« La poudrière est déjà allumée » : en Éthiopie, le calvaire des chrétiens orthodoxes que la France ignore [Interview d’un chef de mission de SOS Chrétiens d’Orient]

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Deuxième plus ancien royaume chrétien du monde, l’Éthiopie et son Église Tewahedo — dont les racines remontent au IVe siècle — traversent une zone de turbulences dont l’Occident ne mesure guère la gravité. Depuis le début de l’année 2026, les massacres de chrétiens orthodoxes se multiplient : une vingtaine de fidèles abattus en Oromia en février, un monastère attaqué à l’arme lourde, une quarantaine de morts fin mai, 164 tués dans le seul district de Shirka. Sur fond de fractures ethniques explosives, de radicalisation d’un islam importé et d’un exode migratoire meurtrier, les communautés chrétiennes historiques vacillent — dans une indifférence médiatique quasi totale.

François Lavallou, chef de la mission éthiopienne de SOS Chrétiens d’Orient, sillonne ce pays grand comme deux fois la France, jusque dans ses zones de guerre. Pour Breizh-Info, il livre un témoignage rare, lucide et sans détour sur une tragédie qui se noue loin des projecteurs — et sur ce que cette foi antique a encore à dire à un Occident qui se déchristianise.

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Breizh-info.com : François, vous êtes responsable de la mission éthiopienne de SOS Chrétiens d’Orient, dans un pays qui est aussi le deuxième royaume chrétien du monde par son ancienneté — l’Église Tewahedo remonte au IVe siècle, à la conversion du roi Ezana d’Aksoum. Pour les lecteurs qui découvrent cette réalité, pouvez-vous nous décrire concrètement votre quotidien sur place et les régions que la mission couvre aujourd’hui — d’Addis-Abeba au lac Tana, de Lalibela aux diocèses du sud autour de Hawassa et Shashamene ?

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François Lavallou : Nous sommes établis dans la capitale, Addis-Abeba, mais j’ai la chance de voyager beaucoup dans le pays, y compris en zone de guerre civile. C’est un pays énorme, grand comme deux fois la France métropolitaine. Les deux tiers du territoire sont dans une situation sécuritaire critique, les chaînes logistiques sont fragiles, et là, alors que la saison des pluies vient de commencer, les coupures de courant et les ralentissements d’internet sont quotidiens. La plupart du temps, nous travaillons depuis notre bureau, mais lorsque nous allons sur le terrain, cela peut signifier des visites dans des camps de déplacés, des chantiers d’églises et d’écoles, des vérifications d’achats de médicaments, etc.

Il y a peu de routes praticables – pour des raisons de sécurité ou d’entretien –, aussi prend-on souvent l’avion pour aller visiter les projets et les partenaires. Toutefois, les longs trajets en voiture à travers une nature presque intouchée et magnifique sont aussi monnaie courante – avec souvent une moyenne de 30 à 40km/h. C’est un pays qui enseigne la patience. Les imprévus, les différents culturels – y compris entre éthiopiens – et les difficultés de la vie quotidienne nécessitent une grande capacité d’adaptation et d’improvisation. C’est très stimulant.

Breizh-info.com : L’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo a longtemps été liée à l’Église copte d’Alexandrie avant de devenir pleinement autocéphale. Elle pratique des liturgies en guèze, observe des jeûnes pouvant atteindre 250 jours par an, conserve les Tabots dans ses églises et utilise des croix d’une iconographie unique. Que représente, pour vous qui la côtoyez au jour le jour, la spécificité de cette Église, et qu’a-t-elle à dire au christianisme occidental d’aujourd’hui ?

François Lavallou : C’est pour moi, catholique romain, une véritable bénédiction de côtoyer, observer et étudier nos frères orthodoxes éthiopiens dans la pratique de leur foi. Ils sont indiscutablement les gardiens de certaines traditions du christianisme antique – prosternations, jeûne noir, etc. – mais aussi à l’origine de belles traditions différentes du christianisme du Proche Orient et d’Europe. En cela, c’est une expérience fascinante que de découvrir cette foi très axée sur l’orthopraxie, c’est-à-dire l’application stricte de règles, dans le sillon des traditions sémitiques.

