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La politique portuaire de la Bretagne pose question depuis de nombreuses années. On attendait donc le rapport de la chambre régionale des comptes sur ce sujet. Elle vient de le publier, et l’ambiance y est aussi morose qu’attendu.
Malgré sa géographie, la Bretagne reste un nain maritime : les cinq ports de commerce appartenant à la région (Brest, Lorient, Saint-Malo, Roscoff, Saint-Brieuc) ne représentent que 2 % du trafic portuaire français. Il est vrai que le rapport ne couvre que la région administrative : avec Nantes-Saint-Nazaire, la Bretagne intégrale affiche un tout autre tableau.
La région met beaucoup d’argent dans ses ports : en 2016-2020, elle y a investi en moyenne plus de 47 millions d’euros par an, soit 10 % de ses investissements totaux ! Pourtant, elle s’est montrée incapable de les dynamiser : de nouvelles lignes, peu de nouveaux trafics. La crise sanitaire n’a rien arrangé pour le transport de passagers et de marchandises avec le Royaume-Uni : l’activité a baissé de 74 % en 2020. « En 2021 l’activité des principaux ports de commerce bretons reste assez proche de celle de 2007 », écrit la Chambre avec peut-être un brin de cruauté, car la région a élaboré une stratégie de développement portuaire en 2009.
Les conteneurs manqués
Les conteneurs sont apparus un temps comme un eldorado. « L’objectif de développement du trafic de conteneurs en Bretagne est rappelé dans tous les principaux documents stratégiques de la région ou de ses concessionnaires portant sur les ports et la logistique publiés depuis plus de dix ans » note expressément la Chambre. Brest et Lorient-Kergroise nourrissaient des espérances qui ont été déçues depuis 2009. Le nombre de conteneurs manipulés à Brest décroît sans cesse depuis 2013 et rien ne s’est passé à Lorient.
Pourquoi ? La Chambre pointe expressément « l’insuffisance des actions de la région pour développer le trafic conteneur ». Le transport routier de marchandises « demeure économiquement largement plus intéressant pour les entreprises locales ». La région aurait-elle préféré ne pas être désagréable aux transporteurs ? La Chambre ne va pas jusqu’à le dire, mais elle souligne que la région n’a rien fait pour sensibiliser les entreprises au transport maritime.
L’accident industriel du port de Brest
La Chambre s’est spécialement intéressée au projet concernant le port de Brest, qui bénéficie d’une position privilégiée à proximité du rail d’Ouessant et qui dispose de réserves foncières importantes permettant des aménagements portuaires. Un projet de développement a été établi dès 2009. Son aspect le plus spectaculaire était « la construction d’un terminal industrialo-portuaire dédié aux énergies marines renouvelables (EMR) », autrement dit aux parcs éoliens offshore. Le coût global du projet était estimé en 2013 à environ 220 millions d’euros, dont 80 % pour le terminal EMR.
Les travaux devaient être achevés en 2020. Or, note la Chambre, « en avril 2019, alors que le chantier en était à ses dernières étapes, le constructeur et le maître d’œuvre ont constaté une déformation inquiétante dans la structure métallique du quai sur deux-tiers de sa longueur, ce qui a entraîné l’arrêt immédiat des travaux ». La solution choisie pour y remédier coûtera 92 millions d’euros supplémentaires ! La région ne devrait cependant en supporter directement que 10 millions d’euros.
Mais pour quoi faire ? Le projet Ailes Marines, qui portait sur la création d’un champ de 62 éoliennes géantes en baie de Saint-Brieuc devait servir de coup d’envoi au terminal EMR de Brest et entraîner la création de mille emplois directs en Bretagne. Mais une fois le projet retenu par l’État, ses promesses se sont dégonflées. Le nombre d’emplois prévus en Bretagne a diminué de moitié (une partie passant cependant de Brest à Saint-Nazaire) et une partie des constructions ont été délocalisées vers l’Espagne. Au lieu des sept cents emplois promis, Brest devrait en obtenir moins de deux cents !
Perspectives mitigées
Le retard pris par le chantier brestois pourrait avoir des conséquences désastreuses, car d’autres ports ont aussi sauté sur l’occasion – en particulier Cherbourg, où la région Normandie a investi sur un vaste quai EMR opérationnel depuis 2018, et Saint-Nazaire. Les perspectives futures du port de Brest dépendent « de projets de nouveaux parcs éoliens marins qui n’ont pas encore été décidés et de la capacité à attirer les entreprises du secteur, dans un contexte de vive concurrence avec d’autres régions, notamment en Normandie ».
La région Bretagne est-elle passée à côté de l’occasion ? Le pire n’est pas encore certain. Ce qui est certain, en revanche, est que « le bilan des axes de développement visés par la stratégie portuaire définie en 2009 et dans les documents ultérieurs reste mitigé ». Ce qui s’apparente à une critique sévère dans le langage châtié de chambre régionale des compte. On notera que Jean-Yves Le Drian, qui présidait alors la région, a refusé d’en parler avec la Chambre, laissant Loïg Chesnais-Girard se débrouiller seul…
Photo Jeanne Menjoulet via Flickr, [licence CC BY 2.0]
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3 réponses à “Politique portuaire de la Bretagne : insuffisante, selon la chambre régionale des comptes”
Quand on parle récession, d’immobilisme on nous prend pour des extrémistes « fachos » on commence simplement à voir les effets des politiques toutes tendances confondu il est clair on va dans le mur.
Il en sera ainsi, les p’tits gars, tant que les décisions concernant la Bretagne seront prises à Paris et non pas en Bretagne et par des Bretons
je pense qu’aucune de ces décision n’ont été prise à paris , mais TROP tardivement chez nous , en Bretagne. et puis un port c’est un endroit ou l’on débarque, puis ou l’on charge , ou réciproquement, mais ici à la pointe de la bretagne que voulez vous charger à part des patates ?
donc inintéressant pour les compagnies maritimes , même le train s’en mêle car d’où voulez vous rapatrier des containers à charger : Morlaix, Rennes , Carhaix , Quimper , Lorient ? aucune industrie nécessitant un conteneur : le lait de l’ex-synutra , ou le saumon de Mowi (par ailleurs excellent) à landi ? vouloir un port c’est vouloir une vraie industrie (qui malheureusement pollue ) est que c’est cela que nous voulons ?
par contre pour qui n’en veut, nous avons la place en dehors des zones humides s’entant, et nous avons la main d’œuvre à requalifier , nous avons même des des superconstructeurs comme Breizh-Immo (filiale de la région) pour les usines, alors qui n’en veut ?