Corses, bretons ou alsaciens de Londres. Quelle est la place des identités régionales à Londres ?

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Terre d’accueil d’identités régionales conquérantes, Londres bouillonne de nombreux clubs, associations, points de rencontres témoins de la vitalité des appartenances régionales dont se nourrissent la France et l’Europe pour construire leur propre identité. Chaque année, les Corses de Londres célèbrent la mémoire de l’amiral et philosophe corse des Lumières, Pasquale Paoli, à l’abbaye de Westminster, où un buste lui est consacré. « Alsatia », dans le quartier de Farringdon, célèbre et redoutée au XVIIème siècle, rappelle le repaire des exilés Alsaciens, passés de l’Est vers l’Ouest, pendant la Guerre de Trente Ans et les désordres engendrées par les traités de Westphalie.

Récemment, une pétition circulait auprès de Sadiq Khan, maire de Londres, pour ériger un monument breton en faveur de La Bourdonnais, célèbre joueur breton d’échecs qui mit sur la place publique ce jeu oriental né aux Indes, lors d’un match contre Alexander McDonnell, quelques années avant l’Exposition universelle de Londres de 1851, organisatrice du premier tournoi international de ce genre. L’intellectuel, issu d’une grande lignée bretonne, lança la première revue franco-britannique d’échecs : Le Palamède, en référence à ce héros grec insurgé, repris dans la légende arthurienne, dénonçant la guerre longue et coûteuse faite par La Grèce aux Troyens.

Gascons, auvergnats, alsaciens, corses et bretons : les cinq identités régionales encore très présentes à Londres

Les premiers émigrés gascons fuyant à la reconquête française de 1453 ont rejoint les rives des ports anglais, de l’autre côté de la Manche. Certains ont pu bénéficier d’aides sous la forme de dons en argent : pensions sur la recette de l’Echiquier, sur les coutumes des ports (Londres, Bristol, Southampton, Boston, Ipswich), sur les revenus du subside et de l’aunage des draps dans la cité de Londres. Cet âge d’or gascon rayonne encore dans les rues de la City, où il est possible de profiter certains établissements comme le comptoir gascon ou le club gascon. Avec un site en reconstruction : www.auvergnats.co.uk , les auvergnats du Royaume-Uni ont aussi leur adresse dans la capitale britannique. Des événements sportifs et culturels fédèrent cette communauté régionale. Les auvergnats ont aussi formé des diasporas historiques en Espagne, et plus particulièrement en Castille, où nombre d’auvergnats se rendirent au XIXe siècle. Elles existent aussi aux Amériques, avec pour exemple le Canada avec les auvergnats du Saskatchewan mais aussi l’Argentine, et même les États-Unis comme en témoignent nombre de patronymes arrivés via Ellis Island.

L’association des alsaciens en Grande-Bretagne a été fondée en 1999. A Londres, elle mobilise plus de 300 membres. Son ancrage est ancien et jouit d’une notoriété historique liée au commerce des maisons de sel dans lequel les alsaciens étaient très actifs sur la Tamise. Son président fondateur JeanMichel Ditner a entrepris une carrière internationale dans le transport aérien au sein d’UTA, puis d’Air France, avant que la SNCF ne lui confie, à Londres, la responsabilité du lancement d’Eurostar. Au début des années 2000, il lance sa propre société, Investment Direct Limited, destinée à favoriser l’investissement de sociétés britanniques vers les régions françaises, après avoir créé l’Agence de développement de l’Alsace à Londres, en 1998. A l’inverse, pour aider au développement des entreprises au Royaume-Uni, Jean-Michel Ditner était un dynamique Conseiller du commerce extérieur de la France. Alsacien dans l’âme, il avait fondé L’Association des Alsaciens de GrandeBretagne. Il aimait profiter de la Saint Nicolas pour réunir sa communauté autour d’un vin chaud ou d’un Pinot noir, en dégustant une tourte alsacienne. Il a toujours cultivé un vibrant esprit associatif, notamment au sein de la Fédération des associations françaises de Grande-Bretagne, dont il a assuré la présidence de 1999 à 2002. Les corses de Londres composent un regroupement historique de la présence des identités régionales à Londres.

Chaque année, les corses de Londres commémorent la mémoire de l’amiral et philosophe corse Pasquale Paoli à l’abbaye de Westminster, où un buste lui est consacré. Cinq villes des États-Unis portent également le nom de ce héros qui a fait de la Corse un État constitutionnellement indépendant en 1755. Les britanniques ont beaucoup d’estime pour cet exilé corse reconnu dans le monde intellectuel anglo-saxon, en rupture avec son contemporain qui défia l’amiral Nelson et envisageait déjà à 23 ans de repousser la présence britannique dans le golfe d’Ajaccio et son accès stratégique au port de Toulon : Napoléon Bonaparte…

Les bretons quant à eux ont bénéficié d’une amicale bretonne historique : les « Breizous » aujourd’hui mise en sommeil. Ce réseau a été relancé en 2017 via l’association des cadres bretons et sa commission de prospective Kavadeen (qui signifie « découvertes »). L’un des projets envisagés pour rendre la présence bretonne plus visible à Londres visait à mettre en valeur une figure bretonne à travers une statue. Des recherches ont rapidement identifié le célèbre maître d’échecs La Bourdonnais qui repose à Kensal Green Cimetery, aux côtés de John McDouall Stuart, explorateur de l’Australie. Précurseur de la première revue franco-britannique d’échecs, Le Palamède, son intuition lui permit d’anticiper le formidable essor qu’allait connaître le jeu d’échecs en Europe, grâce à un célèbre match qui l’opposa avec le londonien Alexander McDonnell en 1834. Quinze ans plus tard, le premier tournoi international eut lieu à Londres, en marge de l’Exposition universelle de 1851. La Bourdonnais a aussi vulgarisé et publié les mémoires de sa famille mandatée par la Compagnie des Indes, et de son grand-père, gouverneur de l’Ile Maurice, trait d’union des cultures en temps de paix dans l’Océan indien entre France et Angleterre, à la croisée de l’Inde langoureuse et de l’Afrique nonchalante.

Kevin Lognoné

Crédit photo : DR

[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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