Sécession ou Reconquête ? Victor Aubert : « Il s’agit d’une question que tout militant se pose lorsqu’il veut s’engager » [Interview]

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Nous l’avons annoncé récemment, le samedi 5 novembre à Paris se tiendra le colloque d’Academia Christiana sur le thème : Sécession ou Reconquête ? Pour évoquer ce colloque, et plus globalement, les deux notions qui seront détaillées et débattues par les différents intervenants, nous avons interviewé Victor Aubert, président d’Academia Christiana.

Inscriptions ici  (obligatoire) : https://my.weezevent.com/colloque-academia-christiana

Breizh-info.com : Tout d’abord, quel bilan tirez-vous de l’UDT Academia Christiana 2022 ainsi que de l’Oktoberfest que vous avez récemment organisé ?

Victor Aubert : Nous nous réjouissons du succès de ces deux évènements qui ont permis à la fois de fédérer nos bénévoles qui gagnent chaque année en expérience et fournissent un travail impressionnant, mais aussi de former les plus jeunes en leur donnant une colonne vertébrale intellectuelle. Ce qui ressort de ces évènements, c’est l’énergie et l’espoir qui s’en dégagent. Se retrouver aussi nombreux dans de telles conditions permet à ces jeunes de ne plus se sentir seuls et leur donne envie de s’engager.

Breizh-info.com : Sécession ou Reconquête, tel est le titre du colloque que vous organisez à Paris début novembre. Pourquoi la Sécession ? Pourquoi la Reconquête ? Comment avez-vous choisi vos intervenants ?

Victor Aubert :Il s’agit d’une question que tout militant se pose lorsqu’il veut s’engager. La sécession c’est le « Pari bénédictin » de Rod Dreher, une prise de recul vis-à-vis d’une société qui détruit les individus et nous pousse à gaspiller nos énergies dans des combats perdus d’avance. C’est aussi la recherche d’autonomie par la prise d’initiative : ne plus attendre les solutions de l’Etat et du marché, mais chercher à créer des solutions par nos propres moyens : mouvements militants, écoles libres, associations, entrepreneuriat, communautés… Faire sécession, c’est se prendre en main en recréant des solidarités par le bas. Plutôt que de passer son temps à gémir sur les maux de notre époque, il s’agit de consacrer son énergie à bâtir la civilisation qui succèdera à celle qui s’effondre aujourd’hui. C’est sortir du monde pour être en prise avec le réel et préparer le terreau sur lequel naîtra le monde de demain, mais surtout faire le choix d’épargner les siens, en pariant sur les cellules sociales les plus primitives : la famille, la communauté, le village.

La reconquête est un concept plus politique qui sous-entend la prise du pouvoir. C’est l’idée qu’il faut conserver l’Etat et les institutions actuelles en les investissant par des personnes qui partagent nos idéaux. En effet, seul un Etat fort est à même de réguler les flux migratoires, de réformer les lois iniques qui ont été mises en place ces trente dernières années et de sauver notre économie du désastre. On ne peut pas proposer un modèle familial traditionnel uniquement en montrant l’exemple, il est nécessaire que les propositions viennent d’en haut. Être du monde sans être de ce monde et tout faire pour le changer de l’intérieur, pour l’influencer et le réorienter. C’est d’ailleurs en ce sens que nous avons publié notre programme politique, pour inspirer des élus qui partagent notre vision du monde.

Nous avons essayé d’avoir des intervenants plutôt jeunes et sensibles à ce dilemme. Nous attendons encore des réponses d’élus et de cadres de partis politiques, mais comme la France est un pays ou le politiquement correct et la peur de la diabolisation fonctionnent encore, ces derniers n’osent pas forcément prendre la parole publiquement sur ces sujets.

Breizh-info.com : Comme le terme Identitaire il y a quelques années, les termes de Sécession et de Reconquête sont particulièrement présents dans le débat public (y compris d’ailleurs lorsque l’on évoque les sécessions, de fait, de certains quartiers et même certaines zones très larges de l’hexagone). Est-ce à nouveau une victoire sémantique que d’avoir su imposer ces termes ?

Victor Aubert : Cela montre en effet que le travail métapolitique des médias et des laboratoires d’idées de notre mouvance finit par payer, mais aussi qu’il s’agit d’un sujet bien réel. La conscience du déclin ou de l’effondrement n’est plus une lubie réactionnaire ou survivaliste. Malgré la chape de plomb médiatique, de nombreux Français ont pris conscience que nous entrons dans une époque charnière.