Ce que je vois ici au quotidien et de manière massive, c’est une déférence et une foi que je n’ai presque jamais rencontré en Europe. Cela me rappelle ce qu’on me racontait de mes arrière-grands-parents. C’est une leçon de foi et d’humilité. La place de Dieu dans le cœur et l’esprit de la majorité des éthiopiens est centrale, tout simplement.

Et tout cela s’accompagne d’une culture très riche, tant sur le plan liturgique que profane. Les chants, les rites, les habits, les grandes fêtes, les coutumes encadrant les événements majeurs de la vie – naissances, baptêmes, mariages, décès – sont un exemple d’une tradition vivante et centrale. Et cela malgré les attaques structurelles d’un mode de vie mondialisé qui progresse et annihile les traditions partout.

Breizh-info.com : Le 26 février dernier, une vingtaine de chrétiens orthodoxes — dont un prêtre — ont été abattus dans la zone d’Arsi-Est, en Oromia, par des hommes armés qui ont ensuite incendié des récoltes et profané l’église locale aux cris d’« Allah Akbar ». Deux jours plus tard, le 28 février, le monastère Atronse Mariam, en Amhara, subissait une attaque à l’arme lourde faisant six morts et plus de vingt blessés. Plus récemment, le 31 mai, une nouvelle attaque a fait une quarantaine de morts et une église a été incendiée. Comment ces événements ont-ils été vécus sur place par les communautés que vous accompagnez ? Et qu’est-ce qu’ils disent, à vos yeux, de la trajectoire actuelle du pays ?

François Lavallou : C’est un changement majeur. Cela fait deux siècles que les éthiopiens orthodoxes et musulmans, isolés du monde méditerranéen et des conflits religieux, vivent en bonne intelligence. Il faut aussi souligner que l’Ethiopie contemporaine est une création de nature impériale et assez récente – elle s’est constituée au fil du XIXe siècle sous sa forme actuelle avec une colonisation du sud par le nord. Ce faisant, c’est un pays bien plus enclin aux conflits et divisions ethniques que religieux ; les familles où cohabitent orthodoxes et musulmans, et aujourd’hui également protestants et catholiques, sont légion. Et cela ne posait pas de problème.

Il y a une longue histoire de tolérance religieuse dans ce pays pourtant extrêmement pieux. Hélas, ce particularisme culturel est en train de basculer. Tout d’abord, les orthodoxes ont entrepris à la sortie du régime du Derg (régime socialiste de la junte marxiste, 1974-1987) un changement dans leur démographie : une tendance s’est dégagée à faire moins d’enfants pour mieux les élever.

Cela n’a pas été suivi chez les musulmans, chez qui aujourd’hui l’illettrisme progresse. Cela a un double effet néfaste : d’une part, l’équilibre démographique entre orthodoxes et musulmans est en train d’être bouleversé dans de nombreuses régions mixtes, et d’autres part, de nouvelles tensions socio-économiques émergent du fait des différences d’éducation et de transmission de patrimoine.

Il y a donc une inquiétude grandissante chez les orthodoxes en particulier. Pour être clair, ils sont de plus en plus nombreux à penser que ces événements vont non seulement se répéter, mais surtout s’aggraver.

Il est également à noter deux autres éléments très importants : tout d’abord, la radicalisation, par des fonds extérieurs, de certains groupes musulmans, importateurs d’un islam allogène et contraire à la tradition éthiopienne. Les barbe teintes, les djellabas ou encore les niqab ont fait leur apparition il y a quelques années, alors que l’islam est présent en Ethiopie depuis sa création sans ces attributs.

Et puis, il y a en toile de fond une dimension bien plus politique : l’assimilation des orthodoxes et des Amharas, l’ethnie dominante du XIXe siècle, considérée aux yeux de certains nationalistes oromos comme des colons. De ce fait, l’orthodoxie est vue comme un instrument de domination politique, et désignée par les plus radicaux comme une religion exogène et à combattre.

