaz ». souligne Charlie Evrard.

Composition des parts de marché entre les acteurs historiques et les fournisseurs alternatifs

Aujourd’hui 65% des particuliers et TPE sont aux TRV (Tarifs Réglementés de Vente) d’EDF, 5% sont aux tarifs classiques d’EDF et 30% s’alimentent uniquement sur les marchés alternatifs, soit les concurrents d’EDF. Quant aux PME et PMI, 52% d’entre elles s’alimentent aux tarifs classiques d’EDF et 48% achètent leur énergie sur les marchés alternatifs.

Pour le gaz, parmi les particuliers, 28% souscrivent une offre aux tarifs réglementés d’Engie, 32% aux tarifs classiques d’Engie et 40% s’alimentent grâce aux fournisseurs de gaz alternatifs. Quant aux PME/PMI, 59% aux tarifs classiques d’Engie et 41% sur les marchés alternatifs à Engie.

Perspectives sur 2022

La question est sur toutes les lèvres : les prix de l’énergie vont-ils baisser au cours de l’année 2022, ou au contraire va-t-il y avoir un rattrapage sur le dos des consommateurs et des entreprises après les efforts déployés par le gouvernement pour venir en aide aux Français ?

« L’année 2022 promet d’être une mauvaise année pour les consommateurs d’électricité et de gaz naturel. Les prix devraient se maintenir à un niveau élevé au fil des mois selon nos indicateurs chez Mon Courtier Energie. Les prix futurs de l’énergie montrent actuellement une baisse seulement à partir de la fin de l’année 2023 sans toutefois revenir au niveau de 2020. Si les anticipations des traders se concrétisent, les consommateurs vont devoir s’habituer à payer leur électricité à minima le double. » analyse Charlie Evrard.

Pour résumer, en 2021, et particulièrement en décembre dernier, l’explosion des prix a eu un impact très important sur les clients. En moyenne ils enregistrent un doublement de leur facture énergétique par rapport à leur prix initial. « La facture énergétique peut représenter jusqu’à 30% des charges d’une entreprise. Mais ce budget pourrait bien exploser davantage. La flambée des prix du marché va générer des augmentations comprises entre 25% et 250% supplémentaires du budget des entreprises en 2022 ! C’est pour cela qu’il est primordial pour elles de se faire accompagner par un courtier en énergie afin de limiter la hausse. » explique Charlie Evrard.

Crédit photo : DR
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2 réponses

  1. quand ils obligent edf à vendre l’électricité à ses concurrents à prix coutant et qu’ile obligent enduite edf à en racheter au prix du marché, que penser? je dirais ça dans les urnes

  2. EDF était un des leaders mondiaux pour la production, le transport et la distribution de l’électricité. Quand il a fallu prendre le virage du nucléaire, après des études sur la filière graphite-gaz, le choix s’est porté sur le système américain Westinghouse et les français l’ont amélioré au niveau sureté avant de se lancer dans la construction à grande échelle des centrales.
    Cette réussite s’expliquait par plusieurs facteurs propre à cette entreprise.
    Une entreprise intégrée où l’on s’occupait de toute la chaîne: du moyen de production jusqu’au consommateur avec un seul but: « Dans le respect d’une sécurité et d’une sureté maximum, produire, transporter et distribuer l’électricité de la meilleure qualité possible au moindre coût ». Toute la boite était en phase avec cette adage, du PDG au monteur sur les poteaux. Il n’y avait pas de redondance dans les systèmes de gestion administratifs, ce qui permettait d’avoir un maximum de personnel opérationnel. Les services de recherche étaient conséquents et les échanges très fructueux.
    Il n’y avait qu’un actionnaire, c’était l’Etat qui ne réclamait pas de dividende quand la période était difficile mais qui savait dans les années fastes se servir pour d’autres causes générales.

    Qu’en est-il maintenant? Avec l’Europe , on a mis la bête l’agonie, on l’a dépecée et démembrée. D’un coté la production qui est éclaté avec des entreprises comme TotalEnergie, Iberdrola, Gamesa-Siemens qui profient des plus beaux morceaux comme des hyènes autours d’un cadavre et qui n’hésitent pas à tripler voir quintupler le prix du MW produit.
    D’un autre coté un service du transport exsangue qui n’a pas les moyens de développer un réseau qui garantisse une alimentation sure et qui doit jongler avec des sources de production non fiables et intermittentes.
    Pour finir une distribution qui est dans le secteur concurrentiel où les derniers charognards des dividendes viennent se gaver.

    Alors il ne faut pas s’étonner que le prix de l’électricité s’envole et va continuer à s’envoler: Toutes les projections des économistes et des organismes qui s’occupent de ce point le démontrent. En 2032 le KWh atteindra les 45 à 50 cts d’Euros…

    Que faut-il faire pour éviter cela: Chasser les commerçants hors du temple… Et oui, plus de dividendes à verser, plus d’électricité subventionnée à 300%, et des services généraux qui redeviendraient à la taille « normale ». En ce moment, il y a un service du personnel pour la production, un pour le transport, un pour la distribution quant aux services de recherche, ils ont été démantelés et la synergie d’entreprise a été cassée. Et cette chaîne d’approvisionnement devient tellement complexe que l’on ne sait plus qui fait quoi.

    Bref si l’on veut juguler les prix, il faut revenir comme en 1990 avec une entreprise intégrée d’Etat qui œuvre pour le bien de tous.
    Pourquoi la SBFM à Lorient, Manoir Industrie (ex Sambre et Meuse) à Saint Brieuc, les Fonderies du Poitou en Vendée, la SAM dans l’Aveyron, la SBM à Saint Claude ferment et que Ascoval dans le nord veut délocaliser? Il ne faut pas chercher bien loin: Le prix de l’électricité. Ce prix représente en moyenne 30% des coûts de production, si le prix du KW est bas, même si vos salaires sont un peu plus importants que la concurrence polonaise, vous êtes compétitifs…Mais si on vous augmente le prix du KW d’une manière non raisonnable, on vous met au chômage. Alors il aurait surement été plus judicieux de faire un prix pour ces fonderies plutôt que de vendre presque à perte de l’électricité d’origine nucléaire à des entreprises qui revendent cette électricité 5 fois plus chère. Et les fonderies ne sont pas les seules dans ces cas…
    ET des exemple comme cela il y en a à la pelle… Sans parler qu’avec l’ouverture au privé des barrages hydrauliques, c’est la sécurité des personnes et des biens qui est mise en cause et la sureté des installations. Souvenez-vous du film « La folie des Hommes » concernant la tragédie du barrage de Vajont en Italie. Renseignez-vous sur cette histoire depuis son origine, c’est éloquent.

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- Sécession la première parution de Yann Vallerie, rédacteur en chef de Breizh-info -

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