État des populations de poissons en France : un bilan contrasté pour la pêche durable

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Chaque année, l’Ifremer dresse un état des lieux des populations de poissons pêchés en France. Le bilan 2024, publié en février 2025, livre des résultats mitigés : 58 % des poissons débarqués en 2023 proviennent de stocks exploités durablement, un chiffre en hausse par rapport à 2022 (52 %), mais le renouvellement des populations reste préoccupant. Si certaines espèces se portent bien, d’autres montrent des signes d’effondrement, et la surpêche continue de peser sur certaines zones maritimes.

Une tendance à l’amélioration, mais un équilibre fragile

En 2023, 323 000 tonnes de poissons ont été débarquées en France hexagonale, un chiffre en baisse par rapport à 2022 (346 000 tonnes) et bien en deçà des années 2010-2018, où les débarquements dépassaient les 400 000 tonnes.

Si la part des populations en bon état augmente légèrement, la situation reste fragile. L’étude met en évidence une baisse alarmante du recrutement des jeunes poissons, c’est-à-dire le nombre de juvéniles atteignant l’âge adulte et assurant le renouvellement des stocks. 31 % des poissons pêchés proviennent de populations dont le renouvellement est en déclin, alors que seulement 20 % montrent une tendance à la hausse.

D’après les chercheurs de l’Ifremer, cette stagnation s’explique par un cumul de facteurs : surpêche, destruction des habitats marins, pollution et réchauffement climatique.

Les espèces sous pression : morue, merlan, sole et sardine en difficulté

Certaines espèces affichent des signes inquiétants de déclin. C’est le cas de la morue en mer de Barents et de Norvège, qui a vu son statut passer de « en bon état » à « surpêché » en un an. Le merlan, la sole de Manche Est et le lieu jaune sont également classés comme effondrés, témoignant d’un déséquilibre persistant.

La sardine du golfe de Gascogne, autrefois en crise, a récemment montré une amélioration et est désormais classée « reconstituable ». Cependant, son état varie fortement d’une année sur l’autre, notamment à cause du changement climatique qui modifie la température des eaux et l’abondance de nourriture.

Des disparités selon les zones maritimes

1. Manche et mer du Nord : une situation stable mais incertaine

  • 56 % des poissons débarqués proviennent de populations en bon état, un chiffre stable.
  • La coquille Saint-Jacques et le hareng se portent bien.
  • Mais le lieu noir est désormais considéré comme surpêché.

2. Mer Celtique et ouest de la Manche : une progression en trompe-l’œil

  • Près de 50 % des populations sont en bon état, une nette amélioration depuis 2010.
  • Mais les volumes de pêche ont chuté de 150 000 tonnes (2011-2018) à 122 000 tonnes en 2023.
  • L’impact du Brexit, avec une perte de zones de pêche pour la flotte française, accentue cette baisse.

3. Golfe de Gascogne : peu d’amélioration

  • Seuls 39 % des poissons débarqués sont issus de populations en bon état, sous la moyenne nationale.
  • Les captures ont chuté de 101 000 tonnes en 2014 à 71 000 tonnes en 2023.
  • La sardine, qui représente 20 % des débarquements, a connu des fluctuations préoccupantes.

4. Méditerranée : un manque criant de données

  • Les stocks restent très mal connus, avec 50 % des poissons non évalués.
  • Certaines espèces, comme le thon rouge, montrent des signes de récupération.
  • La daurade royale, une des espèces les plus pêchées, fait l’objet de nouvelles études via une technologie d’écoute sous-marine.

Quelles perspectives pour la pêche en France ?

Les scientifiques soulignent l’importance de surveiller le recrutement des jeunes poissons pour anticiper l’avenir des stocks. Si l’Ifremer appelle à ne pas relâcher les efforts en matière de gestion durable, certains défis restent majeurs :

  • La gestion du poulpe en Bretagne, dont les captures ont explosé entre 2021 et 2022 avant de retomber en 2023. Son abondance soudaine reste mal comprise, et il n’existe pas encore de quotas adaptés.
  • Les conséquences du changement climatique, qui modifie la disponibilité des ressources alimentaires des poissons et leur répartition géographique.
  • La nécessité d’améliorer la collecte des données sur certaines espèces comme la daurade ou le poulpe, afin d’adapter la gestion des stocks.

Vers une refonte de la politique de la pêche ?

Le Rendement Maximum Durable (RMD), principe central de la Politique Commune de la Pêche, vise à garantir une exploitation soutenable des ressources marines. Cependant, l’objectif de 100 % des populations exploitées à ce niveau n’est toujours pas atteint.

La répartition des quotas de pêche, notamment après le Brexit, continue de créer des tensions entre les pêcheurs français et leurs homologues européens. L’enjeu est d’équilibrer la préservation des ressources et la viabilité économique des flottilles françaises, déjà fragilisées par la hausse des coûts d’exploitation et la pression réglementaire.

Face à ces défis, les pêcheurs bretons et français risquent d’être de plus en plus contraints par des régulations strictes, alors que certaines décisions politiques favorisent l’importation de poissons issus de pêches moins durables hors d’Europe.

L’état des populations de poissons pêchés en France montre une relative stabilisation, mais les signaux d’alerte sont nombreux. L’amélioration observée depuis 2010 semble marquer le pas, notamment à cause du manque de renouvellement des stocks et de la pression toujours trop forte sur certaines espèces.

Si les efforts de gestion durable ont porté leurs fruits sur certaines espèces, le manque de données sur d’autres empêche une véritable visibilité à long terme. Entre réglementation européenne, pression économique et adaptation aux changements climatiques, les prochaines années seront cruciales pour l’avenir de la pêche française et bretonne.

Photo : Pixabay (cc)
[cc] Breizh-info.com, 2025 dépêche libre de copie et diffusion sous réserve de mention de la source d’origine

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