Ainsi, nombreux sont les orthodoxes qui craignent une dégradation durable de la situation, avec plus d’attaques, plus de destructions et plus de morts. Mais pour autant, étant culturellement très fatalistes, ils semblent s’y résigner…

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Breizh-info.com : Plusieurs ONG — Portes Ouvertes, Human Rights Watch, l’ECLJ devant l’ONU, Amnesty International dans son rapport de mars 2026 — documentent depuis 2018 un schéma constant de violences ciblant spécifiquement les Amharas, qui sont aussi très majoritairement chrétiens orthodoxes. Le massacre de Gimbi en juin 2022 (plusieurs centaines de victimes), Burayu en 2018, Shashamane en 2020, et désormais Arsi en 2026. Au-delà du discours officiel, est-ce que les chrétiens éthiopiens que vous rencontrez parlent ouvertement, eux, de « persécution religieuse » ou de « nettoyage ethnique » ? Et que vous racontent-ils ?

François Lavallou : Comme je vous l’expliquais juste avant, il y a un fatalisme prégnant qui semble tuer toute mobilisation sur ce sujet. Ainsi, en privé, on me parle de persécution, mais en public, c’est plus complexe. Notamment parce que comme vous le soulignez correctement, il y a un amalgame, surtout en Oromia, entre orthodoxie d’une part et ethnie amhara ou tigréenne de l’autre. Or, c’est un pays divisé aujourd’hui sur des lignes de fracture ethniques, essentiellement.

Nous voyons donc bien plus clairement une lecture ethno-politique de la situation qu’une lecture religieuse, malgré le évolutions dont je vous parlais plus tôt. La mise en avant des ethnies dans la structuration de la fédération ces trente dernières années, ce qui partait d’une bonne intention – donner des droits égaux et une représentation respectueuse des différences ethno-linguistiques du pays – a fini par provoquer une ethnicisation de la politique – ou une politisation des ethnies…

Les anciennes séparations ethniques, apaisées durant le règne du Négus ainsi que durant le régime marxiste, ont donc pris une nouvelle tournure, et cela inquiète quant à une évolution vers un scénario à la yougoslave.

En effet, les signes de velléités de nettoyage ethniques sont clairs. Les complexe de supériorité des uns n’a rien à envier au revanchisme des autres, et la poudrière semble déjà allumée par endroits…

Breizh-info.com : Selon la Commission éthiopienne des droits de l’homme, 164 chrétiens orthodoxes ont été tués dans le seul district de Shirka depuis le début de l’année 2026. Et les forces de sécurité fédérales ont, à plusieurs reprises, justifié leur absence d’intervention par des « contraintes logistiques », pour reprendre l’expression utilisée à propos de Gimbi. Que disent les évêques catholiques et les autorités orthodoxes que vous fréquentez sur la responsabilité — ou la complicité par négligence — du gouvernement d’Abiy Ahmed dans cette situation ?

Les Eglises catholique et orthodoxe restent très discrètes et évitent de critiquer le gouvernement, en favorisant le dialogue et l’incitation au soutien plutôt que l’attaque frontale, qui serait contreproductive.

Dans un pays de près de 140 millions d’habitants, qui a un rapport à la mort différent du nôtre, et où le gouvernement est en guerre avec des groupes rebelles (FANO en Amhara, OLA en Oromia, islamistes d’Al-Shebab en Somalie, et quasi-guerre avec le TPLF au Tigré…), ces événements passent hélas pour des faits divers à portée minime.

Il est également difficile de mobiliser les foules alors que l’information est extrêmement filtrée, que chacun à ses problèmes, et que le pays est habitué, malheureusement, aux nouvelles tristes : la guerre du Tigré de 2020 à 2022 est la plus meurtrière du XXIe siècle avec une estimation à 600.000 morts… tandis que les problèmes de malnutrition, d’épidémies (choléra, lèpre, paludisme), ou encore de banditisme meurtrier sont une réalité du quotidien.

Le gouvernement américain estime à environ 31 % la proportion de musulmans sunnites dans la population éthiopienne, majoritaires dans les régions d’Oromia, d’Afar et de Somalie. Historiquement, la cohabitation interreligieuse en Éthiopie était plutôt bonne — Arsi, où s’est produit le massacre de février, puis de nouveau fin mai est décrite par les habitants comme une zone « historiquement paisible ». Comment expliquez-vous la dégradation actuelle ? Et quelles relations entretenez-vous, dans vos missions, avec les communautés musulmanes locales ?

