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Voici un nouvel extrait de La Légende de la mort en Basse-Bretagne, recueillie par Anatole Le Braz, pour accompagner jour après jour les lecteurs de Breizh-info.
CHAPITRE II = L’Ankou
L’Ankou est l’ouvrier de la mort (oberour ar maro).
Le dernier mort de l’année, dans chaque paroisse, devient l’Ankou de cette paroisse pour l’année suivante.
On dépeint l’Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d’un large feutre ; tantôt sous la forme d’un squelette drapé d’un linceul[85], et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu’une girouette autour de sa tige de fer, afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’œil toute la région qu’il a mission de parcourir[86].
Dans l’un et l’autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu’elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l’Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche ; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.
Le char de l’Ankou (karrik ou karriguel ann Ankou est fait à peu près comme les charrettes dans lesquelles on transportait autrefois les morts[87].
Il est traîné d’ordinaire par deux chevaux attelés en flèche. Celui de devant est maigre, efflanqué, se tient à peine sur ses jambes. Celui du limon est gras, a le poil luisant, est franc du collier.
L’Ankou se tient debout dans la charrette.
Il est escorté de deux compagnons, qui tous deux cheminent à pied. L’un conduit par la bride le cheval de tête. L’autre a pour fonction d’ouvrir les barrières des champs ou des cours et les portes des maisons. C’est lui aussi qui empile dans la charrette les morts que l’Ankou a fauchés[88].
L’Ankou se sert d’un ossement humain pour aiguiser sa faux.
Quelquefois il en fait redresser le fer par les forgerons qui, sous prétexte d’ouvrage pressé, ne craignent pas de tenir leur feu allumé, le samedi soir, après minuit.
Mais le forgeron qui a travaillé pour l’Ankou ne travaille plus ensuite pour personne.
L’Ankou a deux pourvoyeuses principales qui sont :
1o La Peste (ar Vossen) ;
2o La Disette (ar Gernès, c’est-à-dire la Cherté).
XIV
Autrefois, il en avait une troisième : la Gabelle (ann Deok holen, le droit du sel). Mais celle-ci, la duchesse Anne en a purgé le monde.
La duchesse Anne demeurait au château du Korrec, en Kerfot[89]. Un jour, son mari lui dit :
— La réunion des États va avoir lieu, il faut que je m’y rende.
— Prenez garde à ce que vous y ferez. Surtout, n’imposez pas de nouvelles charges à la Bretagne.
— Non, non.
Il partit, assista aux États, puis s’en revint à son manoir.
— Eh bien ? lui demanda la duchesse.
— Heu ! répondit-il, j’ai dû consentir à l’imposition de la gabelle.
— Ah !
Sans rien ajouter, la duchesse passa à la cuisine et glissa quelques mots dans l’oreille de la servante qui faisait cuire de la bouillie pour le repas de son maître.
Peu d’instants après, la servante servait la bouillie toute chaude. Le mari de la duchesse y planta la cuillère.
— Pouah ! s’écria-t-il aussitôt, on a oublié d’y mettre du sel !
— Hé ! répondit la duchesse, d’un ton goguenard, qu’importe !
— Cette bouillie est exécrable, vous dis-je.
— Il faudra cependant que vous la mangiez telle quelle. Vous devez l’exemple à nos paysans. Vous les privez de sel. Privez-vous-en vous-même.
— J’entends qu’on sale mes aliments !
— Abolissez donc la gabelle.
— Je ne le puis. J’ai juré d’aider à la maintenir, tant que je vivrai.
— Tant que vous vivrez ?
— Certes.
— Oh ! bien, ce ne sera donc pas pour longtemps ! fit la duchesse Anne, et, prenant sur la table un couteau à lame effilée, elle le plongea dans le cœur de son mari. Puis elle ordonna à un de ses domestiques d’aller annoncer partout que la Gabelle était morte.
Les nobles protestèrent :
— Votre mari, dirent-ils, avait cependant juré de maintenir la gabelle, tant qu’il vivrait.
— Oui, répondit la duchesse Anne, mais il est mort, et avec lui nous allons enterrer la Gabelle.
Depuis lors, en effet, on n’a plus jamais entendu parler de ce fléau du monde.
XV
La Peste (ar Vossenn) est boiteuse. Cela ne l’empêche pas d’aller aussi vite que le vent. Seulement elle ne peut pas sauter les rivières. Elle n’a d’autre moyen de les franchir que de se faire porter sur le dos de quelque brave homme trop complaisant.
Un vieux, de Plestin, la rencontra un soir sur les bords du Douron. Elle était assise sur la berge, regardant l’eau couler. Elle venait de Lanmeur qu’elle avait dépeuplé et se rendait dans le pays de Lannion.
— Hé, vieux ! cria-t-elle, auriez-vous l’obligeance de me prendre sur vos épaules pour me faire passer l’eau ? Je vous en récompenserai bien.
Le vieux, qui ne la connaissait pas, y consentit.
L’ayant chargée sur ses épaules, il entra dans la rivière. Mais à mesure qu’il avançait, il la sentait peser sur lui d’un poids plus lourd.
À la fin, épuisé, et le courant étant très fort, il dit :
— Ma foi, bonne dame, je vais vous planter là. Je ne tiens pas à me noyer pour vous.
— De grâce, ne fais pas cela. Ramène-moi plutôt à l’endroit où tu m’as prise.
— Soit.
Et il rebroussa chemin, sans trop de peine, son fardeau s’allégeant à mesure qu’il se rapprochait du rivage.
Le pays de Lannion fut ainsi préservé de la peste.
Mais si le vieux avait laissé tomber la vilaine groac’h (fée) au beau milieu de la rivière, comme il en avait eu d’abord l’intention, le monde eût été débarrassé d’elle à jamais[90].
Quant à la Disette (ar Gernès), elle durera malheureusement plus longtemps que le pain.
Crédit photo : DR
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Une réponse à “La Légende de la Mort (Anatole le Braz) racontée chaque jour sur Breizh-info.com : L’Ankou”
Piv n’eus ket klevet koñchoù un noz diwar-benn an Ankou pa a’el un taol butun a stok war ar volejoù (stalaf ne oa ket implijet du-mañ)? Ha pehini etre a re gozh a soñje nur kerent bennak aet d’ar Bed All.