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Le tourisme de masse est un désastre écologique et social. Toujours analysé sous le seul angle économique, les problèmes qu’il génère sur les ressources du territoire, le patrimoine et sur les populations locales sont rarement évoqués. C’est cette prise de conscience qui a mu l’action de l’adjoint au tourisme de la région Haut Adige, à la frontière avec l’Autriche.
Arnold Schuler vient de faire approuver une mesure restrictive qui impose des limites concrètes à l’accueil des touristes dans la province de Bolzano. « Nous nous sommes rendus compte que notre territoire, notre communauté et nos ressources comme l’eau et l’énergie étaient arrivés à un niveau d’exploitation qui ne pouvait et ne devait plus être dépassé. » Dès cet été, les réservations de lits ne pourront excéder un certain nombre (239 088), et devront être réparties par communes. Ces dernières auront à leur tour la charge de répartir les quantités autorisées aux structures touristiques sur la base des disponibilités qu’elles auront préalablement communiquées. Une fois le seuil de la localité atteint, il ne lui sera plus possible d’accorder de nouvelles autorisations à l’ouverture ou l’extension des capacités d’accueils des hôtels, campings et autres B&B.
Cela limitera à 34 millions de nuitées sur toute l’année 2023, pour une province de 533 581 habitants. Ce toit devrait permettre de ne pas dépasser les 100.000 visiteurs par jour, l’enjeux étant de retrouver un équilibre entres ces derniers et les locaux. Une nécessité au vue des excès générés par le tourisme de masse.
Certes, les restrictions, les méthodes coercitives ne sont pas agréables, et il est sûr que certains en pâtiront. La mesure d’Arnold Schuler défavorisera ceux qui n’ont pas la possibilité de s’organiser avant les autres, et favorisera peut-être aussi les grandes structures. Mais le tourisme ne sera une ressource pour le territoire que s’il est correctement géré, donc limité. En ce sens, le tourisme éthique, le tourisme solidaire, ou encore l’écotourisme resteront de jolis mots s’ils ne sont pas liés à un sens de la mesure, qui, dans le cas qui nous occupe se traduit dans une réduction pure et simple des voyages. Pareillement, pour les tentatives « d’éduquer au voyage », de « responsabiliser à l’environnement » etc : quand bien même tous les touristes deviendraient respectueux et consciencieux, cela ne résoudrait pas le problème de la concentration en un lieu donné et de toutes les conséquences néfastes qu’elle induit forcément. Pareillement pour ces millions d’Occidentaux qui s’autoproclament « voyageurs et non touristes », qui vantent « un tourisme hors des sentiers battus » : si tous vont hors des sentiers battus, ces derniers deviennent nécessairement battus !
Le bougisme alimenté par la société de consommation dont l’essence est de générer le désir (les images d’endroits paradisiaques qui défilent sur les réseaux sociaux n’ont pas d’autre but) et le culte du profit qui lui est lié, ont irrémédiablement ravagés des lieux enchanteurs, pendant que d’autres sont devenus des enfers sur Terre croulant sous le nombre.
Les Dolomites, la chaîne de somptueuses montagnes de la région Haut Adige ne sont pas en reste, prises d’assaut elles aussi par la multitude. Les monts ne sont plus désormais un lieu de retirement et d’isolement mais un parc d’attraction où l’on s’entasse. Les images des interminables queues de personnes attendant leur tour pour grimper sur les montagnes les plus prisées en attestent. On ne peut donc que saluer la décision de l’adjoint au tourisme de Bolzano.
Queue pour monter sur l’Everest.
Partir, et souvent partir loin pour les vacances annuelles est devenu un diktat auquel peu sont prêts à renoncer. Mais est-il vraiment nécessaire de partir tous les étés ? D’avoir fait le tour de la planète à 40 ans ? De vouloir absolument se rendre dans tous les endroits pittoresques vus en photo ?
À l’heure de la propagande écologique à tout va, le thème n’est pourtant pas très en vogue. Preuve de l’hypocrisie des discours green qui ne touchent jamais ni à la globalisation, ni à la limite, ni à la quantité.
Audrey D’Aguanno
6 réponses à “Tourisme de masse : la province de Bolzano dans le Sud-Tyrol impose des mesures restrictives”
Peut être faudrait il adopter cette méthode pour lutter contre le nombre croissant d’envahisseurs dans notre pays !!!!!!
On ferait peut-être bien de prendre les mêmes mesures dans certains endroit de notre Bretagne… (exemple la région de Fouesnant)
Il faut revenir au tourisme des années 1900 à 1930, pratiqué par une élite de gens aisés, aimables, cultivés, vivant dans leur entre-soi, respectueux de la nature et peu nombreux, et obliger la plèbe vulgaire à rester là où elle habite, ou à la limite l’autoriser à aller une fois par an se ressourcer à Euro-Disney, à la condition qu’elle y aille en train (en 2e classe, bien entendu). Bref, cet article me fait penser à la fin cauchemardesque du livre « À l’Ouest du temps » de John Brunner.
Il y a du vrai dans ce que vous dîtes Henri. Et cependant, le fait que les riches peuvent tout et les pauvres très peu ne change rien au problème qui est posé là. Celui de la notion même de tourisme qui fait de nous des voyeurs piétinneurs de plate-bandes par principe. Alors même que tout nous appelle à devenir des citoyens demandeurs de compte et des bâtisseurs de projets intelligents. C’est un vrai problème de société qui est posé là.
Les pauvres n’ont qu’à crever, hein Henri?
L’industrie du tourisme -car c’en est une- doit être repensée en profondeur. Il faut impliquer ceux qui en vivent, les contraindre à contribuer financièrement aux dégâts et aux nuisances générés par leur clientèle. Lorsqu’un hôtel ou une attraction quelconque s’implante sur un site, en raison de son attractivité paysagère ou autre, ils prennent ce site en otage, aux seules fins lucratives. Il faut donc qu’ils paient une contrepartie, qu’ils répercuteront forcément, dans leurs prix. Ce qui de facto, réduira le nombre de visiteurs. Surtout, les visiteurs d’un jour…On peut également envisager un système de taxation, destiné à dédommager les habitants des lieux -qui ne sont pas tous des commerçants- pour les inévitables désagréments qu’ils vont subir, le temps qu’affluent les touristes. Dans un monde où tout est réglementé, ou tout est évalué à l’aune des conséquences générées, on comprend mal, que seul le petit monde très fermé des promoteurs et autres hôteliers, passe au travers des mailles de l’écologie punitive qui s’abat sur le reste du monde…