François Lavallou : L’implication de forces extérieures dans une politisation de l’islam éthiopien est la raison principale à mon sens, mais il n’est pas à exclure aussi que des groupes plutôt liés au banditisme utilisent l’islam comme couverture pour commettre des méfaits.

Concernant les relations avec les communautés musulmanes locales, nous n’en avons pas directement, car nos partenaires sont des organisations civiles chrétiennes en général, mais indirectement, bien entendu, nous sommes en contact avec les musulmans, et certains de nos bénéficiaires, en particulier dans nos projets éducatifs ou de santé, sont des musulmans, car nous ne faisons pas de discrimination ni de distinction lorsqu’il s’agit d’apporter de l’aide. Simplement, nous préférons travailler avec un réseau de partenaires plus proches de nos valeurs et de notre vision du monde.

Breizh-info.com : Lors d’une mission précédente racontée par Alexandre Goodarzy en 2022, à Kombolcha, vous trouviez les compounds religieux pillés, des hosties jetées au sol par les rebelles tigréens qui avaient cherché un trésor dans le tabernacle. Quatre ans plus tard, où en est la reconstruction matérielle ? Quels sont, à ce stade, vos chantiers les plus urgents — restauration de presbytères, dispensaires, écoles, chapelles, distributions d’urgence dans les camps de déplacés ?

François Lavallou : Il est difficile d’établir une hiérarchie des urgences, tant les chantiers sont nombreux et importants. Nous nous efforçons d’apporter de l’aide sur tous les plans où nous sommes compétents. Nous avons six domaines d’action : reconstruction, éducation et jeunesse, aide médicale, développement économique et social, culturel et patrimonial, et bien entendu aide d’urgence.

Aujourd’hui, nous aidons à la reconstruction d’églises aussi bien qu’à équiper les pastorales, nous formons des prêtres orthodoxes pour qu’ils soient de meilleurs soutiens à leurs communautés, nous construisons et soutenons des écoles maternelles pour éviter la mendicité des enfants et favoriser leur intégration dans le cursus scolaire, nous apportons de l’aide aux lépreux et face au paludisme, etc.

Nous avons également eu des projets véritablement urgent : en avril, nous avons apporté une aide alimentaire conséquente à un camp de déplacés internes au Tigré. Oubliés de tous, ces gens qui avaient tout et ne demandaient qu’à rester chez eux en paix ont été expulsés, dépossédés de tout, et parqué dans des camps de fortunes. Cette solution qui devait ne durer quelques semaines à quelques mois dure désormais depuis plus de quatre ans et désormais il y a des morts par malnutrition. La situation est particulièrement alarmante alors que le spectre d’un conflit renouvelé dans la région fait craindre le pire.

Sans nourriture, aucun espoir pour eux de rester sur place, et leur migration continuera – dans les pires conditions. Notre aide est modeste, mais essentielle pour ceux que nous pouvons soutenir. Les Eglises catholique et orthodoxes sont très actives dans la prévention des migrations, en particulier illégales – terrain de jeu des trafiquants humains, qui détruisent l’économie locale déjà moribonde, déchirent les familles, et livrent les pauvres hères qui gobent leurs promesses trompeuses aux pires des sorts : maltraitance, vol, viol, mise en esclavage et mort.

Nous croyons que prévenir vaut mieux que guérir, et que le sort le plus souhaitable pour tous est que les populations en difficulté voient enfin un espoir chez elles, pour rester et prospérer sur leurs terres. Nous travaillons à cela, et la situation s’aggrave. Le chantier est donc particulièrement urgent et demandeur.

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Breizh-info.com : Les onze églises monolithes de Lalibela, taillées dans la roche au XIIe siècle sur ordre du roi Gebra Maskal Lalibela, constituent l’un des plus extraordinaires témoignages du christianisme africain. Or la région est aussi l’une des zones d’urgence où vous intervenez. Quelle est aujourd’hui la situation à Lalibela — sur le plan sécuritaire, sur le plan pastoral, sur le plan du tourisme religieux qui fait vivre une partie de la population locale ?

