Longtemps cantonnée aux marges du débat politique, la question de la remigration s’impose désormais au cœur des discussions sur l’avenir européen. Sous l’effet conjugué de l’immigration de masse, des tensions culturelles, de l’insécurité et du sentiment de déclassement civilisationnel, une interrogation fondamentale revient avec insistance : qu’est-ce qu’une nation européenne, et qui peut réellement y appartenir ?
Pendant des décennies, cette question est restée largement théorique dans la plupart des États européens. Les sociétés pouvaient se permettre de l’esquiver, faute de bouleversements démographiques d’ampleur. Ce temps est révolu. L’Europe est désormais confrontée, à une échelle inédite, à des formes de pluralisme culturel et civilisationnel qui rendent toute réponse abstraite intenable.
Le nationalisme civique, entre abstraction et fragilité
La première réponse avancée, largement dominante depuis l’après-guerre, repose sur le nationalisme civique. Selon cette approche, l’appartenance nationale se fonde avant tout sur le droit, la citoyenneté, l’adhésion aux institutions et le respect des lois. En théorie, quiconque accepte le cadre juridique et les règles communes peut devenir membre à part entière de la nation.
Ce modèle a pu fonctionner dans un contexte précis : immigration limitée, forte pression assimilatrice, confiance culturelle élevée de la population d’accueil. Or ces conditions ont disparu. Dans l’Europe contemporaine, le nationalisme civique tend à produire une identité minimale, procédurale, interchangeable, incapable de justifier pourquoi des populations issues de civilisations radicalement différentes devraient cohabiter durablement dans un même cadre politique.
À force de privilégier l’abstraction juridique, ce modèle vide l’identité nationale de sa substance historique et culturelle. Il favorise une logique d’ouverture permanente, où les frontières symboliques s’effacent, et glisse progressivement vers le multiculturalisme puis la fragmentation sociale. Loin de renforcer la cohésion, il alimente un sentiment de dépossession chez les peuples européens.
L’ethnonationalisme, la tentation du repli biologique
Face à cet effacement, une autre réponse gagne du terrain : l’ethnonationalisme. Ici, la nation est conçue comme une communauté de sang, fondée exclusivement sur l’ascendance biologique. L’appartenance ne se choisit pas, elle se transmet. L’étranger, quelles que soient sa loyauté ou son mode de vie, demeure extérieur par principe.
Cette conception présente une force évidente : elle protège la continuité historique et empêche toute substitution démographique. Elle réaffirme la nation comme un héritage, non comme un simple contrat. Mais elle comporte aussi des limites majeures. En réduisant l’identité au biologique, elle ignore des réalités historiques pourtant bien documentées : les nations européennes se sont souvent construites par intégration progressive d’éléments extérieurs culturellement compatibles, et non par pure clôture génétique.
Poussée à l’extrême, cette logique crée des citoyens de seconde zone permanents, rend insoluble la question des métissages anciens ou des populations frontalières, et fige la nation dans une définition étroite, incapable de se renouveler sans se renier.
Une troisième voie oubliée : l’ethnoculturel
Entre ces deux pôles se dessine pourtant une autre conception, plus ancienne et plus enracinée. Dès l’Antiquité, Hérodote proposait une définition du peuple qui ne se réduisait ni au droit ni au sang seul. Pour lui, un ethnos reposait sur un ensemble cohérent : une origine partagée, une langue commune, des pratiques religieuses, des coutumes et un mode de vie.
Cette approche, que l’on peut qualifier de nationalisme ethnoculturel, envisage la nation comme un organisme historique vivant. L’ascendance y compte, mais elle n’est pas exclusive. L’appartenance reste ouverte à ceux qui acceptent une assimilation profonde : adoption de la langue, participation à la culture, loyauté durable, enracinement familial et social au sein du peuple d’accueil. L’assimilation ne se fait pas dans les deux sens : elle va vers la culture existante, et non l’inverse.
Historiquement, l’Europe a souvent fonctionné ainsi. Des minorités intégrées, culturellement proches et socialement contributives, ont été absorbées sans rupture majeure. Ce sont des exemples d’assimilation civilisationnelle, et non de coexistence multiculturelle.
Remigration et cohérence civilisationnelle
Appliquée aux politiques contemporaines, cette vision a des conséquences claires. Ceux qui ne partagent pas la vie culturelle, linguistique et civilisationnelle de la nation, ou qui refusent toute assimilation réelle, ne peuvent durablement revendiquer une appartenance pleine et entière. La remigration, dans ce cadre, n’est pas une mesure punitive ou raciale, mais une exigence de cohérence collective : un peuple ne peut survivre sans frontières symboliques, culturelles et démographiques.
Ce retour de la remigration dans le débat révèle moins une obsession politique qu’une crise plus profonde : celle de l’identité européenne elle-même. Le nationalisme civique dissout les peuples dans le formalisme juridique. L’ethnonationalisme les fige dans une biologie exclusive. L’approche ethnoculturelle, elle, reconnaît à la fois la continuité historique et la possibilité d’une intégration exigeante.
Si l’Europe veut rester elle-même sans sombrer ni dans l’effacement ni dans l’exclusion stérile, elle devra redécouvrir cette voie médiane. Car ni les papiers seuls, ni le sang seul, ne suffisent à faire un peuple.
Armand LG
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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