Chats et sorcières : une histoire européenne entre peur, foi et superstition

Autrefois vénérés, aujourd’hui choyés, les chats ont connu un destin singulier dans l’histoire de l’Europe. Si près d’un tiers des foyers occidentaux en possèdent désormais un, leur image reste marquée par des siècles de légendes noires. Le chat, surtout lorsqu’il est noir, demeure lié à la figure de la sorcière — une association née au cœur du Moyen Âge chrétien, entre persécution religieuse, superstitions populaires et peur du paganisme.

Des compagnons du foyer aux créatures du diable

C’est en Europe médiévale que naît cette confusion entre les félins et la sorcellerie. Vers le XIIIᵉ siècle, la papauté de Grégoire IX publie la bulle Vox in Rama (1223), l’un des premiers textes reliant explicitement les chats — et surtout les chats noirs — à des pratiques sataniques. Le document évoque des rituels de sorcières rendant hommage à un chat noir, perçu comme l’incarnation du démon.
À partir de là, le destin du félin bascule : compagnon discret des campagnes et gardien des greniers, il devient aux yeux de l’Inquisition un messager du Malin.

Les chasses aux sorcières, qui s’intensifieront aux XVe et XVIe siècles, entraînent aussi la persécution des chats, brûlés, noyés ou pendus en place publique. Dans certaines régions d’Europe centrale ou de France, des fêtes populaires consistaient même à jeter des chats vivants dans le feu pour éloigner le malheur — preuve que la superstition s’était substituée à la raison.

L’héritage des peurs païennes

Mais cette peur du chat, en particulier du chat noir, ne vient pas uniquement de la religion. Elle plonge ses racines dans une mémoire plus ancienne : celle de la rivalité entre l’homme et le félin sauvage. Depuis la Préhistoire, les grands félins — lions, panthères, lynx — représentaient pour l’humanité primitive des prédateurs redoutables. Cette crainte ancestrale du chasseur nocturne, silencieux et imprévisible, s’est transmise jusque dans l’inconscient collectif.

Les païens, au contraire, vénéraient souvent le chat : les Égyptiens honoraient Bastet, déesse protectrice des foyers, représentée sous la forme d’une chatte. En Europe du Nord, la déesse Freyja, associée à l’amour et à la fertilité, se déplaçait sur un char tiré par deux chats géants. Ce contraste entre le symbolisme païen et la condamnation chrétienne explique sans doute pourquoi l’Église médiévale a voulu éradiquer ces symboles ambigus, jugés contraires à la foi.

Des familiers des sorcières aux icônes modernes

Dans la littérature et la culture populaire, les chats n’ont cessé d’accompagner les sorcières. Shakespeare, dans Macbeth, leur prête même le rôle d’« esprits familiers » assistant les magiciennes dans leurs maléfices. La légende veut que certaines sorcières pouvaient se métamorphoser en chats pour échapper à la justice et se faufiler dans les maisons la nuit.

L’imaginaire du chat noir comme créature mystérieuse s’est renforcé au fil des siècles : yeux luminescents, déplacements furtifs, indépendance farouche… tout concourait à en faire un symbole du mystère et de la nuit. Pourtant, à l’aube du XXe siècle, la culture populaire a réhabilité le félin. De Félix le Chat au paresseux Garfield, les chats sont redevenus des figures familières et attendrissantes — sans pour autant perdre leur aura d’ambiguïté.

Le chat noir, miroir de nos peurs

Aujourd’hui encore, le chat noir reste un symbole double, oscillant entre superstition et affection. Pour certains, il porte chance ; pour d’autres, il demeure porteur de malédiction. Sa couleur, son autonomie et son silence rappellent ce que l’homme redoute le plus : l’indépendance et le mystère.

En définitive, le chat n’a jamais cessé d’être un miroir de la psyché humaine : d’abord dieu, puis démon, et enfin compagnon du quotidien.
Mais derrière son regard doré, il conserve une part d’ombre — celle que nos sociétés rationalistes ont héritée du Moyen Âge, quand l’obscurantisme faisait des flammes du bûcher l’ultime lumière de la peur.

Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT.

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5 réponses à “Chats et sorcières : une histoire européenne entre peur, foi et superstition”

  1. Durandal dit :

    Bonjour,

    Le chat est aimé dans notre société pour son infidélité, sa cruauté, et son détachement, parce que beaucoup de gens rêvent de pouvoir se comporter ainsi.

    Cdt.

    M.D

  2. Michel BERAUDO-MARCH dit :

    Le chat a été et est au contraire considéré comme sacré dans de nombreuses civilisations, comme l’Égypte ancienne, le Japon, …

  3. guillemot dit :

    Dans certaine maison de retraite, les chats sont favorablement accueillis , ils apportent le calme et la sérénité

  4. RAYMOND NEVEU dit :

    El gato que aqui se puede llamar don Balbino!

  5. RAYMOND NEVEU dit :

    Nous venons d’écouter notre ami de Villiers…ne retenons que son apologue…bientôt il va nous faire croire qu’il descend du chef vendéen Charette… à voir avec Stassinet!!! Il délire ce Villiers qui est originaire de Lorraine! S’il ne connaît pas sa généalogie on va la lui foutre sous le nez! Je comprends ceux qui déclarent qu’il ne répond pas lorsque les remarques ne lui conviennent pas! Il se saoule de ses propres paroles prenant souvent ses deux adjoints pour des demeurés!

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