François Lavallou : C’est un lieu cher à mon cœur, pour y avoir célébré Pâques par deux fois. C’est un endroit extraordinaire, hors du temps, chargé d’histoire et de mystère. Je ne peux pas décemment encourager les lecteurs à s’y rendre, la zone étant classée par le Ministère des Affaires étrangères comme zone rouge, mais j’espère que la situation s’améliorera aux yeux des autorités françaises et qu’il sera bientôt acceptable de s’y rendre.

Sur le plan sécuritaire, la ville elle-même est généralement sûre, mais toutefois soumise à un couvre-feu. Une fois ou deux par an, une escarmouche à lieu entre les forces fédérales et les rebelles, mais le reste du temps, il n’y a rien à craindre. Toutefois, il existe un risque réel d’y être bloqué, et il y a trois ans un touriste français a été blessé par une balle perdue.

La guerre actuelle qui dure depuis 2022 et qui oppose les FANO, milices rebelles locales, au gouvernement fédéral, fait énormément de mal à la ville et à la région en général. Les lignes logistiques sont très perturbées, les touristes ne viennent plus (baisse de 90 % du tourisme par rapport à 2019), la pauvreté a explosé, et même les pèlerins sont moins nombreux…

Les locaux attendent avec impatience le retour de la paix et du tourisme avec. En attendant, leur situation est très difficile et se dégrade de mois en mois.

Les Éthiopiens, comme tant d’autres chrétiens d’Orient avant eux, sont « de plus en plus tentés par le départ vers des pays plus stables ou plus riches ». Quel discours tenez-vous, dans vos rencontres, à ces jeunes chrétiens éthiopiens qui hésitent entre rester sur leurs hauts plateaux et tenter leur chance ailleurs ? Et qu’est-ce qui, dans vos projets, peut concrètement contribuer à les retenir ?

François Lavallou : En effet, l’Ethiopie est également touchée depuis peu par le développement de l’émigration illégale. C’est quelque chose de très inquiétant. Les Eglises catholique et orthodoxe, mais aussi le gouvernement fédéral, les institutions internationales et les ONG comme SOS Chrétiens d’Orient sont très actifs pour lutter contre ce phénomène en plein essor.

La dégradation fulgurante et massive de la sécurité et des opportunités économiques dans le pays depuis 2019 a permis aux réseau de trafiquants humains de développer leur activité criminelle à grande échelle. Que ce soit vers les pays arabes, à travers la Mer rouge et les déserts, ou vers l’Europe, à travers les déserts du Soudan et de la Lybie, puis en traversant la Méditerranée, ces voix de migration sont des tombeaux à ciel ouvert. Selon l’OIM, environ 900 éthiopiens sont morts dans la Mer rouge en 2025, soit plus de 11 % des migrants clandestins morts l’an dernier sur leur trajet.

Il est cependant difficile d’expliquer à des jeunes hommes pleins d’espoir et d’orgueil quels sont les réalités auxquelles ils font réellement face en essayant de partir vers l’Europe ou la Péninsule arabique avec ces passeurs. Ils sont abreuvés de fausses informations délivrées par ces réseaux criminels, et leur situation est tellement mauvaise qu’ils peinent à croire qu’elle pourrait être pire dans un pays plus riche. Et pourtant…

Ce phénomène est une vraie catastrophe. Souvent, les familles vendent leur dernière source de revenu (bétail, échoppe, véhicule, …) pour financer le passage du jeune fils ou cousin. Bien entendu, sans se rendre compte qu’il risque de mourir en route, de finir esclave, ou encore d’être un clandestin errant et vivant dans le froid et la peur en Europe sans aucune opportunité de régularisation.

Seulement, dans un pays où la moitié de la population vit avec 1$ par jour, si le jeune homme courageux arrive en Europe et peut envoyer ne serait-ce que 50€ par mois à sa famille, c’est une opération vue comme rentable.

C’est pourquoi, même si le gouvernement lutte contre ces réseaux par la répression – récemment l’Ethiopie a condamné à mort plusieurs trafiquants humains – les ONG et les Eglises misent sur l’espoir et le développement économique pour enrayer cette tendance grandissante.

