2ème tour des Législatives en Bretagne. 37 circonscriptions, 37 duels, zéro triangulaire

Pour le second tour de l’élection présidentielle, la règle apparaît simple en Bretagne : un candidat Nupes (le conglomérat de Jean-Luc Mélenchon) opposé à un candidat Ensemble (majorité présidentielle). Pourtant, dans quatre circonscriptions, la situation est différente. A Loudéac, le candidat Nupes (Antoine Ravard) tente sa chance contre le candidat LR sortant (Marc Le Fur). A Saint-Malo, la candidate Ensemble (Anne Le Gagne) va tenter de prendre la place du député LR sortant (Jean-Luc Bourgeaux). A Ploërmel, la candidate Ensemble (Rozenn Guégan) essaie – vainement – de déboulonner Paul Molac (régionaliste). Reste le cas très particulier de Brest centre où le candidat Nupes (Pierre-Yves Cadalen) est un rude concurrent pour Jean-Charles Larsonneur (majorité présidentielle, dissident).

Donc, à ce second tour, on ne trouve aucun candidat RN, même si ce parti est en nette progression par rapport à 2017. Deux exemples : à Hennebont, Aurélie Le Goff récolte 21,6 % des suffrages exprimés, alors qu’il y a cinq ans, Yvan Chichéry s’était contenté de 8,8 %. A Lorient, David Megel séduit 5 307 électeurs, tandis que Christian Mouton, en 2017, avait convaincu 3 642 citoyens, soit un gain de 1 665 voix ; on note, en particulier, une progression de 593 voix à Lorient et de 523 à Lanester, des cités pas habituées à voter pour le RN. Mais il faut compter avec les fins de mois difficiles, l’insécurité, l’immigration et le sentiment anti-Macron qui se développe dans les milieux populaires.

Annaïg Le Meur (Ensemble), député sortant de Quimper, n’a qu’un regret : « La montée du Rassemblement national » (Ouest-France, Finistère, lundi 13 juin 2022). En effet Christel Hénaff (RN) arrive en troisième position avec 5 339 voix (10,87 %).

C’est pas gagné pour Pierre-Yves Cadalen (Nupes-LFI)

Au soir du premier tour, à Brest centre, Pierre-Yves Cadalen (Nupes-LFI) non seulement domine ses adversaires, mais encore peut considérer avoir de fortes chances de devenir le futur député. Les chiffres parlent : il engrange 12 135 voix (31,91 %), alors que le suivant, Jean-Charles Larsonneur (député sortant, majorité présidentielle, dissident) n’en récolte que 5 936 (15,61 %) ; soit une avance de 6 000 voix. C’est plié diront les esprits rapides. Pas du tout puisque Cadalen ne semble pas posséder de réserves significatives ; on pourrait même considérer qu’il a fait le plein au premier tour. Alors que Larsonneur peut se flatter de pouvoir récupérer les voix des deux autres candidats macronistes : Marc Coatanéa (ancien PS, candidat investi par Ensemble, 5 159 voix) et Mikaël Cabon (militant de base LREM, dissident, 1 451 voix) ; ils étaient donc trois à revendiquer leur appartenance à la majorité présidentielle.

Dans ces conditions, Larsonneur peut prétendre disposer d’une base de départ de 12 500 voix. On voit mal la candidate de la droite Anne Gélébart (1 356 voix) appeler à voter pour l’insoumis Cadalen. Quel sera le comportement des électeurs de Réza Salami (PS dissident, 3 782 voix) ? Quel sera le choix des électeurs de Yvette Poullaouec (RN, 3 815 voix) ? Donc tout est possible. On a là 7 000 électeurs qui peuvent tout aussi bien aller à la plage, voter Cadalen ou Larsonneur…

Yvette Poullaouec n’a pas perdu de temps pour donner sa « consigne de vote » : « Le duel qu’on nous propose au second tour est une catastrophe pour la France, un désastre pour la France où il faut s’attendre à encore beaucoup souffrir. Je fais les 3/8, alors je sais de quoi je parle. J’estime que je me suis malgré tout bien défendue… Je n’irai pas voter au second tour. Ce soir, c’est un dégoût complet, un bien triste projet pour la France. » (Le Télégramme, Brest, lundi 13 juin 2022).

Le Parti breton a aligné 32 candidats

Pour un petit parti, parvenir à placer des candidats dans 32 circonscriptions – sur les 37 que compte la Bretagne – constitue un exploit militant. Joannic Martin à Saint-Brieuc. Héléna Marie à Dinan. Myriam Rolland à Guingamp. Bryan Tyli à Loudéac. Eric Poder à Lannion. Izold Guégan à Quimper. Sylvia Madec à Brest centre. Loïc Duprat à Brest Plabennec. Brigitte Le Ny à Landerneau. Aela Malet à Douarnenez. Claire Paingault à Quimperlé. Sébastien Girard à Rennes-Bruz. Maël Egron à Rennes-Cesson-Sévigné. Mathieu Guihard à Rennes-Montfort-sur-Meu. Jocelyne Devriendt à Redon. Maricela Murgeanu à Fougères. Etienne Gruenais à Saint-Malo. Karol Dolu à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande. Gildas Perrot à Nantes-Saint-Herblain. Maëlig Trédan à Nantes-Carquefou. Jacky Flippot à Châteaubriant. Donatienne Jossic à Guérande. Evelyne Desmaries à Saint-Nazaire. Maryse Renaudin à Paimboeuf-Pays de Retz. Maxime Cheneau à Vertou-le Vignoble. Jean-Jacques Page à Vannes. Alain Malardé à Auray. Pierre-Alexandre Lugué à Pontivy. Béatrice Laigre à Ploërmel. Jean-Louis Questiaux à Lorient. Christelle Rosconval à Hennebont.

Bien entendu, pas question d’obtenir les 5 % des suffrages exprimés qui permettent le remboursement des frais occasionnés par la campagne officielle. Seules les circonscriptions de Quimper (1,20 %), de Brest-Plabennec (1,58 %), de Quimperlé (1,81 %), de Rennes-Montfort-sur-Meu (1,26 %), de Nantes-Saint-Herblain (1,89 %), de Guérande (1,15 %), de Vannes (1,39 %), de Pontivy (1,01 %), de Hennebont (1,12 %) peuvent être prises en compte pour obtenir le financement public.

Aux élections législatives de 1973, le Parti breton SAV (Strollad ar Vro) avait présenté des candidats dans près de trente circonscriptions – trois permanents sillonnaient la Bretagne afin de trouver les fameux candidats. Mais également des locaux à Saint-Brieuc avec une secrétaire. Aucun problème d’argent puisque l’opération était financée par Jean Le Calvez, le président du parti. Ce Bigouden présentait en effet la particularité de travailler à Paris dans le « commerce international » (sic). Les mauvaises langues prétendaient qu’il exécutait une « mission » ; par exemple contenir la progression du PS, mais aussi identifier la mouvance bretonne. Une chose est certaine, après le décès de Georges Pompidou et l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing à l’Elysée, le « Parti breton SAV » disparut rapidement ; ainsi que le mensuel « Combat breton » – d’abord « de gauche », puis rapidement gauchiste – pour lequel un journaliste avait été embauché. Il faut croire que le « commerce international » ne rapportait plus… Ou que la « mission » était achevée.

Bernard Morvan

Crédit photo : DR
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Une réponse

  1. au moins on va voir si les candidats de la macronie seront épaulés par des électeurs de la droite mollassone

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