Début d’incendie, personnel dépassé, pompiers appelés par un tiers : qu’est s’est-il passé à la prison de Vannes dans la nuit de vendredi à samedi ? [Exclusif]

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Tandis que le scandale du karting à la prison de Fresnes fait actuellement beaucoup parler, il en est un autre, étouffé celui-ci, que nous vous révélons aujourd’hui en exclusivité. Un début d’incendie a eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi au sein de la maison d’arrêt de Vannes, mettant en péril notamment les détenus sur tout un étage, avec un personnel en sous effectif, dépassé, et des pompiers… appelés à la rescousse par une personne extérieure à la prison, suite au signalement d’un détenu qui se sentait mourir… Retour sur une affaire qui pourrait faire du bruit.

La maison d’arrêt de Vannes, pas aux normes incendie ?

Nous sommes dans la nuit de vendredi à samedi, à la maison d’arrêt de Vannes. Dans une cellule, un détenu au moins (Lenny Nono Nzouanta  a été condamné à deux ans de prison ferme ce mardi en comparution immédiate) met le feu à un conduit d’aération qui permet également, sur tout le bâtiment, à l’air chaud de pénétrer dans les cellules en hiver, mais aussi…aux détenus de communiquer entre eux. Mais l’incendiaire va plus loin : avec un co-détenu, ils installent un ventilateur à proximité de la bouche d’aération, et le font tourner à plein régime. Très rapidement, d’épaisses fumées blanches gagnent d’autres cellules du premier étage et même du deuxième.

Les détenus se mettent à hurler, à taper contre leurs portes. L’incendie se tasse. Puis dans la nuit toujours, rebelote, en plus fort. Deuxième vague de fumées qui se propagent dans les cellules de l’étage.

Le surveillant n’avait pas les clés…

Le surveillant de nuit arrive, mais est impuissant : il ne peut pas ouvrir les cellules (il n’a pas les clés, accessibles uniquement via un gradé) la nuit. Et ne voit pas les fumées de là où il se trouve (elles sortent des conduits pour s’échapper directement via les fenêtres des détenus). Néanmoins, devant les hurlements et le tapage, il appelle son supérieur, en l’occurrence le directeur adjoint de la prison accompagnée d’un gradé de la prison, qui font le tour des cellules et qui les ouvrent, en mettant à l’isolement les détenus dans les douches, le temps que cela se tasse. Toujours pas d’appel aux pompiers. Aucun dispositif de sécurité incendie n’est mis en place dans les cellules, donc aucune alarme ne s’est déclenchée comme cela devrait être le cas dans n’importe quel établissement recevant du public (ERP).

Puis, ils décident une fois que cela se calme, de remettre les détenus en cellule, dont une personne asthmatique, qui explique qu’il ne peut pas retourner dans une cellule pleine de fumée. Qu’importe. Les détenus sont de nouveau enfermés. Le calme revient 20 minutes, avant qu’une nouvelle odeur de plastique brûlé ne remonte dans les cellules. Cette fois ci, les fumées ne sont plus blanches, mais noires.  Cette fois-ci, le conduit en feu est localisé, et l’incendie maîtrisé par les pompiers arrivés sur place (car appelés par une personne extérieure à la maison d’arrêt), avec un extincteur.

Plusieurs faits graves nous sont rapportés :

  • C’est un détenu se sentant mourir, qui a prévenu à l’extérieur, une personne qui a elle même a appelé les pompiers lors de la deuxième vague de fumées.
  • Si le feu a pu être mis dans le conduit d’aération principal, c’est parce que les grilles (20cm par 30cm) qui bloquent l’accès au conduit depuis les cellules, ont été enlevées. Ce serait le cas , et de longue date, dans la plupart des cellules de la maison d’arrêt de Vannes, ce qui constitue un manquement grave à la sécurité des détenus, et va à l’encontre des normes actuelles en matière de sécurité incendie.
  • Il est par ailleurs stipulé dans les règles pénitentiaires qu’à l’occasion de l’entrée et de la sortie de chaque détenu en cellule, un état des lieux, et un inventaire des matériaux brisés ou défectueux, doit être fait. L’absence de grilles sur les bouches d’aération témoigne donc d’un manquement à ce règlement.
  • Il existe dans les bâtiments des dispositifs de sécurité incendie mais pas dans les cellules qui ne sont donc pas aux normes.
  • A aucun moment, il n a été entrepris de contrôler le taux de monoxyde de carbone qui a potentiellement intoxiqué des détenus et les personnes présentes sur place. Seule la personne lourdement incommodée l’a été et a été extraite de sa cellule par les pompiers. La direction aurait demandé de la remettre en cellule par la suite, mais les pompiers ont insisté, vu l’état de la victime, pour l’amener à l’hôpital où elle passera toute la nuit sous surveillance. Le SAMU était également engagé.