Cette victoire précède-t-elle la victoire politique ? Comment expliquez-vous que finalement, ces notions trouvent encore peu d’écho, non pas médiatiquement, mais dans la vie politique traditionnelle française ? N’y a-t-il pas une forme d’aveuglement volontaire de nos élites, ou alors une certaine lâcheté politique qui conduit à faire de la 5ème République un socle inébranlable quand bien même il s’effondrerait de partout ?

La politique politicienne est depuis longtemps un gagne-pain. Beaucoup d’élus se battent pour conserver leur siège mais surtout leurs indemnités. Cela explique en partie l’absence d’alliance nationale à droite et des discours très convenus afin de paraître de bons technocrates centristes rassurants. N’oublions pas que deux de nos ministres actuels ont soutenu La Manif Pour Tous en 2013. Par ailleurs, les débats à l’Assemblée Nationale ou dans les Conseils Régionaux sont souvent à mille lieues des préoccupations réelles des Français ; tout est abordé sous le prisme des enjeux d’urbanisme et d’autres fadaises de statisticien. La dissidence même cache parfois un certain conformisme. En accusant les membre de Reconquête de nazisme, Marine Le Pen participe au renforcement du politiquement correct qui envahit déjà l’univers politico-médiatique.

Breizh-info.com : Avez-vous des exemples concrets de Sécession, à l’heure d’aujourd’hui, en Europe ?

Victor Aubert : Beaucoup d’individus ont fait en partie sécession. N’allant plus voter, ils cherchent des solutions par le bas, mais il ne s’agit que d’actes isolés. A gauche, il y a les habitants du Larzac, Notre Dame des Landes, et des milliers d’initiatives de fermes, de circuits courts, d’AMAP, de bibliothèques partagées, de réseaux communautaires. A droite, il n’y a pas grand-chose, même si de petites initiatives commencent à percer. Les persécutions auxquelles ont fait face les militants de l’Alvarium expliquent aussi que ces initiatives peinent à se développer. J’aime beaucoup l’exemple du lander bavarois qui tout en étant moderne réussit à conserver son identité et une économie locale prospère et enracinée dans une tradition régionale.

Sur le plan spirituel il y a l’exemple bénédictin : des communautés d’hommes qui vivent non pas dans le passé mais hors du temps. Je vous invite à visiter l’une d’elle : Solesmes, Le Barroux ou Fontgombault… Vous constaterez à quel point cet exemple de « sécession » dégage à la fois une grande sérénité et une profonde fécondité.

Breizh-info.com : La Sécession ne doit-elle pas finalement précéder, car en consolidant les bases, une nécessaire Reconquête ?

Victor Aubert : C’est mon opinion personnelle, mais nos intervenants seront là pour en débattre. Il me semble nécessaire de ne pas gaspiller nos énergies dans des combats qui ne sont pas à notre taille. Une communauté locale peut sans doute s’opposer avec succès à l’invasion migratoire de son village breton, mais il me semble aujourd’hui impossible d’envisager l’arrivée au pouvoir d’un parti proposant une vraie politique de restriction des flux. Voilà pourquoi je crois qu’il est plus raisonnable de chercher à sauver ce qui peut l’être encore, en espérant que les petits-enfants de nos petits-enfants bâtiront sur nos fondations.

Breizh-info.com : Dernière question enfin : j’expliquerai mon absence lors d’une intervention que vous me ferez l’honneur de diffuser lors de ce colloque. Vous concernant, ne pensez-vous pas qu’il faille, demain, rompre définitivement avec Paris, et plus globalement avec les métropoles, pour mieux les reconquérir un jour ?

Victor Aubert : A titre personnel, vrai parisien, j’ai fait le choix de m’installer en Normandie depuis 2015. Je partage donc les raisons de votre geste symbolique. Ayant la tête un peu moins dure que celle d’un Breton, il m’arrive encore de faire quelques compromis avec la vie parisienne où se situent encore quelques pôles importants, ne serait-ce que pour toucher des étudiants et de jeunes professionnels. A terme, il faudra bien organiser nos colloques dans nos provinces, mais vous remarquerez que nous avons déjà initié cela depuis dix ans avec nos universités d’été !

Propos recueillis par YV

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2022, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

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2 réponses à “Sécession ou Reconquête ? Victor Aubert : « Il s’agit d’une question que tout militant se pose lorsqu’il veut s’engager » [Interview]”

  1. Dominique dit :

    Tant que subsiste l’espoir de la Reconquête, on ne pense pas à la Sécession. Elle est pourtant nécessaire non seulement pour vivre normalement, et pouvoir reprendre ses droits.

  2. Dominique dit :

    Et surtout, il faut savoir que l’empire est la matrice de nos ennemis. Sécession et reconquête seront un long combat :
    https://www.voltairenet.org/article215897.html

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