En ce moment, rien ne s’arrange pour Jean-Luc Mélenchon. A tel point que les listes présentées par la France insoumise aux élections municipales vont en subir les conséquences. Franchir la barre des 10 % va devenir difficile.
Lors d’un meeting à Rennes, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, a été catégorique : « Les 15 et 22 mars, nous allons gagner Rennes. Puis, nous gagnerons l’Elysée en 2027. » « Nous allons faire de Rennes un lieu de résistance antifasciste », a-t-elle promis (Ouest-France, Rennes, lundi 23 février 2026) Effectivement, des résultats électoraux maintenant anciens montrent que « gagner Rennes » pour les Insoumis serait possible. Au premier tour de l’élection présidentielle (10 avril 2022), Jean-Luc Mélenchon arrive en tête (36,31 %), alors que la candidate socialiste, Anne Hidalgo, doit se contenter de la septième place (3,01 %). Mais changement de programme aux élections européennes (9 juin 2024), Raphaël Glucksmann (PS-Place publique) se classe premier (24,93 %), tandis que Manon Aubry (LFI) occupe la deuxième place (17,85 %). L’alliance électorale Nouveau Front populaire va permettre à La France insoumise de l’emporter aux élections législatives dans la circonscription de Rennes-Bruz (juin-juillet 2024) ; sa candidate Marie Mesmeur (LFI) obtient 42,31 % des suffrages exprimés au premier tour (53,31 % dans la partie rennaise) et 45,66 % au second (57,42 % dans la partie rennaise). La situation apparaît donc favorable pour les Insoumis alors que se profilent les élections municipales de 2026.
JLM, la personnalité politique la plus détestée
Mais cette belle machine se déglingue rapidement ; le « bruit » et la « fureur » ne donnent pas de bons résultats. C’est ce qu’explique Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos : « La dégradation de l’image de la France insoumise dans l’opinion publique est extrêmement importante et se mesure sur toutes les dimensions testées dans l’enquête annuelle Fractures françaises menées par Ipsos depuis maintenant plusieurs années à propos de l’’ensemble des forces politiques. 26 % seulement des Français estiment fin 2024 que la France insoumise est capable de gouverner le pays. C’est six points de moins qu’il y a un an, un niveau faible et qui la situe au dernier rang des partis politiques. Cela est vrai aussi de la dimension de désirabilité sociale, mesurée à partir de l’item « Prône une société dans laquelle j’aimerais vivre » : 21 % seulement, moins 3 points, au dernier rang des partis politiques. Ou encore, « proche des préoccupations des Français » : 25 %, moins 4, avant-dernier rang. Mais le plus spectaculaire est la dangerosité aujourd’hui prêtée à cette formation : pour 63 % de nos compatriotes, elle constitue « un danger pour la démocratie ». Plus 6 points en un an et un jugement critique maintenant bien supérieur à celui du RN, qui lui obtient 50 % d’adhésion “seulement“ à une telle affirmation, moins 2 points. De même, plus des deux tiers des Français, 67 %, estiment que la France insoumise « attise la violence » : c’est 7 points de plus en un an et un niveau largement supérieur à celui du RN (54 %, plus 2 points). Enfin 19 % seulement approuvent la façon dont LFI se comporte à l’Assemblée nationale (moins 4 points) et 68 % la désapprouvent, dont 54 “tout à fait“ contre 36 % s’agissant du RN. C’est donc une dégradation très profonde de l’image de la France insoumise mais aussi une fracture au sein de la gauche elle-même : chez les sympathisants PS, 69 % estiment que cette formation attise la violence et 59 % qu’elle est un danger pour la démocratie. 30 % seulement qu’elle est capable de gouverner le pays et 26 % qu’elle dessine une société dans laquelle ils aimeraient vivre. » (Le un hebdo, 25 juin 2025)
Mais il en faudrait davantage pour inquiéter les militants et les sympathisants de LFI qui sont des inconditionnels – leur fidélité au Lider maximo est totale. Avant le meurtre de Quentin à Lyon, 27 % des personnes interrogées ont une bonne opinion de Mélenchon (Ifop-Fiducial, Paris Match, 12 février 2026). Mais à la question « Si cette personnalité politique devenait président(e) de la République en 2027, seriez-vous satisfait(e) ou mécontent(e) ? », ils sont seulement 15 % à répondre positivement – 66 % seraient mécontents (Sondage Ipsos BVA, La Tribune Dimanche, 15 février 2026). Après le meurtre de Quentin, JLM devient la personnalité politique la plus détestée. Seulement 13 % des Français disent ressentir du soutien ou de la sympathie pour lui. Dans le palmarès du rejet, il devient le champion avec 71 % des Français. « C’est 13 points de plus que le deuxième Emmanuel Macron, et 22 points de plus que Marine Le Pen, qui fut pendant longtemps la numéro un de ce palmarès du rejet », observe Gaël Sliman, président d’Odoxa (Enquête Odoxa, Le Télégramme, mardi 24 février 2026).
