Mardi 13 janvier, à La Turballe, le maire Didier Cadro a décidé de retourner le portrait officiel du président Emmanuel Macron affiché en mairie. Un geste symbolique, assumé, destiné à alerter sur la situation du pays au moment même où le Parlement débat du budget national. Dans un texte transmis au Figaro, l’édile explique agir « face aux difficultés majeures que rencontrent nos agriculteurs, aux débats interminables sur le budget national et à des décisions qui semblent trop souvent déconnectées des réalités du terrain ».
Élu sans étiquette à la tête d’une commune de près de 5 000 habitants, également conseiller départemental de Loire-Atlantique, Didier Cadro insiste sur la responsabilité des élus de proximité. « Nous, élus locaux, sommes en première ligne. Nous voyons la détresse, nous entendons la colère, et nous devons avoir le courage de la relayer. Ce n’est pas un acte contre la République, mais un cri d’alerte pour qu’elle se souvienne de ceux qui la font vivre », écrit-il. À Ouest-France, le maire précise avoir cherché « une façon de partager un coup de gueule sur [son] ressenti sur la situation actuelle du pays », ajoutant : « La France, aujourd’hui, est un pays en décadence ».
Un geste assumé, vite recadré par l’État
Interrogé par France 3 Pays de la Loire, Didier Cadro explique vouloir attirer l’attention des députés pour qu’ils « pensent aux Français » et « votent ce budget », tout en assurant : « Ce n’est pas un geste de désespoir ». L’initiative n’est toutefois pas restée sans réaction. L’affichage du portrait présidentiel en mairie est désormais obligatoire, conformément à un amendement adopté en mai 2023. Dès le lendemain, la préfecture de Loire-Atlantique est intervenue. « Dès que l’on a eu connaissance de cette initiative, le préfet a en effet demandé au sous-préfet d’appeler immédiatement le maire pour lui demander de remettre le portrait à l’endroit sans délai. Ce que le maire a accepté », a confirmé la préfecture au Figaro. Un courrier a également été adressé à l’élu pour rappeler « les principes et usages républicains ».
Le portrait a été remis dans le bon sens dans la soirée du 14 janvier. Didier Cadro s’y est conformé, déclarant : « Je ne refuse jamais d’essayer de défendre nos concitoyens mais je suis quand même un maire, donc je dois respecter aussi la République ».
Un précédent qui ravive le débat
Cet épisode rappelle d’autres actions symboliques visant les portraits présidentiels, notamment les décrochages menés en 2019 par des militants écologistes ou, en 2021, le remplacement du portrait par un QR code en réaction au passe sanitaire.

Didier Cadro. Source : loire-atlantique.fr
À La Turballe, l’initiative du maire n’aura duré que quelques heures, mais elle a remis en lumière le malaise exprimé par certains élus locaux, pris entre colère sociale et rappel strict des règles républicaines.
Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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