La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : La porte ouverte

Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.

Ceci se passait à Lescadou, dans le vieux manoir de ce nom, sur les confins de Penvénan et de Plouguiel.

On y veillait le maître de maison, un certain Le Grand, mort dans la journée. La veillée comprenait d’abord les domestiques, hommes et femmes, puis quelques voisins et voisines qui étaient venus s’offrir, selon l’usage.

L’agonie de Le Grand avait été accompagnée de singulières choses. Pendant qu’il mourait, la chienne s’était mise à se démener dans sa niche, en poussant d’effroyables hurlements. Quand on alla à elle, pour l’apaiser, on la trouva en proie aux flammes, la chair à demi rôtie, et puant une odeur d’enfer.

Elle expira comme son maître rendait le dernier soupir. On vit en cela une étrange coïncidence.

À peine l’homme et l’animal furent-ils trépassés qu’il s’éleva un orage extraordinaire. Un mulon de paille qui était dans la cour fut transporté par la violence de la bourrasque à près de deux cents mètres plus loin, dans une prairie. Un vieil if se fendit de la cime aux racines.

Les gens qui veillaient devisèrent entre eux, longuement, de toutes ces choses.

On savait trop bien que Le Grand n’avait pas vécu exempt de reproche. Il avait toujours eu la réputation d’être dur pour les siens, impitoyable envers le pauvre monde.

Tout à coup, veilleurs et veilleuses se turent.

La porte venait de s’ouvrir, toute grande. On s’attendait à voir paraître quelqu’un… Mais il n’entra que du vent.

— Va vite fermer cette porte ! dit une femme à l’un des domestiques.

L’homme se leva, ferma l’huis, et revint prendre sa place au foyer. Mais il ne s’était pas rassis sur son escabelle, que la porte était de nouveau toute grande ouverte.

— Quel maladroit ! s’écria-t-on. On voit bien qu’il n’a jamais été à Paris[111].

— Je vous jure que je l’avais fermée, dit l’homme. Et il alla la fermer encore, en ayant soin, cette fois, de la pousser avec force, pour la bien assujettir dans son cadre.

— Là ! maintenant, si elle se rouvre, vous ne direz pas que c’est ma faute, grogna-t-il, en regagnant l’âtre.

— Ou tu n’es qu’une ganache, ou cette porte est ensorcelée ! fit un autre domestique ; vois, elle est plus ouverte que jamais.

— Va donc la fermer à ton tour. Pour moi, j’y renonce.

— Oh ! j’en viendrai à bout, quand le diable y serait ! Cet autre domestique était un gars solidement râblé, avec des bras de lutteur. Il empoigna le battant, le fit rouler sur ses gonds, furieusement, et s’y arc-bouta des deux épaules.

— Je parie, dit-il, que tous les vents du monde ne l’entre-bailleront plus !

Il n’avait pas fini de parler, que la porte lui frappait dans le dos et l’envoyait s’aplatir sur le sol, à deux pas. Il se ramassa, tout meurtri, jurant et sacrant :

— Mille malédictions rouges ! Qui est-ce qui se permet d’ouvrir cette porte ?

On entendit un long ricanement, et une voix qui disait :

— Ne te vantais-tu pas de la fermer, quand le diable y serait ?

L’homme fut effrayé, mais il voulut faire le brave :

— Je demande qui est celui qui se permet d’ouvrir cette porte, répéta-t-il.

— Moi ! répondit la voix, d’un ton si sec, si dur, si courroucé, que l’homme n’insista plus, et pour cause. Il lui semblait qu’une haleine de feu lui léchait la figure. Son épouvante était d’autant plus forte qu’il ne voyait personne.

Il vint, tout pâle, se perdre dans le groupe des veilleurs et des veilleuses, qui, eux aussi, tremblaient la fièvre froide, la fièvre de la peur.

L’horloge de la maison tinta lentement l’heure de minuit.

Et, quand le douzième coup eut sonné, les chandelles qui brûlaient auprès du lit du mort s’éteignirent comme d’elles-mêmes.

Il ne se trouva pas un dans l’assistance pour oser les rallumer ; en sorte que le cadavre demeura dans une obscurité profonde. On entendait par instants claquer les draps au vent de la porte ouverte, comme si c’eussent été les toiles d’une lessive étendue en plein air sur l’herbe des prés.

De minuit jusqu’à l’aube, les gens qui veillaient n’échangèrent pas une parole. Et plus une prière ne fut récitée. On se tenait rencognés les uns contre les autres, éclairés seulement par la braise du foyer et par la fumeuse lueur du lutic, de la chandelle de résine. On tâchait, avec les mains, de se boucher les oreilles et les yeux, et l’on attendait le jour avec impatience[112].

(Conté par Jeanne-Marie Corre, couturière. — Penvénan, 1888.)

Dès la mort, l’âme comparaît au tribunal de Dieu, pour y subir le jugement particulier. Mais, sitôt le jugement rendu, elle retourne sur le corps (non dedans), et elle reste là pendant toute la durée de l’enterrement, jusqu’après l’inhumation. En général, il n’est donné de la voir qu’au prêtre qui célèbre les funérailles. M. Dollo, lui, la voyait toujours et savait même en quel lieu d’alentour elle devait se rendre ensuite pour y accomplir sa pénitence[113].

Ce M. Dollo, recteur de Saint-Michel-en-Grève, fut un des prêtres les mieux renseignés sur tout ce qui touche à l’Anaon. Il savait en quelles directions s’étaient dispersées les âmes de tous les morts qu’il avait enterrés, sauf deux.

Outre les prêtres, peuvent encore voir la séparation de l’âme d’avec le corps, les personnes qui en ont reçu le don spécial ou à qui, pour une raison ou pour une autre, le mystère a été révélé.

Photo : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

Cet article vous a plu, intrigué, ou révolté ?

PARTAGEZ L'ARTICLE POUR SOUTENIR BREIZH INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

ARTICLES EN LIEN OU SIMILAIRES

Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : La veillée de Lôn

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : La veillée du prêtre

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : Après la mort

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : Qui plaisante avec la mort trouve à qui parler

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : Il n’est pas bon de simuler la mort

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : La ballade de l’Ankou

Découvrir l'article

Culture & Patrimoine, Evenements à venir en Bretagne, Patrimoine

Tro Breiz 2026 : de Vannes à Quimper, une semaine de marche au cœur de la Bretagne spirituelle

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : L’aventure de Gab Lucas

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : Le char de la mort

Découvrir l'article

Culture, Culture & Patrimoine, Patrimoine

La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : L’Ankou

Découvrir l'article

PARTICIPEZ AU COMBAT POUR LA RÉINFORMATION !

Faites un don et soutenez la diversité journalistique.

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur Breizh Info. Si vous continuez à utiliser le site, nous supposerons que vous êtes d'accord.