Nous avons des programmes de développement économique et d’éducation pour permettre aux jeunes d’envisager un futur sur place. C’est le meilleur moyen pour désamorcer l’émigration. Mais cela nécessite des ressources que nous n’avons pas, car l’idée de prévenir les migrations plutôt que de les combattre une fois les clandestins arrivés – sans succès et en générant de nouveaux drames humains – n’a pas encore fait son chemin jusqu’au mainstream. Sensibiliser sur ce sujet fait également partie de notre mission.

Breizh-info.com : Pour conclure : SOS Chrétiens d’Orient travaille en Éthiopie depuis janvier 2019, avec une intensification depuis le déclenchement de la guerre du Tigré. Comparée à l’Irak, à la Syrie, à l’Arménie où l’association est très visible, l’Éthiopie reste un terrain peu couvert par la presse française — alors même que le pape François avait, en novembre 2024, explicitement prié pour les chrétiens orthodoxes persécutés du pays. Que diriez-vous à un lecteur breton ou français qui hésite à s’engager comme volontaire ou comme donateur sur ce terrain particulier ? Et quels besoins concrets, à ce moment précis du printemps 2026, sont les plus pressants ?

François Lavallou : Il y a trois façons de soutenir notre œuvre de solidarité et de charité. La première, la plus aisée, est de parler des problèmes, et des solutions. Partager cet entretien, discuter avec ses proches des défis que l’Ethiopie connaît. C’est un pays auquel on ne s’intéresse pas assez par rapport à son importance géopolitique. Un effondrement de l’Ethiopie serait une catastrophe majeure pour l’Afrique de l’Est, la Péninsule arabe et l’Europe, avec des drames humains gigantesques et une migration jamais vue auparavant, un renforcement terrible des islamistes et une mise en danger de l’Eglise orthodoxe ancestrale.

Donc, tout d’abord, se renseigner sur ce pays fascinant, et en parler. Faire connaître les problèmes, et les solutions.

Ensuite, pour ceux qui le peuvent, vous pouvez soutenir nos actions sur le terrain, en faisant un don défiscalisé via notre plateforme (https://www.soschretiensdorient.fr/fr/nos-actions/nos-pays/ethiopie/) destiné à la mission Ethiopie.

Enfin, quelque soit votre âge, pour peu que vous soyez majeurs, vous pouvez vous engager (mettez à profit vos vacances, une période entre deux travails ou avant de rentrer dans la vie active, ou encore votre retraite !) comme volontaire. C’est une expérience hors du commun, qui marque à vie, qui lie la charité active à l’aventure humaine et personnelle. Vous irez dans des endroits où aucun touriste ne va pour non seulement découvrir des cultures chrétiennes autochtones et ancestrales, mais aussi apporter une aide concrète à la sueur de votre front. Ce sont des amitiés, des souvenirs et des émotions qui restent à vie.

Nous comptons sur vous pour nous aider ici à les aider là-bas. Pour que les communautés chrétiennes historiques survivent et prospèrent, qu’elles continuent de faire rayonner le message de paix et d’espérance du Christ. Alors, d’avance, merci à vous, et bienvenue aux futurs volontaires !

Propos recueillis par YV

Crédit Photo : François Lavallou (SOSCO)

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

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Une réponse à “« La poudrière est déjà allumée » : en Éthiopie, le calvaire des chrétiens orthodoxes que la France ignore [Interview d’un chef de mission de SOS Chrétiens d’Orient]”

  1. Ex dit :

    « Le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gideon Timotheos, a affirmé que la volonté de son pays d’accéder à la mer Rouge est motivée par «le développement, le commerce et l’intégration régionale, et non par un désir de confrontation avec ses voisins». » Souvent lorsqu’une ONG s’intéresse au sort des Chrétiens, il y a une ingérence. Syrie, Liban, Libye, Irak, Palestine. On dénonce les conséquences pas les responsables. Israël et les USA ont comme terrain de chasse dnas les tuyaux l’Etiope. On accusera les musulmans d’être responsables du sort des Chrétiens. On a déjà vu le film. SOS le remake.

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