Ils étaient presque morts politiquement il y a 4 ans. En 2022, le Parti québécois (PQ), qui a organisé les référendums sur l’indépendance de 1980 et de 1995, avait enregistré le pire résultat de son histoire, avec seulement 3 députés. Ce lundi 5 octobre, les souverainistes sont donnés favoris des élections provinciales, plus de 12 ans après avoir perdu le pouvoir. Leur chef, Paul St-Pierre Plamondon, 49 ans, pourrait devenir le prochain Premier ministre du Québec.
L’effondrement de la CAQ
Le PQ a pourtant connu une campagne en dents de scie. Largement en tête des sondages pendant 2 ans, il avait perdu du terrain dans les mois précédant la campagne, ouverte le 27 août. Il était alors talonné par la Coalition Avenir Québec (CAQ, centre droit nationaliste), le parti de la Première ministre sortante Christine Fréchette, arrivée à sa tête au printemps.
Mais au cours des 2 dernières semaines, la CAQ, au pouvoir depuis 8 ans et marquée par plusieurs scandales dans la gestion des fonds publics, s’est effondrée. Selon les dernières prévisions de l’institut Léger, publiées à l’avant-veille du scrutin, le PQ arrive en tête avec 29 % des intentions de vote, devant le Parti libéral du Québec (25 %), le Parti conservateur du Québec (20 %) et la CAQ (14 %). Québec solidaire, à gauche, obtiendrait entre 10 et 12 %. La CAQ, qui compte aujourd’hui 79 députés, risque de n’en conserver aucun. Le Parti conservateur, classé à la droite populiste, pourrait passer de 1 à 12 ou 15 sièges.
Selon le même sondage, 74 % des Québécois veulent un changement de gouvernement. Le retour en grâce du PQ traduit d’ailleurs ce désir de changement plus qu’une conversion à l’indépendance : moins d’un tiers des électeurs se disent favorables à une sortie du Canada.
Un référendum, mais après Trump
L’indépendance reste pourtant le cœur du projet de Paul St-Pierre Plamondon. Avocat formé à Oxford, il a exposé sa vision d’un Québec souverain dans un « Livre bleu » de plus de 500 pages. Il promet un 3e référendum avant la fin de son mandat, mais seulement après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, prévu en 2029. Selon lui, un débat aussi grave ne doit pas être pris en otage par les soubresauts de la politique américaine ni par des campagnes de peur.
Pendant la campagne, il a surtout lissé son image, adoptant un ton plus posé. Il n’a pas pour autant renoncé aux déclarations fracassantes. Il s’oppose ainsi au projet de TGV entre Québec et Toronto, qu’il voit comme un outil au service de l’unité canadienne : il n’y a, selon lui, « pas besoin d’un train pour aller plus vite à Toronto ».
En finir avec la Couronne
Paul St-Pierre Plamondon veut aussi abolir au Québec la monarchie et tous les symboles de la Couronne britannique, à commencer par le lieutenant-gouverneur, qui y représente le roi Charles III, chef de l’État canadien. Il veut, dit-il, « couper la symbolique de domination par la force, par les armes ». Fin 2022, son parti avait déjà obtenu la suppression du serment d’allégeance au roi prêté par les députés québécois, une décision contestée devant la Cour supérieure du Québec. Selon l’historien Damien-Claude Bélanger, de l’université d’Ottawa, abolir la monarchie au Québec équivaudrait à une déclaration unilatérale d’indépendance.
Son programme prévoit aussi une forte baisse de l’immigration, une compétence que le Québec partage avec Ottawa. Paul St-Pierre Plamondon a d’ailleurs accusé le Premier ministre canadien, Mark Carney, d’« abus de pouvoir », et reproché au gouvernement fédéral d’avoir imposé une politique pro-immigration de manière antidémocratique. La défense de la langue française et une conception stricte de la laïcité complètent ce programme identitaire. Le chef souverainiste dit son « ras-le-bol du wokisme », mais il revendique aussi une « fibre d’équité sociale ». Il promet de réduire de moitié le nombre de sans-abri d’ici à 2030, en s’inspirant de la Finlande et du Danemark, où il a étudié et dont il parle la langue.
Ottawa sur ses gardes
Ses adversaires ne l’ont pas ménagé. Le chef libéral, Charles Milliard, le dépeint comme un homme querelleur, toujours en conflit avec Ottawa. Christine Fréchette, elle, l’a soupçonné d’avoir bénéficié du soutien d’un lobby américain favorable à la sécession du Québec, la Defense Analyses and Research Corporation, qui avait appelé à financer le PQ. Paul St-Pierre Plamondon a nié tout lien avec ce groupe. On lui a aussi reproché d’avoir accordé, en avril, un long entretien à Rebel News, un média classé à l’extrême droite par le Conseil de presse du Québec.
Une victoire du PQ promet des relations tendues avec Ottawa, alors que le Canada tente de faire bloc face à la guerre commerciale lancée par Donald Trump. Reste à savoir si le PQ obtiendra la majorité. Rien n’est moins sûr : selon le politologue Éric Montigny, de l’université Laval, le paysage politique québécois n’a jamais été aussi éclaté, avec 5 partis en mesure de remporter des sièges.
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