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Le 21 mai 2013, le penseur Dominique Venner se suicida dans ce qui est, pour tout Français qui se respecte, le cœur de la France : Notre-Dame de Paris. Depuis, neuf ans se sont écoulés, et l’équivalent européen du Temple de Jérusalem s’est embrasé (incendié, « accidentellement » dit-on, depuis le 15 avril 2019). Seulement, après l’annonce de l’acte en lui-même, certains virent, derrière ce geste fatal, un sacrilège, tandis que d’autres y virent, bien cruellement, un simple « happening », un « évènement » sciemment provoqué pour se faire remarquer… Dieu merci, les fidèles au camp national y ont vu tout autre chose, ce qu’il se révèle en-deçà comme au-delà des chroniques ou des livres d’histoire : le sens de l’honneur. En effet, nul ne devrait se targuer de pouvoir expliquer les raisons de ce geste. Il faut simplement le respecter. Car il s’agit, non pas de dire comment l’animateur du Groupe de Recherche et d’Etudes pour la Civilisation Européenne se donna la mort, mais comment il vécut.
Né le 16 avril 1935, le jeune Venner a soif d’épopées et de combats. Comme Carl Schmitt, il voit en quoi la politique est l’art de « distinguer l’ami de l’ennemi ». Volontaire pour faire la guerre au FLN, il intègre rapidement l’Organisation Armée Secrète dès 1958. Puis, après avoir âprement éprouvé le guêpier algérien, il rejoint le groupe Europe Action (créé en 1963, six ans avant la création du GRECE) au côté, entre autres, d’Alain de Benoist. Mais après la mort de De Gaulle en 1970, la France glisse lentement et sûrement vers le relativisme culturel, et ce, au nom de la dissolution nécessaire, tant économiquement que financièrement, des frontières. Alors, Venner décide de ranger les armes pour faire le choix des larmes : la plume contre l’infâme. Puisque l’amour de la France vaut bien l’angoisse à outrance.
Dans Le Cœur rebelle (1994), il revient sur son itinéraire et martial et intellectuel. Les formules, teintées de mélancolie, manifestent l’immense sensibilité de son intelligence : « L’alchimie des souvenirs se moque de la logique », ou encore « le passé agit en nous à notre insu ». En outre, le titre de son dernier essai dit tout sur sa façon de concevoir le combat métapolitique : Un samouraï d’Occident. Au sens littéral du terme, « samuraï » signifie, en japonais, « celui qui sert la terre », autrement dit, « celui qui la protège ». Seulement, à un niveau tant catholique qui bouddhique, la protection de sa terre renvoie, dans le même temps, à celle des autres, de sa nation en somme, donc en faisant fi de son ego.
Il convient de saisir ce qu’entend Venner à travers cette expression. À la manière d’un Régis Debray, il pensait, dur comme fer, que « ce sont les croyants qui font les combattants ». Et, à l’instar des samouraïs, ceux de l’ère féodale, il tenait à défendre sa terre avec un supplément d’âme. Alors, la façon dont Venner vécut devrait inspirer tout un chacun qui souhaite établir une métapolitique du sursaut face à la déliquescence programmée des valeurs judéo-chrétiennes. Car, à présent, tout est à tout le monde comme rien n’est à personne. En effet, un monde s’effondre sans qu’un autre ne montre son aurore. L’annihilation intégrale du capitalisme industriel désintègre les deux acteurs essentiels de n’importe quel pacte soi-disant républicain : la propriétaire et le travailleur. S’ouvre sous nos yeux l’ère du désordre organisé. Ainsi, le père-travailleur meurt, la famille disparait et la Patrie n’est plus.
En nous quittant de cette manière, Venner pensait-il que quelque chose demeurerait encore en lui, comme le vouloir-vivre d’Arthur Schopenhauer ? Ce serait le témoignage d’une foi catholique imprégnée quelque peu de sagesse bouddhique. En d’autres termes, avait-il connaissance de ce passage du Monde comme volonté et comme représentation ? « Les affres de la mort reposent en grande partie sur cette apparence illusoire que c’est le moi qui va disparaître, tandis que le monde demeure » [in Le monde comme volonté et comme représentation, trad. par A. Burdeau, Edition revue et corrigée par R. Roos, Paris, P.U.F., coll. Quadrige, 1966, p.1249]. Si l’individu peut partir, rien en sa force de conviction, en sa volonté, ne saurait s’enfuir. D’où l’échec du suicide, selon le « solitaire de Francfort ».
Quoi qu’il en soit, le camp national ne devrait pas oublier un de ses nobles soldats. Bien que tout vivant meure et que tout objet se corrompe, la mort de l’homme reste un évènement à part entière. Particulièrement à l’échelle humaine, « ce qui a été ne peut pas ne pas avoir été », selon Vladimir Jankélévitch [in La Mort, IIIème partie, chap. IV, 1, « Avoir été, avoir vécu, avoir aimé », Champs-Flammarion, 1977, p.465]. Et sachant que l’Église est au fidèle ce que la pyramide est au pharaon – un sublime sarcophage –, le guerrier – l’homme non-anglosaxonnisé – peut se donner la mort, là où la vie est devenue putride, un vague musée où le commerce bat son plein… Par conséquent, après la promulgation du mariage homosexuel, Venner ne pouvait se résoudre à céder quoi que ce soit au climat apocalyptique ambiant, celui que nous éprouvons jusqu’à présent. Contre toute attente, il lâcha son dernier coup de sabre… Sans nihilisme aucun : il se tua sans tuer les autres. Tel un ange déchu. Il n’était, donc, ni une bête malade, encore moins un monstre à sang froid. Que les railleurs s’en souviennent ! Parce que ce ne sont pas les morts qui hantent les survivants, mais bel et bien les vivants. De plus, parce qu’un héros savait, autrefois, garder la pleine maitrise de son destin. Tragiquement, le vrai soldat meurt débout, ou n’est pas.
Henri Feng
Crédit photo : DR
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Une réponse à “C’était Dominique Venner (1935-2013)”
Dominique Venner était un seigneur, RIP !