Jusqu’à leur jugement ce mardi, les détenus ayant mis le feu à la bouche d’aération ont été identifiés par la direction de la maison d’arrêt et ont été placés.. à l’isolement, pour leur sécurité personnelle, mais également parce qu’une plainte a été déposée par l’administration pénitentiaire à leur encontre..

Une administration qui semble également préoccupée par le fait que ce qui s’est passé dans la nuit de vendredi à samedi ne fuite pas en dehors de la maison d’arrêt. C’est raté.  De leurs côtes, des détenus envisagent une action juridique collective pour mise en danger grave de la vie d’autrui, et une avocate aurait été prévenue. « Certains détenus ne se sentent plus en sécurité dans la prison, ça se comprend. Il y a une tension grandissante » nous dit-on.

Les surveillants pénitentiaires eux, sont désabusés. En sous effectif, mal payés, et visiblement très peu entendus par l’administration pénitentiaire alors qu’ils dénoncent depuis des années leurs conditions de travail tout comme les conditions de vie des détenus au sein de la maison d’arrêt de Vannes, ils sont, comme les détenus, victimes du délabrement continu de l’état de la maison d’arrêt.

« Il y aurait pu avoir un vrai drame dans la nuit de vendredi à samedi, avec des victimes, comme c’est déjà arrivé dans d’autres prisons en France » nous glisse une source, au courant de ce qui s’est passé cette nuit là. « Est-ce cela que les autorités attendent pour enfin réagir ? ».

Les prisons françaises, fabriques à récidivistes en puissance ?

La maison d’arrêt de Vannes est, comme beaucoup d’autres prisons en France, vétuste. Surpopulation carcérale, manque d’effectifs, le taux d’occupation y est de 190% selon les syndicats, avec notamment des matelas au sol mis pour accueillir les nouveaux arrivants…En 2010 déjà, un article faisait état d’une maison d’arrêt qui, vu son état, pourrait fermer ses portes

Nous vous invitons à prendre connaissance si dessous d’un rapport du Sénat sur l’état déplorable des prisons en France, là encore digne d’un pays en voie de tiers mondisation avancée, sachant qu’actuellement, et comme pour beaucoup d’autres secteurs (santé, sécurité, justice..), les moyens mis en oeuvre pour y remédier ne sont pas suffisants, ou inexistants. Au total, ce sont tout de même 45 établissements pénitentiaires français qui ont été considérés comme exposant les personnes détenues à des traitements inhumains ou dégradants par la justice française et/ou par la Cour européenne des droits de l’homme.

Que la population soit choquée que l’administration autorise des détenus, dont certains dangereux, à pratiquer le karting dans la cour d’une prison cela se comprend. Ce qui est moins compréhensible, c’est qu’il n y ait pas un consensus politique et les moyens mis en place pour permettre simplement à l’ensemble des détenus dans les prisons françaises de bénéficier d’une cellule individuelle, d’une douche et de sanitaires individuels, d’un accès à la bibliothèque, le tout dans des conditions sécuritaires et d’hygiène maximales pour détenus comme pour surveillants.

Un État qui traite ses détenus comme des animaux, alors qu’ils ont vocation à sortir un jour ou l’autre de prison, ne peut s’attendre qu’à retrouver des récidivistes en puissance, un jour ou l’autre, dans nos rues.

YV

Crédit photo : DR
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3 réponses

  1. Cela dénote une administration pénitentiaire en pleine déconfiture, les pouvoirs publics devant considérer que l’état et le nombre de prisons n’est pas une priorité ! Il vaut mieux s’occuper d’autres choses plus spectaculaires !!
    Pour remédier au manque de prison, pourquoi ne fait-on pas comme dans certains pays, confier la construction et la gestion des prisons au privé ?

Les commentaires sont fermés.

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