Après avoir touché plus d’un million de lecteur avec Le Château des Étoiles, Alex Alice opère un virage graphique en réalisant un superbe manga.
Juillet 1877. Au Pendjab, région de l’empire britannique, la jeune Benesh et son frère gardent un troupeau de chèvres. Mais l’armée britannique massacre tous les habitants de leur village. Benesh est épargnée de justesse mais n’a plus que ses yeux pour pleurer la mort de son frère. Elle ne pense plus qu’à se venger. Trois ans plus tard, Benesh a coupé ses cheveux afin de ressembler à un garçon et embarque à bord du Prince of Wales, en partance pour Jupiter. Dans ce navire spatial, chaque classe a son étage. Travaillant comme serveur, son but est d’éliminer le baron Cockburn, l’assassin de son frère… Mais à bord du Prince of Wales, il y a une innovation convoitée de tous. Le vaisseau est ainsi attaqué par de mystérieux pirates de l’espace…

Après sa série Le Château des étoiles, Alex Alice ouvre un nouveau chapitre à son univers, sous format manga. Cela lui permettra de toucher de nouveaux lecteurs.
Alex Alice nait en 1974 avec plusieurs talents. Son parcours est prestigieux puisqu’il est diplômé de l’école de commerce parisienne ESCP. Mais sa véritable passion reste le dessin. Dès 1997, âgé de 23 ans, il dessine et co-scénarise avec Xavier Dorison, Le Troisième Testament, mêlant aventure historique et quête ésotérique. Puis, adaptant l’Anneau du Nibelung de Richard Wagner, il sort Siegfried (2007), La Walkyrie (2009) et Le Crépuscule des Dieux (2011). Depuis 2014, il réalise Le Château des étoiles, d’abord sous la forme de « Gazette des étoiles », journaux périodiques agrafés en grand format, puis rassemblés en albums.

L’histoire du Château des étoiles se déroule dans un XIXème siècle imaginaire. En pleine révolution industrielle, la communauté scientifique pense alors que l’espace est fait d’éther, énergie qui permettrait d’explorer le ciel. Cette uchronie est remplie de références à Jules Verne, notamment le roman De la Terre à la Lune. Comme Jules Verne, Alex Alice a en effet souhaité conquérir un large public (enfants, adolescents et adultes). Les références à l’opéra de Wagner sont également nombreuses. L’intrigue porte sur la confrontation entre la France et la Prusse pour la conquête de Mars. Depuis 2021, une autre série, Les Chimères de Vénus, scénarisée par Alain Ayroles et dessinée par Étienne Jung, imagine dans le même univers la lutte entre britanniques et français dans l’exploration de la planète Vénus.

Pour Le Château des étoiles, Alex Alice utilise un style graphique nouveau et somptueux, semi réaliste, en couleurs directes. La mise en page est savamment construite. Il reçoit l’aide d’Anthony Simon pour les gros volumes, comme les très belles vues du château bavarois. La couleur est directement ajoutée aux crayonnés, sans encrage. Le choix de l’aquarelle ajoute beaucoup de lumière et crée une atmosphère poétique. On admire la créativité pour les espèces des autres planètes. Les machines utilisées pour voyager prennent même des allures d’animaux fantastiques.

Alex Alice tente aujourd’hui de devenir un mangaka. Il explique qu’il appartient à une génération qui « a grandi avec Albator à 5 ans et qui a lu les premiers mangas comme Akira à 15 ans » (ActuaBD, 2 février 2026). Dans ce manga, Alex Alice crée un nouveau graphisme, en noir et blanc, avec de grandes cases aux décors spectaculaires. Ponctuant son récit avec de nombreux rebondissements, il a en effet jugé que l’esprit d’un manga, avec des scènes d’action qui s’étirent sur plusieurs planches, était particulièrement adapté.

Les Chants du Cygne Noir, tome 1, 216 pages, 13, 90 euros. Edition Rue de sèvres.
Kristol Séhec

Photo d’illustration : DR
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