Le 21 août dernier, près de 500 kg de bars de taille inférieure à 40 cm ont été découverts dans deux coffres de la criée du Guilvinec (Finistère) et détruits, sans mise en vente. La CCI, gestionnaire de l’équipement, a confirmé la destruction des poissons.
Dans un communiqué du 22 août, l’Association des Ligneurs de la Pointe de Bretagne affirme qu’il s’agissait d’un « coup de senne d’un bolincheur de Douarnenez » ayant débarqué la veille 1,6 tonne de bars. Les ligneurs décrivent : « Deux grands coffres de criée remplis de bar sous taille sont découverts dans un recoin discret de la criée du Guilvinec ».
Ligneurs contre bolincheurs
Les ligneurs dénoncent une pratique « à priori “légale” mais purement irresponsable » : « Un bolincheur réalise un coup de senne sur un banc de bar, débarque l’ensemble de sa pêche à la criée du Guilvinec, réalise le tri des bars sous taille dans la criée et vend la part “légale” de sa capture. Le reste de sa pêche, des bars de taille inférieure à 40 cm, est détruit… ».
Ils estiment que la bolinche, une senne coulissante capable de capturer plusieurs tonnes d’un coup, est inadaptée : « Cette technique […] peut provoquer la mort inutile de milliers d’individus immatures ».
Le patron du navire mis en cause rejette ces accusations : « Ce poisson hors taille, ce n’est pas moi qui l’ai débarqué, ce n’est pas mon poisson ! […] Le signal [AIS] peut avoir régulièrement des ruptures, ça arrive fréquemment à tous les bateaux ! ». Cité par le journal le Télégramme le 25 août, il ajoute : « Le poisson que j’ai débarqué, je l’ai pêché en dessous du 48e, en toute légalité ».
Enquête demandée par les bolincheurs et le CRPMEM
L’association des bolincheurs de Bretagne, qui regroupe 27 navires, a réagi par la voix de son président, Yvon Le Lay : « Si ces faits se révélaient exacts, l’association des bolincheurs ne cautionne pas et ne cautionnera jamais de tels abus, elle condamne fermement ces faits s’ils sont avérés ». Il a insisté sur le caractère isolé : « Il ne faudrait en aucun cas mettre tous les bolincheurs dans le même sac ».
Le Comité régional des pêches de Bretagne (CRPMEM), dans un communiqué du 26 août, a rappelé qu’il est « rigoureusement interdit de pêcher et débarquer du poisson hors taille ». Son président, Olivier Le Nézet, déclare : « S’ils sont avérés, les faits imputés sont graves. Il est regrettable qu’un seul navire jette l’opprobre sur toute une flottille. […] Nous appelons à ce que toute la lumière soit établie ». Le CRPMEM annonce se réserver la possibilité de se constituer partie civile.
Les bars destinés à être jetés à la criée du Guilvinec. Source : page Facebook des Ligneurs de la Pointe de Bretagne.
Une ressource fragile
Ce gaspillage survient alors que l’Ifremer alerte sur l’état des stocks : en 2023, seuls 58 % des poissons débarqués en France provenaient de populations exploitées durablement, tandis que 31 % étaient issus de stocks en déclin. Des espèces comme la sole de Manche Est, le merlan ou le lieu jaune sont désormais classées en effondrement.
Pour les ligneurs, cet épisode illustre le choix politique à opérer entre la logique industrielle et la pêche artisanale sélective. Comme le résume le CRPMEM : « Quel que soit le métier exercé, les pratiques de pêche répréhensibles ne peuvent être laissées sans réponse ».
Crédit photo : page Facebook Ligneurs de la Pointe de Bretagne (photo d’illustration)
[cc] Breizh-info.com, 2025, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine