Coupe du monde 2026 : l’album Panini sort en kiosque, avant la rupture historique avec la Fifa en 2031

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C’est un rituel auquel des dizaines de millions de supporters se livrent depuis plus d’un demi-siècle. À chaque Coupe du monde de football, l’arrivée en kiosque du fameux album Panini déclenche une fièvre internationale d’une ampleur singulière, mêlant nostalgie de la cour de récréation et passion sincère pour le ballon rond. L’édition 2026, mise en vente cette semaine, ne fait pas exception. Mais elle revêt cette année une saveur particulière : c’est l’avant-dernière fois que la collection emblématique sera produite par le célèbre éditeur italien.

Car derrière l’enthousiasme habituel des collectionneurs, une nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans l’univers feutré de l’édition sportive : la Fédération internationale de football (Fifa) a annoncé jeudi 7 mai la fin de son partenariat historique avec Panini, en place depuis 1970, pour le confier dès 2031 au géant américain Fanatics. Une rupture qui clôt en moitié de soixantaine d’années une collaboration entrée dans la mythologie populaire du football.

Un album record pour le Mondial américain

L’album commercialisé cette semaine porte sur la Coupe du monde 2026, qui débutera le 11 juin prochain. Il s’agit d’une édition record en termes de pagination et de contenu : 980 vignettes à collectionner, réparties sur 112 pages. Une ampleur sans précédent qui s’explique par le format élargi de cette compétition, désormais ouverte à 48 sélections nationales — contre 32 lors des précédents Mondiaux. Co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, l’épreuve constituera la première édition à ce nouveau format.

Pour Panini, dont le siège est installé à Modène en Italie, la Coupe du monde reste l’événement commercial majeur du calendrier. Selon les chiffres internes de l’entreprise, le chiffre d’affaires français de la société peut être doublé sur une année de Mondial. Aucun autre rendez-vous sportif — ni Jeux Olympiques, ni Euro de football — n’atteint un tel effet d’entraînement sur la collection de vignettes.

Soixante ans de complicité avec la Fifa

L’histoire commune entre Panini et la Fifa remonte à 1970. Cette année-là, à l’occasion du Mondial mexicain remporté par le Brésil de Pelé, la maison fondée au début des années 1960 par les quatre frères Panini obtient l’exclusivité des albums officiels de la compétition. Cinquante-six ans plus tard, plus aucun supporter de plus d’une dizaine d’années n’aura échappé, à un moment ou à un autre, à la frénésie des échanges de vignettes dans la cour de l’école, sur les terrasses de bistrot ou dans les bureaux d’open space.

L’annonce officielle a été faite par voie de communiqué de la Fifa : « La Fifa et Fanatics ont signé un contrat de licence exclusif à long terme portant sur divers articles de collection, notamment des vignettes ainsi que des cartes et jeux de cartes à collectionner. » L’accord prendra effet en 2031. Concrètement, cela signifie que Panini conservera sa licence pour deux dernières échéances majeures : la Coupe du monde masculine 2026 dont l’album vient de sortir, la Coupe du monde féminine 2027 prévue au Brésil, puis l’édition du centenaire en 2030 — co-organisée par le Maroc, le Portugal et l’Espagne, qui marquera donc le chant du cygne de la collaboration historique.

Selon les informations rapportées par la presse spécialisée, Panini, malgré les cinquante-six années de partenariat, n’aurait pas été informée préalablement par la Fifa : l’éditeur italien aurait découvert la nouvelle au moment de la diffusion du communiqué officiel.

Fanatics, le nouveau visage de la collection sportive

Le successeur désigné de Panini s’appelle Fanatics. Fondée et dirigée par l’entrepreneur américain Michael Rubin, l’entreprise est devenue en quelques années l’un des acteurs majeurs du sport business mondial. Son périmètre d’activité dépasse largement les seules cartes à collectionner : Fanatics opère également sur le marché des paris sportifs, des jeux d’argent en ligne, des marchés de pronostics, des produits dérivés sous licence et des articles pour supporters.

« Le football de sélections offre les meilleures opportunités de croissance dans le domaine du sport », s’est félicité Michael Rubin dans un communiqué. « Nous allons pouvoir propulser les articles de collection et le narratif autour du football dans une nouvelle dimension. » Parmi les nouveautés annoncées par Fanatics : la fameuse série de cartes incrustées d’éléments issus des maillots portés par les joueurs — y compris des morceaux des tenues portées lors de leurs tout premiers matchs en sélection, ce que l’entreprise appelle les debut patches.

Fanatics est par ailleurs déjà engagé aux côtés de la Fifa pour la commercialisation des produits dérivés du Mondial 2026.

Un changement de modèle économique et culturel

Au-delà du simple changement de prestataire, cette rupture marque la fin d’un certain rapport au collectionnable sportif. Les albums Panini, avec leurs vignettes autocollantes, leur double face papier-glossy, leur esthétique sobre, leur rituel d’échange entre amateurs, appartenaient à une culture européenne et latine du football, façonnée par soixante années de continuité éditoriale italienne. Ils faisaient partie du paysage des cours d’école, des bistrots et des familles, au même titre que les albums photographiques.

Le modèle Fanatics, à l’inverse, s’inscrit pleinement dans la culture nord-américaine du sport-business : cartes à collectionner premium, produits dérivés haut de gamme, intégration aux paris sportifs en ligne, marketing centré sur les millennials et la génération Z, dimension financière de la collection (revente, spéculation, trading). Pour la Fifa, ce basculement traduit une stratégie commerciale assumée : globaliser et rajeunir l’audience du football mondial. L’instance s’est récemment associée à TikTok et YouTube, et a accrédité des créateurs de contenus pour couvrir les matchs du prochain Mondial.

Pour Panini, le coup est d’autant plus dur que la perte est considérable, mais l’éditeur italien n’est pas pour autant condamné à disparaître. Le groupe a même réalisé récemment quelques succès notables sur d’autres terrains éditoriaux, comme l’obtention en France de la licence Disney pour l’édition francophone du Journal de Mickey et de Picsou Magazine, au détriment de l’éditeur français Unique Heritage Media. Mais c’est bien dans le football, et plus particulièrement dans la Coupe du monde, que la marque Panini avait construit son universalité.

Profiter pendant qu’il en est encore temps

En attendant l’échéance de 2031, deux derniers grands rendez-vous Panini attendent les collectionneurs. D’abord, l’album du Mondial 2026, en kiosque depuis cette semaine, avec ses 980 vignettes et son format record. Ensuite, l’album de la Coupe du monde féminine 2027 organisée au Brésil. Et enfin, l’album du centenaire en 2030, qui sera la dernière édition Panini d’un Mondial de football.

Les amateurs de l’odeur si particulière des pochettes ouvertes à la chaîne, de la satisfaction du sticker brillant ajouté au bon endroit, et du rituel des échanges (« j’ai en double, j’ai en triple, je cherche Mbappé »), ont donc encore quelques années pour savourer une collection qui aura accompagné quatre générations de supporters depuis 1970. Soixante ans de mémoire collective, qui se prépare à passer dans l’histoire du football au moment où le sport s’apprête à entrer dans une nouvelle ère commerciale et culturelle.

Crédit photo : DR (photo d’illustration)
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