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Une dédicace de livre, des galettes-saucisses, des bières locales et un concert en soirée. Le programme que propose la brasserie Kerfave, à Pléguien, dans les Côtes-d’Armor, samedi 31 octobre, n’a rien d’une provocation. L’eurodéputée Reconquête Sarah Knafo y signera à partir de 16 heures son livre Le Casse du siècle, consacré à l’utilisation de l’argent public. Il n’en fallait pas davantage pour que se dresse, une fois encore, le front du refus.
20 habitants et un communiqué
Samedi 24 octobre, une vingtaine d’habitants de Pléguien et des communes voisines, réunis sous la bannière d’un « collectif des habitants indignés », se sont retrouvés dans un tiers-lieu de la commune pour organiser la riposte. Ils appellent à un rassemblement le jour de la dédicace, à 15 heures, dans un lieu encore indéterminé, et au boycott de la brasserie. Ils y voient non pas un commerce, mais un outil de propagande et la future base politique de son fondateur, et demandent aux élus de « prendre leurs responsabilités ».
2 jours plus tard, la section Trégor-Goëlo de l’Union démocratique bretonne (UDB) leur a emboîté le pas par communiqué. Le parti autonomiste de gauche reproche à Sarah Knafo d’avoir dirigé la campagne présidentielle d’Éric Zemmour en 2022, une campagne centrée selon lui sur le « grand remplacement » et la « remigration », et de siéger au Parlement européen dans le même groupe que l’AfD allemande. L’UDB concède que chacun est libre de présenter un livre en démocratie, avant d’appeler, dans la même phrase ou presque, à se rassembler contre la présentation de ce livre.
On cherche en vain, dans ces prises de position, la moindre critique du contenu de l’ouvrage : ni un chiffre contesté, ni une proposition réfutée, ni une analyse démontée. Le reproche porte entièrement sur l’identité de l’auteure, son parti, ses fréquentations au Parlement européen. Qu’une enquête sur la dépense publique puisse être lue, discutée, contredite, ne semble effleurer personne. On ne débat pas avec Sarah Knafo : on manifeste contre sa présence.
Kerfave, déjà ciblée en mai
Ce n’est pas un coup d’essai. Le 14 mai dernier, environ 400 personnes s’étaient rassemblées contre l’inauguration même de la brasserie, ouverte par Erik Tegnér, fondateur du média Frontières et chroniqueur sur CNews. Les « indignés » de Pléguien présentent d’ailleurs leur nouvelle mobilisation comme un « acte II ». Ouvrir une brasserie, y inviter une auteure : chaque initiative est désormais accueillie par un rassemblement d’opposition.
Les organisateurs assurent que leur mobilisation sera festive et non violente, et qu’elle ne se tiendra pas devant la brasserie. Dont acte. Reste la logique de fond : une poignée de militants s’estime fondée à décider qui peut venir signer un livre dans un établissement privé d’une zone d’activités du Trégor, et à appeler au boycott d’un commerce local pour ce motif.
La question se pose donc. On imagine mal la venue d’un essayiste de gauche, d’une figure de La France insoumise ou d’un député écologiste en librairie bretonne déclencher la convocation d’une réunion publique, un appel au boycott, un communiqué de parti et un rassemblement concurrent le jour même. La tolérance proclamée de ceux qui organisent ces mobilisations semble s’arrêter là où commence l’expression d’idées qu’ils ne partagent pas.
Une presse régionale très attentive
L’écho médiatique, lui, ne fait pas défaut. Une réunion d’une vingtaine de personnes et un communiqué de section locale ont suffi à produire 2 articles en 48 heures dans le principal quotidien régional, qui reprend largement les termes des opposants et présente Sarah Knafo comme une « élue d’extrême droite » et Frontières comme un « média identitaire ». L’ouvrage lui-même n’y est présenté que par les mots de ses détracteurs.
Erik Tegnér, de son côté, a fait savoir sur les réseaux sociaux que ce rendez-vous en appellerait d’autres à la brasserie Kerfave, avec des auteurs politiques et culturels, de gauche comme de droite. L’invitation au débat est donc lancée. Elle n’a, pour l’heure, suscité qu’un appel à manifester.
« Le Casse du siècle », succès de librairie
Ce que les opposants refusent de lire, plus de 165 000 lecteurs l’ont acheté. Selon le classement des ventes de livres politiques publié fin septembre par le JDD et repris par CNews, Le Casse du siècle, sorti le 2 septembre, s’est écoulé à plus de 165 000 exemplaires en 20 jours. C’est de très loin la meilleure vente politique de l’année, plus de 12 fois celle de Gabriel Attal, 2e du classement avec un peu plus de 13 000 exemplaires vendus depuis avril. Seuls 3 livres politiques ont franchi la barre des 10 000 ventes en 2026.
Ce succès tient à la nature du livre. Ancienne élève de l’ENA et magistrate à la Cour des comptes, Sarah Knafo y mène une enquête au ras des chiffres, sans un mot sur elle-même. Son point de départ : une fiche de paie. « La fiche de paie, c’est la scène du crime », résume-t-elle. Pour un salarié payé 2 000 euros net, explique l’auteure, il faut verser à peu près autant en prélèvements, soit environ 1 million d’euros sur une carrière. Elle remonte ensuite le fil de l’argent pour répondre à une question que se posent beaucoup de Français : pourquoi le pays le plus taxé du monde ne dispose-t-il pas des meilleurs services publics ?
Les constats sont accablants pour toute la classe politique. Aucun budget n’a été voté à l’équilibre depuis 1974. La France dépense aujourd’hui 230 milliards d’euros de plus que pendant l’année du « quoi qu’il en coûte » liée au Covid. Bercy est incapable de dire combien d’impôts existent dans le pays. Sarah Knafo n’épargne ni les majorités successives, ni les oppositions, y compris le Rassemblement national, à qui elle reproche de voter de nouvelles taxes avec La France insoumise.
Le livre ne se contente pas du diagnostic. Il avance des propositions chiffrées, comme la suppression progressive de 800 000 postes de fonctionnaires par le non-remplacement des départs, soit 40 milliards d’euros d’économies par an selon ses estimations, ou la réduction des quelque 15 milliards d’euros annuels consacrés à l’aide publique au développement. L’auteure affirme avoir rencontré plus de 25 000 lecteurs depuis la sortie du livre, en France comme à Londres ou Genève, et dit être particulièrement touchée par ceux qui, venus de la gauche, lui confient avoir changé de regard après l’avoir lu. Le 24 octobre, elle était à Ajaccio.
Voilà l’ouvrage contre lequel on appelle à manifester à Pléguien. Ses opposants auraient pu s’y attaquer, chiffres contre chiffres. Ils ont préféré la pancarte.
Infos pratiques
Dédicace de Sarah Knafo, samedi 31 octobre 2026, à partir de 16 heures, à la brasserie Kerfave, 86 ZA du Clos de la Lande, 22290 Pléguien. Le livre est en vente sur place (CB et espèces). Galettes-saucisses, bières Kerfave, softs et vin. Concert à partir de 20 heures.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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