Les temps deviennent difficiles pour LFI
Evidemment le meurtre de Quentin ne va pas arranger les affaires des Insoumis. « Les élections municipales qui surviennent dans moins d’un mois seront une première occasion de jauger les dégâts. Certes, les Insoumis n’ont pas de grandes ambitions : décrocher au moins une ville – sans doute Roubaix (Nord) – et être en mesure de franchir la barre des 10 % dans les grandes villes pour se maintenir au second tour, quitte à faire perdre le reste de la gauche. Mais avant le drame, la dynamique était déjà plutôt à la baisse à Paris, Lyon et Marseille dans les sondages. « Cette affaire va accélérer leur glissade déjà engagée », prédit une figure de la gauche. Selon une enquête Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro (vendredi 20 février), 61 % des Français se disent par ailleurs prêts à « faire barrage » à LFI aux municipales. Les mélenchonistes font le pari inverse, et pensent que la polémique va, au contraire, ressouder la base électorale. « Vous verrez que Sophia Chikirou fera au moins 12 % à Paris ! », lance un responsable du parti. » (La Tribune Dimanche, 22 février 2026)
Dans ces conditions que va devenir la belle proclamation de Mathilde Panot : « Les 15 et 22 mars, nous allons gagner Rennes » ? Bien entendu, elle sait « parler » à ses militants, il ne faut pas les décourager… Le moral des troupes, c’est important… Pour ce faire, les « chefs » n’hésitent pas à mentir grossièrement… A Rennes, si on se fixe des objectifs réaliste, la mission de Marie Mesmeur est simple : franchir la barre des 10 %, être qualifiée pour le second tour et obtenir quelques conseillers municipaux. Ce sera difficile car la concurrence est forte sur le segment de marché « extrême gauche ». Outre la liste de La France insoumise (Marie Mesmeur), on y trouve celle de la Révolution permanente (Erell Duclos), celle de Rennes commune (Ulysse Rabaté), celle du NPA Révolutionnaires (Victor Darcissac), celle de Rennes contre la guerre (Morgane Pernot-Goarvot) et celle de Lutte ouvrière (Sandrine Chirazi).
Cette division rend évidemment service à Nathalie Appéré. Pour elle, tout ce qui affaiblit LFI est bon à prendre… Ce serait le comble de l’humiliation pour Marie Mesmeur si, ne réussissant pas à se qualifier pour le second tour, la liste du Rassemblement national y parvenait… « C’est une anomalie qu’il n’y ait pas d’élus insoumis au conseil municipal de Rennes », déclarait Marie Mesmeur (Ouest-France, Rennes, mercredi 7 mai 2025). « Rennes est un symbole de la nouvelle France. Celle de la jeunesse, des quartiers populaires, des femmes », expliquait-elle six mois plus tard (Ouest-France, Rennes, 22-23 novembre 2025) On vérifiera le 22 mars si elle a vu juste.
Bernard Morvan
Illustration : DR
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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