230 milliards d’euros par an : l’État achète une bouilloire comme il gère ses finances — avec votre argent

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La dépense de commande publique atteint désormais 230 milliards d’euros par an en France en 2025. C’est le budget de plusieurs États souverains réunis. Et dans ce fleuve d’argent public, une bonne partie s’évapore en surcoûts, en lourdeurs administratives et en aberrations tarifaires que l’Inspection générale des finances (IGF) a fini par chiffrer : les collectivités territoriales pourraient économiser jusqu’à 10 % sur leurs achats, soit près de 5 milliards d’euros par an. Cinq milliards. Chaque année. Pendant ce temps, la dette publique française s’achemine vers 118,6 % du PIB en 2026.

C’est l’enquête de Ouest-France publiée fin novembre 2025 qui a mis le feu aux poudres, en documentant concrètement — bouilloire, stylos, fauteuils à l’appui — les écarts parfois ahurissants entre les prix pratiqués dans les marchés publics et ceux du commerce ordinaire. Des collectivités qui paient jusqu’à cinq fois le prix de marché pour une même fourniture, via des centrales d’achat censées précisément faire bénéficier les acheteurs publics d’économies d’échelle. La mutualisation des achats devrait conduire à payer moins cher : elle conduit parfois à payer bien plus cher.

Le ministre annonce. On verra.

David Amiel, ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, a réagi avec l’énergie du converti. « Chaque euro gaspillé est intolérable », a-t-il déclaré. On ne lui donnera pas tort sur le fond. Sur la forme, il annonce — pour le printemps 2026 — la mise en place d’une « alerte prix » sur une large gamme de produits, permettant aux acheteurs publics de signaler en temps réel des écarts avec ce qu’ils observent ailleurs. L’UGAP, la principale centrale d’achat publique, devrait s’engager à s’aligner sur le meilleur tarif lorsqu’un acheteur public trouve moins cher. C’est, dixit le ministre lui-même, le principe du « on vous rembourse la différence » appliqué à la dépense publique.

L’objectif affiché est de réaliser 850 millions d’euros d’économies sur les achats publics en 2026. Soit 0,37 % d’une enveloppe de 230 milliards. Modeste, certes — les observateurs les moins indulgents parleront de saupoudrage —, mais c’est un début. Ou du moins une déclaration d’intention.

La loi de simplification : un pas dans le bon sens, mais lequel ?

En parallèle, le Parlement vient de voter — le 14 avril à l’Assemblée nationale, le 15 au Sénat — le projet de loi de simplification de la vie économique, dont un titre entier porte sur la commande publique. Le texte prévoit notamment de relever le seuil de dispense de formalités pour les marchés de travaux à 140 000 euros HT à compter du 1er janvier 2027 — contre 100 000 euros actuellement. En dessous de ce seuil, un acheteur public pourra passer un marché de travaux sans appel d’offres ni mise en concurrence formelle.

Pour les marchés de fournitures et services, le seuil a déjà été relevé à 60 000 euros HT depuis le 1er avril 2026, contre 40 000 euros auparavant. Une PME bretonne du bâtiment ou de la fourniture de bureau pourra théoriquement décrocher des contrats publics sans traverser le labyrinthe kafkaïen des procédures formalisées. C’est l’argument avancé par les partisans du relèvement : simplifier, c’est aussi rouvrir la commande publique aux entreprises locales que la complexité administrative avait de facto exclues.

Les sceptiques, eux, voient dans ce relèvement de seuils un risque accru de favoritisme et de gré à gré douteux. Le cadre strict imposé aux collectivités — appels d’offres obligatoires au-delà de certains montants — a précisément été conçu pour limiter la corruption et les prise irrégulières d’intérêts. Élargir la zone de liberté des acheteurs publics, c’est aussi élargir la zone de risque.

Le vrai problème : l’opacité

Au fond, ce qui ressort de ce dossier, c’est moins la question des seuils ou des procédures que celle de la transparence. Le citoyen ne sait pas — ne peut pas savoir facilement — ce que sa collectivité achète, à quel prix et auprès de quel fournisseur. Des catalogues d’achat illisibles, des marchés noyés dans des documents techniques, des centrales d’achat dont les tarifs ne sont accessibles qu’aux initiés : le brouillard dénoncé par le ministre lui-même est structurel.

Des parlementaires plaident pour la création d’un « observatoire des prix de la commande publique », chargé de comparer systématiquement les tarifs publics et privés et de publier des indicateurs accessibles à tous. D’autres réclament une « justification de prix renforcée » pour les grands contrats. Des pistes de bon sens qui se heurtent, invariablement, à la résistance silencieuse d’un système qui s’est construit sur sa propre complexité.

L’addition, c’est vous

La question n’est pas technique. Elle est politique et démocratique. Lorsqu’une mairie brette paye deux fois le prix de marché pour ses fournitures de bureau, ce n’est pas une anomalie comptable abstraite : c’est l’argent des habitants, prélevé par la fiscalité locale, qui part en fumée. Dans un pays où la pression fiscale bat des records, où la dette publique atteint des sommets historiques, et où l’on demande aux Français de « faire des efforts », chaque euro surpayé dans un marché public est une insulte supplémentaire à ceux qui le financent.

L’État sait acheter une bouilloire à 160 euros. Il sait aussi expliquer que c’est inévitable. Ce qui reste à démontrer, c’est qu’il sait faire autrement.

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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3 réponses à “230 milliards d’euros par an : l’État achète une bouilloire comme il gère ses finances — avec votre argent”

  1. Jean-louis Garnier dit :

    Adopter la solution dite allemande réglerait la plupart des problèmes posées par le détournement de la dépense publique : l’offre retenue est celle dont le prix est le plus proche (dessus ou dessous) de la moyenne des prix offerts! Toutes les offres étant publiées sur le site du donneur d’ordre pour permettre à tout un chacun de vérifier la conformité des offres au cahier des charges ce qui grâce au numérique et à l’IA est facile et rapide!

  2. guillemot dit :

    Il n’y a pas si longtemps on qualifiait les nouveaux états africains nouvellement constitués de ‘république bananière » synonyme de mauvaise gestion, favoritisme, dépenses somptuaires, corruption etc … En France en n’est plus très loin.

  3. crocs dit :

    En matière de commande publique, les collectivités locales ne font aucun effort pour acheter au prix le plus intéressant mais monopolisent leurs achats, vers une centrale UGAP (union des groupements d’achats publics) qui propose ce qu’on trouve dans le commerce local, mais à des prix défiants l’entendement, pouvant, pour le même article trouvé dans le commerce, être 30 % plus cher. Tout cela, parce que le fonctionnaire de service ne veut pas bouger ses fesses de son assise de rond de cuir et s’en remet à la facilité la plus déconcertante. Pourtant nous avons pléthore de fonctionnaires dont nous ne savons que faire, et eux non plus, d’où l’absentéisme provoqué par l’ennui démotivant entrainant les..dépressions ????…qui coùtent cher à la Sécurité Sociale, donc à la collectivité !
    Lire absolument le livre de Jean Baptiste Léon, aux « Contribuables associés » publié par Hugo + Doc et intitulé « Le livre noir de l’argent public ». Renversant et Révoltant ! Le résultat de 40 années d’UMPS,réunis maintenant sous » L’Extrême Centre » !

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