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Autrefois, on débattait d’idées : tout le monde partageait la même réalité, on se disputait sur ce qu’il fallait en faire. Aujourd’hui, chacun vit dans son récit.
C’est peut-être la phrase, tweetée récemment par Pierre Sautarel, animateur du site Fdesouche, la plus inquiétante de notre époque.
Car lorsque les hommes cessent de partager la même réalité, ils cessent d’appartenir à la même civilisation. Et bientôt, à la même espèce.
La fin du réel
Autrefois, la querelle politique était rude, mais elle se déroulait dans un univers commun. On admettait les faits. On débattait de la route à suivre, pas de l’existence même de la route. Aujourd’hui, nous vivons dans des mondes parallèles, cloisonnés par des écrans, des algorithmes, des idéologies auto-référentielles. Chacun s’enferme dans son récit – sa bulle cognitive, sa tribu narrative –, persuadé que les autres sont fous, dangereux, ou contaminés.
La gauche woke vit dans un monde imaginaire où l’homme n’existe plus, remplacé par des identités fluides et des oppressions infinies.
La droite institutionnelle s’accroche au mythe du progrès et du “vivre-ensemble” comme à une bouée percée. Et le peuple, lui, se réfugie dans ses écrans, dans ses séries, dans ses dettes, anesthésié par la peur de tout perdre.
Nous ne voyons plus la même chose. Nous ne parlons plus la même langue. Nous ne croyons plus au même monde.
Le choc des récits
C’est cela, la guerre métapolitique du XXIᵉ siècle : une guerre des perceptions.
Plus besoin de chars ni de bombardiers quand il suffit de fabriquer des réalités concurrentes. Chacun s’invente son apocalypse, son paradis, son ennemi intime.
Les militants écolos croient sauver la planète en détruisant la civilisation. Les technocrates croient sauver la démocratie en la bâillonnant. Les bien-pensants croient protéger le “vivre-ensemble” en dissolvant le réel.
Nous sommes devenus des tribus cognitives : nos croyances valent plus que nos yeux. La science elle-même n’est plus un langage commun : elle est devenue une arme rhétorique.
« Les scientifiques disent… » — voilà la nouvelle prêtrise, la nouvelle inquisition. Et quiconque doute de ce nouveau catéchisme est excommunié comme hérétique ou complotiste.
Le retour de la sauvagerie
Ce monde de récits clos, de vérités parallèles, c’est celui où commence la barbarie. Car quand l’homme ne reconnaît plus dans l’autre un semblable, il cesse de lui parler : il le frappe.
L’histoire le prouve : avant chaque guerre civile, il y a eu une guerre du réel. Avant les massacres, il y a eu des récits concurrents, des vérités irréconciliables.
Nous y sommes. Les fractures ne sont plus politiques, mais anthropologiques. Elles touchent au cœur de ce que nous sommes : la vision du monde, du corps, du temps, du sacré.
Quand une société ne partage plus de réalité commune, elle cesse d’être une société. Elle devient une jungle peuplée d’humains qui ne se reconnaissent plus entre eux.
Le prix du mensonge
Le plus tragique, c’est que cette déconnexion du réel ne vient pas du bas, mais du haut. Ce sont les élites qui ont cessé d’habiter le monde.
Elles vivent dans les tours de verre, dans les métavers, dans les abstractions statistiques. Elles ne voient plus les visages, les villages, les vies concrètes.
Elles administrent un peuple fantôme, comme des dieux distraits gérant une simulation.
Et le peuple, en retour, se crée ses mythes, ses totems, ses explications magiques., Les uns se réfugient dans l’eschatologie climatique, d’autres dans les prophéties du grand remplacement, d’autres encore dans la religion du progrès technologique.
Chacun son apocalypse, chacun son évangile.
Mais un monde où plus rien n’est partagé, où le réel lui-même devient un champ de bataille, ne peut pas durer.
Le mensonge collectif ne fonde pas une civilisation : il la détruit.
Retrouver le monde
Il faudra revenir au réel. Brutalement, s’il le faut.
Il faudra réapprendre à voir, à nommer, à décrire.
Redonner aux mots leur sens, aux faits leur poids, aux frontières leur fonction.
Retisser une réalité commune, enracinée, organique — à hauteur d’homme, de peuple et de terre.
Sinon, il ne restera plus que le fracas des bulles qui éclatent, les récits qui se heurtent, les tribus qui s’entre-déchirent.
Et, au milieu du chaos, quelques hommes lucides qui se souviendront qu’avant de tout perdre, on avait cessé de voir le monde tel qu’il est.
YV
Illustration : DR
[cc] Article relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par ChatGPT.
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3 réponses à “Le monde éclaté : naissance des tribus cognitives et mort de la civilisation commune [L’Agora]”
Quand le chaos sera là la main de Dieu frappera, et il reconnaitra les siens !
J’ai apprécié cet article ,juste un petit bémol .Le grand remplacement n’est plus aujourd’hui une prophétie mais une réalité crue !
« les prophéties du grand remplacement » ! T’habites sur quelle planète, camarade ?