Le voeu d’un statut d’autonomie pour la Bretagne voté au Conseil Régional

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Il faut reconnaître que l’UDB a réalisé un beau coup politique ! Ce vendredi lors de la session de l’assemblée du conseil régional de Bretagne, un voeu demandant au futur gouvernement « d’entamer des discussions pour la définition d’un possible modèle d’autonomie pour la Bretagne, incluant une part de pouvoir législatif et réglementaire, en identifiant les compétences à partager, celles qui restent de la seule responsabilité de l’Etat et celles qui seraient dévolues à la seule collectivité de Bretagne » a été voté.

En clair un statut d’autonomie pleine et entière ! Et ce voeu a été voté à l’unanimité, groupe LR et Communistes compris, à l’exception du groupe RN indécrottablement jacobin !

Ayant su tirer parti des évènements en Corse et de l’annonce de l’octroi d’un statut d’autonomie à l’île, l’UDB aura réussi à faire avancer la cause de l’autonomie en l’institutionnalisant, le banalisant et en l’élargissant. Et surtout en y impliquant l’ensemble du spectre politique breton. Alleluia ! Magnificat ! On sait enfin à quoi sert l’UDB !

Mais ce coup de maître montre surtout une certaine « autonomisation » des esprits en Bretagne et dans la classe politique bretonne. Ce concept « d’autonomie » qui était autrefois tabou voir frappé du sceau des évènements de la dernière guerre est désormais réclamé à cor et à cri par l’ensemble de la classe politique, à l’exception du RN jacobin. Qui n’a pas été surpris ce jeudi en entendant Isabelle Le Callennec, chef de file du groupe LR à l’assemblée régionale, demander elle aussi, dans son intervention, « l’autonomie » pour la Bretagne ?

Cette avancée historique confirme donc l’adage que « en Bretagne, les autonomistes font 5% parce que les partis français y sont devenus autonomistes ». Effectivement, jusqu’alors on se demandait à quoi vraiment à quoi pouvait bien servir l’UDB. La réponse s’impose désormais d’elle-même : L’UDB sert à piquer le derrière des Loïg Chesnais-Girard, Claire Desmares-Poirrier et autres Isabelle Le Callennec quand ceux-ci oublient la question de l’autonomie dans le quotidien sinueux de l’actualité politique. Mais il apparaît évident que ces derniers ont bien compris, depuis les Bonnets Rouges en tout cas, que le peuple breton avaient soif d’autonomie et que cette revendication était désormais incontournable, comme la question de la Réunification et des langues de Bretagne. Sentant le vent tourner, ces formations françaises ont même intégré dans leurs rangs des sous-composantes autonomistes : Les « Régionalistes » de Paul Molac, Kaoutintine Hulaud et Christian Troadec et autres pour la majorité PS, Stéphanie Stoll et quelques autres pour les Macronistes sans oublier les militants « Breizh Europa » de Franck Darcel/Caroline Ollivro présents sur la liste Le Callennec aux dernières élections régionales ainsi que le groupe des conseillers « Cueffistes » lié à la majorité LCG.

L’autonomisme en Bretagne a finalement gagné les esprits, à la manière de l’écologie : Chaque groupe a désormais sa petite musique autonomiste et les véritables autonomistes canal historique, en l’espèce l’UDB, servent de pique-au-cul quand le sujet disparaît de l’actualité.

On peut d’ailleurs espérer que le sujet continue à vivre sur la scène publique ces prochaines années car le voeu voté ce vendredi prévoit que « le conseil régional s’engage à animer une série de débats publics sur l’intérêt de l’autonomie dans différents domaines de la vie collective et sur les contours institutionnels de la Bretagne de demain, tant en terme de périmètre que de prérogatives, en veillant au pluralisme à l’échelle des cinq départements bretons ».

En parallèle ce voeu rappelle également « au gouvernement sa demande d’engager, à l’horizon 2024, le processus législatif qui permettra une consultation sur le processus de réunification de la Bretagne ».

L’UDB a donc été malin en prenant bien soin d’inclure la question sacrée de la Réunification dans son voeu et en prévoyant de faire vivre le débat à travers une série de rencontres publiques sur les mois et années à venir. Débats qui bénéficieront donc de la puissance de communication de l’institution régionale. Pas mal…

Cette belle unanimité ne doit cependant pas nous bercer d’illusion. Le gouvernement français, tout occupé aux « grands enjeux internationaux » et paralysé par un état profond et une haute-administration jacobinisée à l’extrême fera, à n’en point douter, un classement vertical de cette demande d’autonomie et de réunification. Comme en Corse, où les « voeux » en faveur de l’autonomie et de la co-officialité du corse se sont succédés ces dernières années dans l’indifférence de Paris, il faudra bien un jour en Bretagne une pression de la rue pour que Paris consent enfin à évoluer sur la question. Car la France ne reconnaît pas la démocratie locale, les « voeux » et les suppliques et ne plie que devant la force et l’émeute. L’exemple corse est là pour le rappeler !

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4 réponses

  1. C’est un début, mais attendons de voir s’il y a une suite donnée à ce sujet par le gouvernement, ce que je ne crois pas car celui-ci n’accepte toute demande diminuant son pouvoir centralisé que lorsqu’il y est contraint par des manifestations massives et violentes ou un rapport de force défavorable (exemple : La Corse).
    D’ailleurs, la dernière fois que le pouvoir a reculé en Bretagne, c’est aussi à la suite des importantes manifestations des Bonnets Rouges et de leur caractère pré-insurrectionnel (du moins, ressenti comme tel par S. Royal, sinon elle n’aurait sûrement pas cédé).

  2. Le pouvoir centralise ne lachera rien. En contrepartie il va devoir tout gerer, financer avec des gens qui trainent les pieds; intenable a long terme.

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