Non, je n’utiliserai pas l’emoji drapeau breton [L’Agora]

Amis Bretons, nous pouvons crier victoire : le drapeau breton est disponible en emoji sur Twitter depuis lundi dernier jusqu’au 19 Mai ! Twitter est bien bon, il reconnaît enfin la légitimité de tant de luttes pour la sauvegarde du particularisme breton, de tant d’heures, jours, années de sueur et de sacrifices ! La Bretagne ne disparaît pas grâce à Jack Dorsey !

Mais quoi ? Nous devrions nous satisfaire d’un ridicule emoji de drapeau breton, (« Gwenn ha Du ») octroyé par le plus gauchiste des réseaux sociaux ? Ainsi Twitter serait devenu le censeur autorisé de la reconnaissance des diversités culturelles, mais aussi, politiques, sexuelles, d’identité de genre, et j’en passe et des meilleures. Alors oui, le Pays de Galles et l’Ecosse ont leur propre emoji drapeau, ce qui indique la puissance de leur identité et en quelque sorte la consécration de leur singularité culturelle ; oui, l’emoji Gwenn ha Du a été en première position des tendances en France, jusqu’à être en 6e position mondiale durant un moment, prouvant à quel point est fort l’attachement à la Bretagne de ses habitants et « ressortissants ». Mais je refuse que ce soit les Etats-Unis qui m’octroient mon identité, en l’américanisant au passage comme ils l’ont fait pour tant d’autres cultures, alors qu’ils n’ont qu’une connaissance caricaturale de ce qu’est la Bretagne. Je doute même qu’ils n’en aient une fichtre idée : s’ils ne savent pas situer la France sur une carte, ils sauront d’autant moins le faire pour ce petit bout de terre, sur lequel les autochtones vivent sûrement encore dans des grottes, qui sait ?

Une autre chose m’inquiète. Si Twitter a ainsi concédé à ses utilisateurs bretons une telle faveur, je suis fort peu certaine que ce soit afin de communier à un combat identitaire et culturel multicentenaire. Je crains même que ce ne soit parce que les plus ardents défenseurs de la Bretagne (et on ne peut leur reprocher leur persévérance militante, qui est souvent bien plus constante que la nôtre) sont le plus généralement des gauchistes ouvertement assumés. Mais alors, quelle Bretagne me propose-t-on ? Celle du cannabis, de l’accueil des réfugiés, du wokisme ? Je ne souhaite pas voir rangés les efforts de préservation de l’identité bretonne dans la case des revendications subjectives de droits. S’il doit pavoiser à côté des drapeaux LGBT, transgenre ou encore de la Refugees Nation, je préfère qu’il disparaisse immédiatement et que Twitter se dispense de sa largesse. 

Ma Bretagne ne se réduit pas non plus à des stories sur Instagram « marinière – soirée crêpes – vacances à la mer ». Elle n’est pas résumable à quelques slogans et à un emoji drapeau breton, et les pétitions pour obtenir ce fameux pictogramme me font doucement rire. D’ailleurs ce n’est pas « ma » Bretagne, je ne la possède pas, c’est moi qui lui appartient. Une identité ne se forge pas à coups de hashtags, d’emojis, et de victoires au foot. Elle se vit au quotidien, dans le mode d’existence, la manière de voir le monde. L’identité se ressent dans les tripes, vibre au son d’un instrument familier, tressaille à la vue d’un paysage connu. Elle s’hérite de ses ancêtres aussi, et se transmet sur le long terme.

Alors je refuse d’utiliser ce hashtag pour toutes ces raisons : pour ne pas consentir à recevoir d’entités supérieures et abstraites le don gracieux de mon identité américanisée ; pour ne pas faire du combat pour l’identité bretonne une revendication subjective et altermondialiste ; pour ne pas réduire l’attachement charnel à mon pays à une story de glace au caramel sur la plage. Au-delà de ce coup de gueule en règle, il faut que nous soyons vigilants face à la tentation de céder à l’identité de vitrine, mais aussi et surtout à la conception progressiste de l’identité qu’est l’expression subjective du Moi individuel, auto-centré, et au final totalement déraciné, qui peut choisir à la carte s’il s’estime breton ou non.

Azilis de Tromenec

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3 réponses

  1. Moi qui ne suis pas breton (de souche) , mais un simple gaulois (lépreux et réfractaire , qui plus est !) , « immigré » en Armorique (je dis « armorique » parce que les « bretons » venus de la Grande île étaient , eux aussi , au VI ième siècle , des envahisseurs , mais au moins avaient-ils quasi la même langue et la même religion , le christianisme celtique …) , je suis entièrement de votre avis , et si je refuse de m’assimiler » c’est parce que ladite assimilation est en effet préemptée par ce que nous appelons les « gauchistes » , càd les décon structivistes . C’est ce que les gens de War Raok n’ont pas compris , ce pourquoi ils se sont séparés (vieille coutume droito) . Aujourd’hui , le combat est culturel et métaphysique . Le patriarche de Moscou , Kyrill , a bien raison sur ce point : les nations ou les pays où la déconstruction est encouragée (LGBT , etc…) et ceux qui y résistent , notammment par des interdits , comme la Russie . La prétention à la toute puissance morale de LGBT est une des raisons de la guerre russo-ukrainienne .

    Vive la Bretagne , dans une France libre (donc avec le Roi à sa tête) …

  2. J’ajoute que les bandes noires et blanches seraient , comme dans le drapeau yankee , un symbole francmac . Donc exit cet emoij . Il nous faudrait le vrai drapeau breton , celui de la duchesse Anne , plain d’hermines .

  3. Très intéressant ! un pauvre emoji donné par un réseau social dont le principal but est de détruire les identités et les cultures, dont la nôtre qui est millénaire, ne nous achètera pas ! le Kroaz du serait en outre le seul drapeau accepté !
    Vive la Bretagne libre !

Les commentaires sont fermés.

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