Ouest-France : 156 postes supprimés, 12,88 millions d’aides publiques et une chaîne de télé déficitaire

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156 postes, dont 116 dans les rédactions. C’est l’ampleur des suppressions prévues par Ouest-France, selon des sources syndicales citées par l’AFP le 23 septembre. Le plan a été présenté aux représentants du personnel le 17 septembre, lors d’un comité social et économique. Il ne prévoit aucun licenciement : les suppressions passeront par des départs naturels, en particulier des CDD non renouvelés et des départs à la retraite non remplacés. Pour la première fois, les journalistes sont concernés.

5 années de pertes

Le quotidien rennais est déficitaire depuis 5 ans. Il a perdu 8,9 millions d’euros en 2025 et vise un retour à l’équilibre en 2028. Le plan, baptisé Efficience 2, prévoit une baisse d’environ 10 % de la masse salariale, soit 15 millions d’euros d’économies par an. Il mise aussi sur des réorganisations et sur l’intelligence artificielle.

L’intersyndicale CFDT, CGT, FO et SNJ dénonce un plan social qui ne dit pas son nom. Elle s’inquiète de la disparition de plus de 20 % des secrétaires de rédaction et de plus d’un tiers des assistants de rédaction. « Les gens sont assez choqués », résume Vanessa Ripoche, déléguée syndicale SNJ. La consultation des représentants du personnel court jusqu’au 17 novembre, mais leur avis n’est que consultatif.

Au printemps, la direction avait déjà engagé d’autres économies, selon Politis : vente d’actifs immobiliers, fermeture d’une imprimerie, cession de 20 Minutes et des radios du groupe. Les ventes papier du quotidien reculent de 5 à 6 % par an, et le numérique ne compense pas. Selon Mediacités, cité par Politis, les recettes publicitaires baissent désormais de 14 % par an.

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600 000 exemplaires : vendus ou diffusés ?

La presse nationale a repris le chiffre de 600 000 exemplaires vendus chaque jour, qui fait d’Ouest-France le premier quotidien de France. Le terme « vendus » est pourtant trompeur. Selon l’ACPM, l’organisme qui certifie les chiffres de la presse, Ouest-France a diffusé en 2025 en moyenne 581 505 exemplaires payés par numéro, et environ 596 000 en comptant les exemplaires gratuits.

Il s’agit donc d’une diffusion, qui ne correspond ni au tirage ni au nombre de lecteurs. Elle additionne les abonnements papier et numériques, le portage, les ventes groupées et la vente au numéro. Un abonnement numérique est comptabilisé dès qu’il est payé, même si l’abonné ouvre rarement le journal. Pour mesurer le lectorat réel, il faut regarder l’audience, également publiée par l’ACPM : 2,38 millions de lecteurs, tous supports confondus.

Novo19, la chaîne qui coûte cher

Pendant que le quotidien perd de l’argent, le groupe a lancé une chaîne de télévision. Novo19 émet sur la TNT depuis le 1er septembre 2025. Sa directrice, Guénaëlle Troly, a indiqué disposer de 30 millions d’euros par an pour acheter des programmes, avec un équilibre prévu fin 2028. François-Xavier Lefranc, président du directoire d’Ouest-France, a chiffré l’ensemble du projet entre 50 et 60 millions d’euros par an. Le groupe se disait prêt à absorber 60 millions d’euros de pertes sur 3 ans.

Le résultat est modeste pour l’instant : 0,8 % de part d’audience, selon Le Monde. Le journal s’est fortement endetté ces dernières années, en partie pour financer ce lancement.

12,88 millions d’euros d’aides publiques

Le contribuable, lui, est déjà mis à contribution. Le ministère de la Culture publie chaque année la liste des titres de presse aidés. Le tableau 2024, mis en ligne le 6 août 2025, attribue 12,88 millions d’euros d’aides au groupe Sipa Ouest-France pour 57 titres. Le groupe se place ainsi au 3e rang des groupes de presse les plus aidés, derrière Les Échos-Le Parisien (17,98 millions) et Le Monde (17,26 millions). Le titre Ouest-France a perçu à lui seul 6,43 millions d’euros, ce qui en fait le 6e titre le plus aidé de France. Sans ces aides, la perte de 8,9 millions d’euros enregistrée en 2025 aurait donc été nettement plus lourde.

En 2023, le ministère chiffrait les aides au groupe à 14,6 millions d’euros, dont 6,9 millions pour le seul quotidien. Les 2 années ne se comparent toutefois pas directement. En 2023, une aide exceptionnelle au papier de 30 millions d’euros avait été versée à l’ensemble de la presse, et le groupe comptait davantage de titres aidés (75 contre 57).

Le malaise des rédactions

La crise n’est pas seulement financière. En mai, le SNJ, syndicat majoritaire chez les journalistes du groupe, reprochait à la rédaction en chef de freiner la publication d’informations, selon un compte rendu de CSE révélé par Politis. Le syndicat citait plusieurs exemples :

  • Au printemps, les journalistes normands avaient identifié un ancien élu mis en cause dans le livre d’un journaliste de France Inter, mais la rédaction en chef avait refusé de publier son nom. Ouest-France ne l’a nommé qu’au lendemain de sa publication par Le Parisien.
  • Le journal a été le seul titre à ne pas évoquer l’attestation de Claude Guéant mettant en cause Nicolas Sarkozy lors de son procès en appel.
  • Le SNJ notait en revanche que le journal avait montré moins de retenue pour l’affaire de détention présumée de drogue visant la députée européenne LFI Rima Hassan.

Le syndicat concluait qu’en agissant ainsi, « on donne l’impression que l’on protège les puissants ».

Les tableaux des aides à la presse pour 2025 ne sont pas encore publiés.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

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